The Young Gods + Les Tétines Noires @ La Machine du Moulin Rouge - Paris (24 novembre 2019)

Live Report | The Young Gods + Les Tétines Noires @ La Machine du Moulin Rouge - Paris (24 novembre 2019)

Pierre Sopor 28 novembre 2019 Pierre Sopor

Attention, soirée culte : Voulez-Vous Danser conviait à la Machine du Moulin Rouge deux figures mythiques des musiques industrielles avec tout d'abord les incroyables TÉTINES NOIRES ressuscitées et leur mélange de batcave, de punk, de glam et de rock industriel surréaliste puis les increvables YOUNG GODS, jeunes et flamboyants depuis si longtemps que leur immortalité commence à se voir. Après des récents concerts dans des salles pleines à craquer (respectivement à Petit Bain et à la Maroquinerie), les deux groupes se partageaient donc la vedette avec des performances de durée à peu près égale d'environ une heure et demi chacun pour un remake parisien du What the Fest Montpelliérain de 2018 .

LES TÉTINES NOIRES

Un concert des TÉTINES NOIRES est forcément quelque chose d'inattendu ne serait-ce que parce que les voir en 2019 tient du miracle, le groupe ayant fait son retour l'an dernier après presque vingt ans d'absence. Un détail comparé à ce qui se passe sur scène : groupe dada par excellence, les TÉTINES NOIRES proposent une performance surréaliste, parfois inquiétante, parfois drôle et à laquelle l'étrangeté et les côtés enfantins (les instruments en plastique, les costumes) confèrent une réelle poésie.

Au milieu de la scène, un improbable duo capte les regards. Il y a Emmanuel Hubaut, alias Le Comte d'Eldorado, monstre de scène sans âge à l'énergie explosive qui, de sa voix puissante, dissonante, séduisante, captive l'audience. Il rugit, hennit, gémit, grimace, se jette à terre, bondit : sa vitalité théâtrale contraste radicalement avec son binôme, Made in Eric, génial pied de micro. Ce qui impressionne, date après date, ce n'est pas tant qu'un monsieur tout nu et immobile serve de pied de micro ni que l'homme tienne tout le concert à se faire malmener sans ne jamais ouvrir les yeux. Non, le plus fou dans tout cela, c'est qu'une fois passé l'amusement de voir cet accessoire déposé et retiré de scène comme n'importe quel objet, on finirait presque par oublier qu'il s'agit d'un être humain.

Ce qui est touchant avec les TÉTINES NOIRES, au-delà de la musique, c'est le plaisir manifeste que ces grands enfants prennent sur scène et le fait que tous aient répondu à l'appel de la reformation. Derrière les facéties et la liberté incroyable que la musique dégage en s'affranchissant de tout codes, il y a un cœur immense et une générosité qui font tout simplement plaisir. Ils s'amusent, se défoulent, et échangent avec un public trop heureux d'être là. On peut d'ailleurs diviser la fosse en deux générations : ceux qui avaient vu le groupe "à l'époque" et ne cachent pas leur joie de les retrouver et ceux, plus jeunes, qui regrettaient d'être né trop tard et rattrapent enfin leur retard. Tout le monde, en tout cas, pouvait découvrir en introduction un titre inédit et inquiétant, Le Loup des Steppes. Si l'absence de O'Dogo de la setlist retire à l'animalité de la chose, on a quand même eu des chevaux et un poulet et ses plumes (comment évoquer Freaks de Browning sans volaille ?). Entonie, à la basse, laisse cependant transparaître ses tendances canines en grignotant les nonos qui servent de décor...

On ne sait pas quelle est l'espérance de vie de ce retour sur scène qui, bientôt, fêtera ses deux ans. On espère bien sûr que la sortie prochaine d'une anthologie retraçant toute la carrière du groupe ne marquera pas la fin de cette superbe aventure... Mais quoi qu'il arrive, quelle chance on a eu de pouvoir, encore une fois, (re)voir ce groupe incroyable à la folie et la sincérité salvatrices.

Setlist :
01. Le Loup des Steppes
02. Fase 1990
03. A Different Man
04. Crazy Horse
05. Headhorse
06. Washing Head
07. Hill House
08. Envers et Contre Tête
09. Tête Préparée
10. Eaten Head
11. Freaks
Rappel :
12. N& M
13. Teo Tertem
14. Brouette Mentale

THE YOUNG GODS

Le changement d'ambiance a beau être extrême, la soirée n'en est pas pour autant incohérente. Après le carnaval jouissif et cathartique des TÉTINES NOIRES, le public peut désormais pleinement se concentrer sur la performance des YOUNG GODS.

Les Suisses jouent en toute simplicité mais réussissent à créer une proximité avec leur audience grâce à l'ambiance intimiste créée par les lumières tamisées. La setlist, elle aussi, participe à ce sentiment de bienveillance et d'inclusion : cette entrée progressive dans un univers hypnotique se fait via les titres apaisés du superbe Data Mirage Tangram sorti plus tôt cette année. Le pilier Franz Treichler a beau fuir les lumières et se cacher dans les ténèbres, sa présence sobre et élégante dicte le ressenti général : les YOUNG GODS sur scène, c'est la grande classe sans fioritures.

Petit à petit, le concert monte en intensité pour s'orienter petit à petit en des contrées plus noise. La lourdeur industrielle des riffs de Kissing the Sun, tout de suite, c'est plus frontal que Figure Sans Nom ! Le final très indus sur Skinflowers laisse d'ailleurs aux machines tous les honneurs. On entre dans un concert des YOUNG GODS comme dans de l'eau froide ou une transe : progressivement, étape par étape, histoire de ne pas recevoir de plein fouet un impact trop fort.

Pour en sortir, par contre, c'est autre chose : la lumière blafarde du metro et son signale agressif ne suffisent pourtant pas à nous ramener immédiatement sur Terre. La soirée était irréelle et unique. Il y en aura peut-être (sûrement) d'autres, mais trouver un tel décalage avec la réalité, une telle complémentarité entre deux groupes aussi iconiques est assez unique pour qu'on l'apprécie à sa juste valeur. Merci aux artistes pour les performances, à Voulez-Vous Danser pour l'organisation et à Xavier pour l'accred photo !

Setlist :
01. Entre En Matière
02. Figure Sans Nom
03. Tear Up the Red Sky
04. All My Skin Standing
05. Moon Above
06. About Time
07. Kissing the Sun
08. Envoyé
09. You Gave Me a Name
Rappel :
10. Tenter le Grillage
11. L'eau Rouge
12. L'Amourir
13. Skinflowers