Quatre ans séparent Unseen Horror Scenes d'Hyperviolent, le précédent album d'Hocico. Pourtant, les maîtres mexicains de l'electro dark ne semblent pas s'être absentés si longtemps : entre leurs remixes, leurs collaborations et des singles qui ont commencé à sortir il y a presque deux ans, leur rage glaciale revenant régulièrement remuer notre actualité. On accueille néanmoins toujours avec plaisir une nouvelle occasion de retrouver leur univers sinistre, agressif et sans compromis... avec la conscience également, qu'avec le temps s'est installée une routine : on y va avec notre petite liste d'attentes, nos cases que l'on compte bien cocher au fur et à mesure !
Et à vrai dire, on va en cocher des cases ! S'il y a une chose que l'on ne peut pas reprocher à Hocico, c'est d'être inconstant. S'il y a une chose que l'on peut reprocher à Hocico, c'est de ne pas être franchement surprenant. Choisissez votre camp. Hocico, ce sont des chirurgiens : d'une précision clinique, ils prennent un malin plaisir à nous charcuter, nous disséquer et extraire nos organes sanguinolents avec une fiabilité et un savoir-faire inégalé. La lourdeur de Dark Paradigm avec son mid-tempo matraqué instantanément identifiable et mémorable, dont on sent la menace ramper, la tension explosive mais toujours retenue de Playground of Scars, à laquelle quelques mélodies lugubres apportent des nuances bienvenues, puis enfin l'éruption hargneuse de Traitors avant la pause instrumentale mélancolique et cinématographique Marked by the Dark : dans ses premiers instants, en effet, Unseen Horror Scenes nous fait cocher pas mal de cases !
On l'arpente alors comme une sorte de best-of de ce que sait faire Hocico, une démonstration de maîtrise dans la création d'atmosphères glauques et de beats assassins. Racso Agroyam et Erk Aigrag décortiquent tout particulièrement l'influence des mondes en ligne, la lâcheté, la haine, la paranoïa et l'addiction que notre ultra-connexion provoque. Un thème bien actuel, dans la lignée des obsessions habituelles de la musique industrielle et des rapports entre l'humain et la machine, mais aussi bien de leur âge (pouvez-vous entre d'ici des JEUNES zombifiés par leurs zinzins marmonner d'une voix molle "booooomers" ?) ! Sans pitié, Hocico nous confronte à nos vices, nous faisant toujours autant remuer la tête avec son plaisir viscéral intact tout en nous rappelant tous nos travers.
Comme bien souvent, les morceaux les plus rapides ne sont pas forcément les plus redoutables (la violence de Traitors ou les automatismes jouissifs mais un brin trop familiers de Symphony of Rage, par exemple, seront moins mémorables que les fois où Hocico nous donne l'impression d'un danger omniprésent, d'un monstre planqué et prêt à nous bouffer). La mystérieuse instrumentale Where Darkness Leaks In au pouvoir évocateur qui illustre à nouveau le génie d'Agroyam dans ce domaine, ou l'apocalyptique Twisted Promises (I Suffocate), sont en revanche de nouveaux abîmes de noirceur dans lesquels on se précipite avec plaisir. Pourtant, c'est dans deux de ses démonstrations d'agressivité les plus sauvages qu'Hocico réussit à nous surprendre, tout d'abord avec Blood on the Wires dont l'orientation metal industriel semble être une suite de leur reprise de N.W.O. de Ministry sur le précédent album, et ensuite Hey Tú!, incandescent hymne furieux en collaboration avec Rafael Reyes de Prayers qui apporte sa scansion bouillonnante et est une tempête d'air frais.
D'une durée plus que conséquente (dans son édition normale, l'album approche des 1h10), Unseen Horror Scenes est généreux et réussit tout de même à nous apporter du sang frais alors que sept singles étaient sortis lors de sa campagne promotionnelle. Est-ce un album révolutionnaire ? Non. Attendions-nous d'Hocico une réinvention totale après plus de trente ans de carrière ? Non. En revanche, c'est une démonstration impitoyable d'un talent inégalé pour mixer des ambiances horrifiques à une rage communicative, une exploration des ténèbres à la fois glaçante et qui vient des tripes, une succession d'ambiances délicieusement torturées et de hits qui font mouche. C'est un album attendu, dans le sens à la fois de son absence de réelles surprises mais aussi parce qu'on avait hâte, justement, de retrouver cette valeur sûre, toujours satisfaisante. Des génies avec des automatismes un brin mécaniques, en somme. Serions-nous gâtés au point de nous en plaindre ?