SHAÂRGHOT, partie 1 : de la musique, un livre et des policiers SM

Interview | SHAÂRGHOT, partie 1 : de la musique, un livre et des policiers SM

Pierre Sopor 24 mai 2021 Pierre Sopor Teddy Masson

Il n'y a pas si longtemps, dans "le monde d'avant", SHAÂRGHOT était sur un petit nuage : un excellent deuxième album, des concerts toujours plus déments et un triomphe au Hellfest leur avaient ouvert de bien belles portes, notamment la tournée Warm-Up du Hellfest.

Une soupe de pangolin plus tard, beaucoup de portes se sont subitement fermées et le monde entier se mettait à déprimer. Nous avons été prendre la température de la bête qui, plutôt que de rester dans sa tanière à léchouiller ses plaies, n'a pas chômé. SHAÂRGHOT carbure toujours à plein régime et nous a préparé plusieurs belles surprises dont nous parle Etienne Bianchi, le cerveau dérangé derrière cet univers, qui nous rassure : sa création n'a rien perdu de son ambition et a une multitude de projets auxquels on se plaît déjà à rêver.

L'entretien étant plutôt long, nous vous le proposons coupé en deux. Dans cette première partie, il est question des créations en cours chez SHAÂRGHOT, qu'elles soient musicales ou autre, avec notamment un EP prévu pour la fin de l'année. Pour la suite, où il sera question de concerts, c'est par ici.

Pour commencer, comment vas-tu ? Peux-tu nous raconter ce à quoi tu travailles en ce moment ?
En gros, je n'ai pas le temps de m'ennuyer. On travaille sur plein de trucs en même temps, à savoir le prochain EP, le prochain album, le Compendium et on a surtout beaucoup de boulot sur le prochain clip qui sera en fait un court-métrage d'une vingtaine de minutes pour le morceau Black Wave. La postproduction a commencé et devrait terminer début octobre.

Tu as évoqué un nouvel EP. Peux-tu nous en dire plus ?
Il y aura trois nouveaux morceaux pour se mettre un peu dans l'ambiance du prochain album et puis surtout, on va rajouter un peu de contenu exclusif à l'EP : un morceau supplémentaire qui ne sera probablement pas dans l'album et des remixes signés HORSKH, SONIC AREA, MACHINALIS TARANTULAE, NOIRE ANTIDOTE, MOAAN EXIS et RADIUM. J'ai toujours des idées de date de sortie, donc on va dire vers la rentrée de septembre, mais comme à chaque fois que j'annonce un truc ça prend toujours trois mois de plus... Du coup, si on est en retard comme d'habitude, ça devrait être bon pour cet hiver ! On est toujours effroyablement en retard parce qu'on voit toujours plein de trucs à modifier et comme je bosse sur plusieurs projets en même temps... Mais bon, vaut mieux ça et que le produit soit correctement fait plutôt que de sortir de la merde mais dans les temps.

Que peux-tu déjà nous dire sur le troisième album ?
On va être plus ou moins dans la continuité du précédent mais l'histoire va se développer à travers le court-métrage qu'on est en train de finir. Ça va donner le ton de ce qui va se passer dans le monde du Shaârghot. Je ne peux pas dire grand chose pour l'instant, sinon je vais spoiler ce qui se passe dans le court-métrage, mais vous devrez en apprendre plus d'ici la fin de l'année ! On compte développer l'univers étendu de SHAÂRGHOT car pour l'instant on est surtout restés dans les bas-fonds sans s'intéresser à ce qui se passe à la surface, explorer un peu plus la Cité Ruche.

Vos clips sont de plus en plus ambitieux, le prochain sera un "vrai" court-métrage... Comptes-tu aller plus loin ?
En gros, oui, bien sûr. On veut aller dans cet univers bien plus loin que les clips parce que le problème du clip, c'est le clip, tout simplement ! C'est à dire qu'on sort un produit avec une musique dedans parce que c'est ce que les gens attendent, voir un morceau clippé du groupe... Mais au final, ce format là nous freine un petit peu : on aimerait bien se concentrer plus sur la partie histoire et pas uniquement sur la musique. C'est pour ça qu'on s'oriente vers le court-métrage pour s'éloigner du clip où on voit des gugus en train de jouer et une histoire qui se déroule en parallèle. Dans l'idée on aimerait évidemment faire des longs-métrages sur cet univers, voire peut-être une série. On y songe très sérieusement et ce clip / court-métrage sera un bon moyen de voir s'il y a un peu de répondant ou d'attente vis à vis de ce type de produit. Est-ce que les gens seraient prêts à payer pour voir ça, est-ce que ça pourrait intéresser des producteurs ou diffuseurs qui pourraient mettre des sous dedans... Je ne sais pas, on verra. Au pire, ça fera toujours une belle histoire avec un clip, voilà !

