Nox Novacula + Bestial Mouths + Bleakness @ La Mécanique Ondulatoire - Paris (75) - 30 mai 2026

Live Report | Nox Novacula + Bestial Mouths + Bleakness @ La Mécanique Ondulatoire - Paris (75) - 30 mai 2026

Pierre Sopor 2 juin 2026

Le 30 mai, pour les parisiens en quête d'activités, il y avait de quoi faire : Aya Nakamura se produisait au Stade de France pendant que d'autres gens jouaient au ballon. Mais comme on n'a pas réussi à avoir d'accred pour Aya et qu'on n'a rien à foot du PSG, côté caveaux, ça se jouait entre Corlyx et Diamong Dog d'un côté et Nox Novacula, Bestial Mouths et Bleakness de l'autre. Notre cœur flétri a penché pour ces derniers, l'affiche concoctée par Sanit Mils réunissant plusieurs chouettes projets qu'on n'a pas l'habitude de voir à la capitale ! Direction la Mécanique Ondulatoire, donc, un havre de paix où la climatisation et l'album Cain de Tiamat qui tourne en fond nous protègent des bars blindés des alentours et de la chaleur étouffante. En plus, à ce moment de la soirée, le PSG est mené au score, espoir, on pourra peut-être rentrer peinard !

BLEAKNESS

Un seul des deux ventilos sur scène est branché : (demi) vent de panique à la Méca ! Phab le bassiste qui se trouve du côté de celui qui fonctionne, taquine Nico, à la guitare : "comme ça, tu l'auras pas dans les cheveux, hein". C'est vrai que les chauves, c'est rigolo (et un peu inquiétant) mais il ferait bien de ne pas trop se moquer, le Phab. Planqué sous sa tignasse et derrière son pied de micro on ne peut que vaguement supposer qu'il a un visage, juste parce que c'est est comme ça que sont les gens généralement. Le concert est prêt à commencer mais on cherche l'ingé son et si vous nous lisez fréquemment, vous savez déjà qui est l'incontournable ingé son dès qu'on se planque sous terre : Clem, déesse souterraine du bruit et des odeurs des caves, est introuvable. Deuxième vent de panique, entièrement au figuré cette fois C'est qu'elle n'avait pas les bons horaires. Plus tard dans la soirée, d'autres auront des excuses moins recevables pour se pointer au dernier moment...

Sous l'étiquette post-punk se cachent toutes sortes d'interprétations et d'approches. Pour Bleakness, ce qui les intéresse n'est pas tant de jouer aux facteurs mais bien de mettre l'accent sur l'énergie punk, sur une rage qui explose sans se faire attendre. Blind Devotion, The Left Behind, Artificial Answers, This Vicious Game : le concert commence comme leur dernier album, Blurred Visions, sorti en février dernier. On reconnaît tout de même les influences goths 80's, que ce soit dans quelques rythmiques et mélodies ou dans ce chant très expressif, mais il y a chez Bleakness une fougue et un dynamisme qui donnent plus envie de faire la révolution ou la fête que de regarder ses pieds avec la tristesse habituelle que provoque les contemplations plantaires. 

Quelques titres plus anciens s'incrustent (la théâtrale Dancing with Darkness, la plus hargneuse Towards the End) sans que l'on ne remarque de vraie rupture : au fil des albums, Bleakness reste fidèle à se démarche, alliant une touche de grisaille et de pluie à une envie d'en découdre, de brailler tous ensemble des refrains rentre-dedans. La prochaine fois, on les collera en terrasse pour tout péter AVANT le match, histoire d'être débarrassé des corvées sportives !

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BESTIAL MOUTHS

ENFIN, on allait voir Bestial Mouths à Paris ! Pour ses dates européennes, Lynette Cerezo est entouré de deux musiciens qui ne sont pas Brant Showers (le cerveau génial derrière SØLVE et ∆AIMON et qui a co-écrit le prochain album de Bestial Mouths) et qui parlent français. Depuis quelques années, Bestial Mouths est en réalité plus un projet solo, toute l'attention se porte alors surtout sur Lynette, qui commence de dos, dans la fumée, avec une cape et une capuche sur la tête pour la touche rituelle... oui, oui, forcément, là, l'attention est captée !

Le concert nous renvoie au merveilleux RESURRECTEDUNBLACK de 2020 dans ses premiers instants avec la mystérieuse The Fall qui fait monter la tension dans le brouillard de la Méca puis la plus intense Lain to Rust et ses refrains aux airs de formules magiques résonnant sur les murs de la salle comme sur les parois d'une grotte obscure. Ça rend trop bien et petit à petit le public se laisse aller. La musique garde toute sa subtilité en live mais la batterie électronique ajoute du punch aux rythmiques, un supplément de nervosité et d'impact qui est flagrant sur les titres les plus EBM / indus de Bestial Mouths (l'autoritaire Innshroudss, ou Withiin jouée en fin de set et dont la partie rythmique n'aurait pas été reniées par des messieurs belges en marcel et lunettes noires). La musique est hantée par bon nombre d'âmes en peine mais a aussi une ossature solide, des muscles et des nerfs tendus !

