Chronique | Ministry - Moral Hygiene

Pierre Sopor 01 octobre 2021

Ce n'est pas un secret : ces vingt dernières années, les albums de MINISTRY ont été particulièrement influencés par le locataire de la Maison-Blanche... Au point qu'Al Jourgensen annonçait d'ailleurs sa retraite à la fin de l'ère Bush pour finalement sortir deux albums insipides (voire franchement embarrassants) pendant les années Obama. Avec Trump, le groupe a connu un renouveau artistique le temps d'Amerikkkant. Pourtant, ces derniers mois n'ont pas été les plus reluisants de la carrière du groupe, critiqué pour sa réaction jugée trop tardive aux accusations de relations sexuelles avec des mineures contre le guitariste Sin Quirin mais aussi pour avoir viré sans un mot d'explication FRONTLINE ASSEMBLY du line-up de sa prochaine tournée, au désespoir des fans.

Sur Moral Hygiene, MINISTRY prêche le retour à un savoir-vivre ensemble et à la décence, Jourgensen s'amusant de se voir prôner de telles valeurs traditionnelles après la folie des années précédentes. L'album ne surprendra ni ceux ayant laissé tomber MINISTRY depuis les années 90 ni ceux qui ont continué de suivre la discographie d'Al et sa bande. On y retrouve tout un tas d'idées remontant à Filth Pig, des échos de LARD (le side-project avec Jello Biafra, à nouveau présent sur Sabotage is Sex)... on est bel et bien dans la continuité d'Amerikkant. Un usage psychédélique et judicieux de samples, une touche d'harmonica, des guitares folk, voire surf-rock : Jourgensen s'amuse avec ce qu'il a sous la main et son sens du groove imparable.

Là où MINISTRY nous étonne, c'est dans le rythme global de l'ouvrage. Sans être mou, Moral Hygiene ne décolle pas, ne s'emballe pas. On reste dans un mid-tempo tempéré, sage, entretenu par les riffs répétés en boucle. Pas de rage, pas de frénésie. Ce n'est pas plus mal, les déviances thrash de MINISTRY n'ayant pas toujours été glorieuses, mais force est de reconnaître qu'une certaine monotonie routinière finit par s'installer. Il faudra se réfugier dans les bulles d'étrangeté de l'album pour y trouver ses meilleurs moments comme la structure de Good Trouble, les chœurs perchés et fantomatiques de Sabotage is Sex et le chant possédé de Biafra, les guitares rock folk plus appuyées sur Broken System ou l'ambiance d'un autre monde de We Shall Resist, à la fois hantée, minimaliste dans le chant et grandiloquente dans ses riffs pachydermiques à la lourdeur si satisfaisante.

Moral Hygiene souffle le chaud et le froid. MINISTRY ne se vautre pas dans la beauferie de From Beer to Eternity et Relapse, MINISTRY n'est pas aussi déjanté que sur Amerikkkant, mais MINISTRY reste pertinent et intéressant. Malheureusement, ce qui aurait pu être un excellent EP en n'en gardant que le meilleur s'étire trop en longueur. Outre la répétition, certaines traversées sont particulièrement laborieuses (une reprise de SEARCH AND DESTROY qui, faute d'une réelle vision, tient plus de l'hommage anecdotique et poussif, ou Death Toll, allongement artificiel de la durée de l'album qui n'y apporte rien, nouvel écart dub de Jourgensen, peu inspiré). Reste ce final à fond les ballons totalement allumé sur une nouvelle version de Tv Song, B-Side furibarde de 91 qui fonctionne mieux ici comme curiosité que réelle conclusion à l'ensemble.

MINISTRY ne retombe pas dans ses travers d'avant Amerikkkant sans non plus surprendre. Le groupe continue sur sa bonne lancée, sans se réinventer mais sans non plus trop céder à la facilité. Là où certains s'ennuieront d'autres apprécieront l'ambiance plus posé que d'habitude. On écoute Moral Hygiene pour les idées amusantes qui s'y trouvent et pour l'attachement sentimental que l'on a pour pépé. Est-ce que l'on s'en souviendra encore dans quelques années ? Pas sûr. Rien de honteux, rien d'incroyable.