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Chronique | Hangman's Chair - Banlieue Triste

Pierre Sopor 30 novembre 2018

HANGMAN'S CHAIR avait placé la barre très haut avec This is not Supposed to be Positive, sorti en 2015. Le son n'avait peut-être plus la rugosité passé, mais la richesse de l'album et la qualité de sa production en faisait une oeuvre majeure, addictive, obsédante même. Autant dire que Banlieue Triste était attendu de pied ferme avec la dure tâche de ne pas décevoir. Lancer l'écoute de l'album, c'est savoir à l'avance qu'on s'embarque dans un voyage mouvementé et prenant.

De tumulte, il est bien question dans Banlieue Triste. HANGMAN'S CHAIR tire son inspiration du monde réel, le groupe étant originaire de banlieue parisienne. Il n'est donc pas question de dragons ici et les titres d'album préviennent l'auditeur imprudent : le ton n'est pas à la rigolade. Passée une introduction anxiogène où un synthé plante l'ambiance, on est vite écrasé par les riffs de Naive, dont la lourdeur étouffante suinte le désespoir et nous fait ressentir le poids des blocs de bétons grisâtres que l'on voit dans le clip. La chant de Cédric, toujours plus limpide résonne comme une plainte, déchirante. On pense parfois à THE DEVIL'S BLOOD ou PALLBEARER. Il y a dans HANGMAN'S CHAIR un sens vif de la mélodie : les refrains séduisent et restent en tête et élèvent la musique loin au-dessus des profondeurs abyssales vers lesquelles elle semble pourtant nous entraîner avec Sleep Juice. Il s'en dégage constamment une forme de poésie, quelque chose d'assez éthéré, onirique presque. On peut penser à DOOL, pour ce sentiment d'errance urbaine sublimée, mais HANGMAN'S CHAIR est bien plus dépressif et flirte bien plus avec des sonorités doom que le groupe de rock néerlandais, s'approchant d'un grunge poisseux à la ALICE IN CHAINS.

Si HANGMAN'S CHAIR réussit aussi bien à nous toucher, c'est aussi parce que le groupe ne triche pas, ne fait pas dans l'esbroufe. Les compositions ne cherchent pas à nous embobiner mais à nous atteindre de manière directe immédiate, leur efficacité réside dans une apparente simplicité. Prenons par exemple Touch the Razor et sa guitare presque minimaliste, dont l'aspect répétitif finit par avoir un effet hypnotique, quasi transcendantale. Il n'y a pas de surenchère, le groupe n'est pas là pour faire le show. La preuve : Banlieue Triste n'essaye pas de faire "plus" que son prédécesseur, ni de s'en démarquer particulièrement. Les ingrédients sont similaires, mais tout semble plus approfondi, plus poussé. Tout est question d'équilibre dans Banlieue Triste : à la lourdeur des riffs s'opposent des mélodies moins étouffantes, à la froideur de la batterie des cordes qui savent se faire chaudes et organiques. Et si à la lecture de la tracklist, certains auraient pu croire que HANGMAN'S CHAIR deviendrait dansant en invitant PERTURBATOR sur Tired Eyes, il n'en est rien : comme James Kent l'a prouvé avec son récent New Model ou son side-project L'ENFANT DE LA FORÊT, il excelle aussi dans les compos plus sombres et ambiantes. Son apport est donc discret, le morceau magnifique. Au rayon des guests, l'insaisissable MONGOLITO est présent sur Sidi Bel Abbès, mélancolique piste instrumentale aux guitares gémissantes. 

Banlieue Triste n'est pas un album plus surprenant que soit, bien au contraire : il est la confirmation de tout le bien que l'on peut penser de HANGMAN'S CHAIR, un groupe parfaitement maître de son sujet. Hypnotique, fascinant, tumultueux, riche et adictif : ce disque est un peu tout ça à la fois. Bien que dans la lignée de son prédécesseur, Banlieue Triste n'en est pas moins une claque, bien au contraire : il est sûrement un des albums les plus enthousiasmants de la scène rock / metal à être sorti cette année et mérite amplement son torrent de louanges.