Mais surtout, comme on le disait plus haut, toute l'attention est sur la chanteuse qui incarne les tourments, les exorcismes, la mélancolie, la poésie et les menaces de sa musique. Prêtresse souterraine le temps d'un concert, elle incante dans la pénombre, prostrée à terre ou prend au contraire tout l'espace possible, jouant avec sa longue chevelure pour rendre sa silhouette imposante, intimidante. On s'attendait évidemment à ce que ce soit les ténèbres mais on ne s'attendait pas à autant d'échange et de communication de sa part : dès le troisième morceau, elle tenait la main qu'une personne lui tendait dans le public. On en ressort hypnotisé, c'était trop bien, mais aussi rassurés : finalement, ce n'est pas nous que Bestial Mouths semble maudire dans ses chansons. On croise alors les doigts : avec un peu de chance, c'est le PSG qui était visé et ils sont en train de se prendre une rouste !

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NOX NOVACULA

Il y a beaucoup de choses très bien à la Mécanique Ondulatoire et pas mal d'entre elles sont dues au fait d'être sous terre. Notamment le fait de ne pas avoir de réseau. Le temps de la soirée, on peut oublier l'extérieur. Sauf quand tout à coup ça gueule un peu au bar... Visiblement, il n'y a pas que les réseaux téléphoniques qui ne traversent pas les pierres : les sorts de Bestial Mouths n'ont pas réussi à suffisamment maudire l'équipe de foot locale. Nox Novacula se fait un peu attendre. Sur scène, il manque la moitié du groupe. La chanteuse Charlotte Blythe demande à la guitariste Zu Leika ce qu'elle fiche avec sa veste, il fait beaucoup trop chaud ! Celle-ci explique : "non, mais tu vois, je pensais la garder un peu pour pouvoir la retirer pendant le set en espérant que ça me donne une impression de fraîcheur mais je crois que ce n'est même la peine d'essayer". On a de drôles de façons de faire à Seattle. Puis le bassiste Dav Tafoya arrive enfin : il regardait la fin du match ! C'est bon Clem, au jeu des excuses, tu as trouvé ton maître. Dépités, les corbeaux planqués à la Méca apprennent alors que Paris a gagné le match. Plus d'espoir...

La Méca s'est sacrément remplie pour Nox Novacula. Comme on le constate de plus en plus aux concerts post-punk / goth, il a des JEUNES, des vrais, des gens nés dans les années 2000, et qui portent des tee-shirts du groupe. Trop cool ! Une bonne partie du public semble conquise d'avance, l'autre s'apprête à être embarquée par la tempête (enfin, n'y voyez aucun jeu de mot : Flood sera jouée en toute fin de concert). Une guitare deathrock qui grince, une basse qui ronfle comme un orage prêt à éclater, un chant ultra-expressif qui jaillit avec vivacité, entre cabaret sinistre et rage viscérale... sur scène, Nox Novacula est un plaisir à regarder : malgré la chaleur, tout le monde remue dans tous les sens, Charlotte Blythe enchaîne les grimaces et les sourires complices et Dav Tafoya bondit sur scène, ce qui n'a l'air de rien comme ça, mais si vous connaissez la Méca vous savez à quel point la manœuvre est risquée tant le plafond est bas !

Le concert défile à toute allure sous des couleurs qui mettent en valeur la touche spooky du groupe, des mélanges de rouge et de vert qui donnent au show une petite touche Halloween très cool. Nox Novacula a un talent pour les refrains qui accrochent, les mélodies de chant qui se collent en tête, mais aussi pour les riffs qui envoient, un truc très rock parfait pour suer dans un sous-sol. L'ironie se mélange au macabre, à la mélancolie, au romantisme, mais aussi à l'envie de faire la fête. Le quatuor s'amuse à nous féliciter plusieurs fois pour "notre victoire", merci, hein, c'est vrai que là, dans la Méca, on a vraiment tout donné pour la mériter. Chauves-souris et foot, ça c'est quand même insolite, imaginez un peu : les Soccers of Mercy ? Siouxzidane & the Banshees ? Only Theatre of Painalty ? Joy Première Division ?

Nox Novacula joue souvent une reprise vers la fin du concert, s'appropriant souvent The Cult. Là, c'était Requiem de Killing Joke, puis on a droit Flood, puis c'est la fin. "Too soon", comme Charlotte le chantait de sa voix puissante un peu plus tôt dans la soirée : on serait bien restés un peu plus là, planqués, à profiter de ce show intense et incarné dont le brin de folie communicatif était une bulle de fraicheur super chouette. Dehors, par une chaleur étouffante, des hordes de gens EN SHORT et EN MAILLOT DE SPORT ou en TENUES CLAIRES et en TONGS s'amassent, les visages déformés par un truc visiblement très douloureux qui s'appelle LA JOIE... Pitié, rendez-nous des gothiques, rendez-nous nos caves ! Maintenant que Nox Novacula a trouvé le chemin qui mène à Paris, il reste à espérer que le groupe reviendra. Allez, on croise les doigts : la prochaine fois sera bientôt et, si possible, le PSG se fera bien exploser. Sous la pluie. Par -10 degrés. Un jour où il fait nuit à 16h. On a trop hâte !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe