Chronique | Kallidad - Flamingo

Spoon 03 août 2018

Avec un album par année, on peut craindre que la qualité ne soit pas au rendez-vous de la discographie grandissante de KALLIDAD, trio australien de mariachi metal ou de thrash flamenco comme ils se désignent eux-mêmes. Et pourtant... si originalité, audace ou avant-gardisme devaient avoir une référence commune, alors Señor Bang Bang, The Raven et Jacinko ont créé ce qui représenterait au mieux cette définition. Un groupe totalement en dehors des classifications actuelles qui fait d'eux une formation à part entière, une singularité hors normes.

Le groupe a de l'énergie à revendre et cela se ressent à chaque note. Bien que The Odyssey avait une approche différente mais intéressante du groupe, l'album s'affichait comme étant beaucoup plus atmosphérique mais d'une extrême richesse dans son interprétation musicale où mariachi, flamenco, blues et bien d'autres genres s'alternaient dans une volonté plus traditionnelle. Les australiens ont ainsi prouvé qu'ils peuvent jouer n'importe quel registre, ils le maîtrisent. Avec Flamingo, on a plutôt un retour aux sources de leurs premières compositions, avec cette musique nerveuse et énergique, typique de ce que KALLIDAD nous avait habitué jusque là.

Il ne faudra pas moins de quelques secondes pour nous convaincre. The Beast est tout ce dont un titre d'ouverture peut rêver : entraînant, frénétique, mais surtout, captivant ! Une chanson en perpétuel crescendo qui ne cesse de nous surprendre, à titiller notre envie de bouger, afin de nous inviter à rejoindre le groupe sur scène et à mettre à profit toute l'énergie disponible. Quand explose enfin le rythme principal c'est avec surprise que l'on se rend compte que le pied, la tête, voire tout le corps est déjà en mouvement et en cadence avec la musique.

Alors, après une première piste qui place la barre aussi haute, que penser du reste de l'album ? Là où les trois amigos frappent fort, c'est que chaque chanson a son petit quelque chose qui fait qu'on l'a retiendra forcément.

D'un côté on retrouve des titres tout aussi énervés avec notamment Paulo Di Gorgio qui se veut certes plus traditionnelle dans la culture mariachi mais n'en démord pas en dynamisme pour autant. Bien qu'un peu plus subtile que sa prédécesseure bestiale, elle se permet quelques moments plus paisibles. Dans la même veine, Casa Mañana est un véritable orgasme "mariachiesque" entre l'ambiance dégagée et la technique dont fait preuve le trio. Comme si cela ne suffisait pas, la chanson est divisée en deux parties où après l'explosion de cordes de la première, on a le droit a un crescendo progressif de plus en plus nerveux avec une mélodie répétée immuablement de plus en plus rapidement, avec quelques nuances subtiles mais néanmoins perceptibles afin de ne pas tomber dans une ennuyeuse répétition. On soulignera notamment le duo rythmique qui reste en harmonie tout le long du titre, relevant d'une parfaite maîtrise de leur instrument mais surtout d'une synergie sans précédent.

De l'autre, ce sont des morceaux plus aériens comme The Sludge qui sombre dans une ambiance beaucoup plus en rapport avec le blues. L'atmosphère y est plus placide et amenée par une lead guitare prédominante à l'instar de Luminate, plus rock. The Showdown s'ancre quant elle dans un thème western, perceptible dès les premières notes et renforcé par les trompettes. Un titre qui se rapproche d'ailleurs de Señorita Margarita du précédent opus.

D'autres chansons sont un peu plus expérimentales – non pour nous déplaire – chacune ayant sa propre approche. Krokodil laisse s'échapper les guitares où les notes semblent s'envoler mais sont rattrapées au dernier moment et ramenées sur l'instrument, provoquant ce son si singulier. Dans le même registre, Flamingo a des allures d'improvisation mais est en réalité totalement maîtrisée, ce qui donne cette impression déstructurée et totalement barrée ; l'usage de chant ne faisant qu'accentuer ce sentiment. C'est surtout Noosaville qui peut sembler très calme et tout aussi perturbante par rapport au reste de l'album. Pourtant, il y a cette petite mélodie qui ne cessera de résonner dans la tête et qui fera qu'à un moment inopportun de la journée il y aura ces notes qui ressurgiront et nous rappelleront ce titre avec ce goût de reviens-y. L'ajout progressif du violon puis des percussions n'arrangera pas les choses et fera de la chanson l'une des plus marquantes avec The Beast.

Ce sera sur le son d'un train partant au loin, symbole de la conquête du groupe vers de nouveaux concerts, que Flamingo se clôture. Au travers de ce cerbère rose à plumes, le trio aura fait varier les rythmes et les références sans jamais perdre cette vigueur si singulière où les surprises s'enchaînent et ne s'essoufflent pas dans une fluidité constante. KALLIDAD reste toutefois un groupe à découvrir définitivement sur scène, afin de profiter pleinement de cette énergie communicative ; une perception déjà rare en concert, alors que dire quand elle se ressent sur un album studio ? Bref, les australiens ont signé ici, avec Flamingo, un album mémorable.