Hellfest 2020

Chronique | Loki Lonestar - Show No Mercy

Pierre Sopor 17 mars 2020

Vous avez senti gratter contre la porte ? Vous avez entendu ce murmure sous le lit la nuit ? LOKI LONESTAR n'est jamais loin, même si cette fois, il s'est tenu étrangement sage dans les semaines qui ont précédé la sortie de Show No Mercy. Est-ce que travailler avec des labels aurait fini par l'assagir, lui qui avait tendance à cumuler les side-projects au risque de s'éparpiller ?

Un rapide regard aux crédits de Show no Mercy confirme que l'animal aime toujours s'entourer de différents artistes, chacun venant apporter sa touche aux différents titres de ce second album "solo". Pas de reprises cette fois, que des compos originales (si ce n'est une nouvelle version de D Day) et dans un style musical dans la lignée de ce que proposait TRICKSTERLAND : un mélange entre electro, punk, techno hardcore et metal industriel auquel les rythmiques tribales et les rugissements de Loki donnent un côté primitif.

L'agressivité est de mise dès The Insurgent : l'énergie et l'intensité sont là, communicatives et jouissives. Avec LOKI LONESTAR, on est toujours dans cette zone trouble où l'on ne sait pas trop si on doit trouver ça cool ou embarassant : monstre d'un autre monde sur scène, il ose tout avec ses compos, même inviter DIDIER SUPER le temps d'une transition qui a de quoi laisser dubitatif . Une constante chez cet artiste dont la liberté et la folie ne sont pas toujours évidentes à suivre. La participation des rappeurs tchéques de SODOMA GOMORA sur 19 Bellz est bien plus convaincante et apporte au morceau et à l'album un vrai plus avec ce flow méchant et poisseux, parfaite rampe de lancement pour les vociférations de Loki.

On entre dans Show no Mercy comme dans une transe au fur et à mesure que les hits en puissance se succèdent (Mellow D, Ambition) et que le maître de cérémonie fait fondre nos inhibitions de sa voix menaçante, plaintive, rageuse, bestiale, mélancolique. LOKI LONESTAR a beau faire dans l'efficace, l'émotion n'est jamais sacrifiée. Question de goût et de sensibilité, les morceaux plus légers comme We Are the Future ou Ogre Party-Pooper ne dégagent pas la même viscéralité sauvage ni la même puissance que les refrains de 19 Bellz, les riffs de D Day ou l'épique final de The Insurgent. Loki est un artiste généreux, il donne tout et de tout à son public, quitte à en faire trop et c'est comme ça qu'on l'aime.

Show no Mercy marque cependant une vraie étape pour l'artiste. Après avoir assumé de sortir de la musique sous son nom seul, il sort un album cohérent et accrocheur, plus représentatif de ce que la bête a à proposer en live (son véritable territoire) que ne pouvaient l'être les reprises perchées de son premier effort solo. On a perdu en mystique ce qu'on a gagné en efficacité et en impact, l'ensemble est sauvage, puissant et séduisant sans que jamais l'artiste n'y perde sa personnalité tant sa folie infuse chaque piste jusqu'à, inévitablement, nous contaminer. Comme d'habitude, les danses de LOKI LONESTAR sont parfois déstabilisantes, mais elles n'ont surtout jamais été aussi abouties. C'est beau un alien polymorphe totalement barge qui s'épanouit.