On n'avait pas vu C-Lekktor à Paris depuis presque quinze ans... et il est probable qu'une partie du public venu retrouver le projet dark electro de Markko B. était déjà à Glazart pour le festival Noise Complex de 2012 ! Comme bien souvent, l'Atomic Cat respecte sa thématique post-apo / cyberpunk et servait de bunker, véritable abris anti-radiations estivales offrant sa protection souterraine à des "gens vêtus de noir" venus remuer sous les spots, le temps d'une soirée organisée en collaboration avec Hellektro.
Sur scène, Markko est accompagné pour l'occasion de DJ Nibi. Dans l'Atomic Cat, tout le monde n'attend pas que le concert commence pour remuer ses membres comme s'il ne faisait pas 666 degrés dehors. Markko, lui, il s'en fout de la chaleur : il porte sa cagoule tout le long. L'artiste mexicain fêtait ses vingt ans de carrière en 2024 avec 2.0, un album plein d'anciens titres ré-enregistrés, et ce sont bien ces deux décennies d'agressions mécaniques qui sont parcourues en une heure. La furieuse Infected, Animals et sa rythmique lourde impitoyable, la glaciale El Comienzo de la Muerte dont la mélodie sinistre provoque quelques frissons bienvenus... on traverse sa discographie sans interruption. On se demande qui se nourrit de l'énergie de qui : devant la scène, le public est déterminé à mouliner ses bras et ses jambes frénétiquement, comme pour aérer un peu le sous-sol. C-Lekktor était attendu, y'a même un gars qui gueule toutes les mélodies avec l'enthousiasme d'une classe de maternelle survoltée (bon, sur Radioakktivity, reprise à la sauce aggrotech de Kraftwerk, tout le monde connait la mélodie, ça va, et ça colle bien au thème de l'Atomic Cat) !
Avec ses samples glauques, ses beats méchants, ses mélodies creepy, ses slogans saturés et ses influences variées passant autant par l'EBM et l'industriel que la psytrance, C-Lekktor coche toutes les cases de l'electro dark qui cogne, d'une efficacité redoutable, consciente de ses racines mais également ancrée dans le présent. Markko y insuffle une rage mordante, une hargne viscérale. La martiale Are You Ready for the Bass ou l'intense Juicio Final n'acceptent aucune résistance et on ne voit pas vraiment le temps passer. Les soirées dark electro sont devenues rares à Paris, malgré le travail indispensable de quelques irréductibles. Il faut alors profiter de chaque occasion de voir des artistes cultes ou émergents de ces scènes, qui plus est dans une configuration intimiste (la Haus Leipzig où C-Lekktor jouait il y a quelques jours a beau ne pas être la plus grande salle du WGT, elle fait au moins dix fois la taille de l'Ato !).
Pendant une soirée, les époques se sont mélangées : un futur proche et apocalyptique imposé par le décor et des relents des années 2000 où des gens au look cyber se réunissaient aux Halles pour un pèlerinage passant par Darkland et le Grouft. Au centre de ce vortex temporel, C-Lekktor semble aussi à cheval entre les époques après avoir réactualisé son passé. De quoi son avenir sera fait ? Qui vivra verra mais on croise les doigts pour le revoir avant 2040... parce que ceux qui étaient là ce soir et déjà là en 2012 commenceront à ne plus être là !




