Du coup, tu composerais une bande-son spécifique ?
Oui, je ferais une bande-son complète pour ça, et on en fait déjà une pour le court-métrage. C'est déjà un peu ce qui est prévu en parallèle pour le Compendium, je dois composer une musique d'accompagnement pour aller avec cet univers là. Jusqu'à présent, le Compendium est un ensemble de textes et d'illustrations de Lyan qu'on poste sur facebook mais je compte le sortir en format physique avec pas mal de fiches supplémentaires, des choses annexes et une partie de la carte de cet univers pour situer la Cité Ruche, les autres cités, etc. Il y aurait un QR code dans le bouquin avec de la musique à télécharger pour accompagner la lecture, quasiment sans voix ni guitares, mais essentiellement des morceaux d'ambiance pour coller à l'esprit glauque de cet univers. Mais bon, au début, c'était juste un truc que j'ai fait pendant le premier confinement pour passer le temps parce que je m'emmerdais et pour donner quelque chose à lire aux gens qui s'ennuient ! Ça m'a permis de coucher tout ça sur papier, parce qu'avoir des idées en tête c'est bien beau mais au final je suis le seul à comprendre de quoi je parle ! J'ai finalement vraiment eu l'idée d'en faire un bel objet et je compte prendre un peu de mon temps pour pouvoir sortir ça un jour.

En plus de tout ça, tu participes à certains tournages comme figurant ou petit rôle. On ne va pas revenir sur tous, mais on peut parler d'Alien Crystal Palace d'Arielle Dombasle ? Le film est hallucinant et ta "figuration" plutôt voyante....
Et merde ! Qu'est ce que tu veux que je te dise ? Faut bien manger et faire des cachets ! Bon, en général, quand tu fais un tournage, tu sais à peu près à quoi t'attendre. En figuration, tu restes dans un coin et tu fais semblant de boire un coup ou prendre de la coke parce que forcément si t'as une crête on te file que des rôles de punks stéréotypés à la con. Mais là, c'était tout sauf ce à quoi on s'attendait... On ne savait même pas que c'était un film d'Arielle Dombasle. On arrive, et là, on la voit ! Elle est cosmique. Adorable, mais cosmique ! On comprend rapidement que la réalisatrice, bah, c'est elle... Oulala ! Là on se dit que si c'est au même niveau que ses clips, on va se marrer ! On nous demande de nous asseoir aux tables, rien d'extraordinaire, quoi, et là Mamie Zinzin arrive et nous dit qu'on est fantastiques, qu'on est fabuleux, et qu'on doit absolument venir au bar avec Asia Argento pour la scène. Elle a commencé à nous expliquer qu'on était des amateurs de spiritueux membres d'une secte... Alors secte de quoi, je n'en sais rien, je ne l'ai pas compris, je ne l'ai jamais su ! Et là elle a commencé à nous servir du vin. Pas du jus de raisin, hein, vraiment du vin. Et donc à partir du 8h du matin on a commencé à se descendre du vin avec des directions artistiques mystérieuses... On était rapidement pétés et je pense que le point culminant c'est quand elle nous a dit "et là, la police entre et vous avez peur" et on voit quatre mecs qui rentre en costume de policiers SM bon marché avec des fouets à la main ! Vraiment ! On ne savait plus quoi faire : si on devait pleurer, rire ou se barrer en courant ! On était totalement perdus, et je pense que ça se voit à l'écran d'ailleurs, le désespoir dans nos yeux est absolument intense !

Paul Prevel, alias KLOAHK, nous a dit qu'il était en guest sur ton prochain album. Ouvres-tu SHAÂRGHOT à d'autres artistes ou est-ce une exception ?
J'ai toujours vu SHAÂRGHOT comme une entité boulimique qui peut bosser avec n'importe qui, du moment que ça sert le projet. On ne vit pas en autarcie, ce ne sont pas toujours les mêmes musiciens sur tous les morceaux. Certains sont faits à plusieurs, d'autres juste avec Paul, ou juste avec Clem, selon ce qui peut être intéressant. Je sais que Paul a un vrai truc avec les guitares, une sensibilité particulière et si j'ai un morceau qui va dans cette direction, je me dis que c'est la bonne personne avec qui travailler. Chacun a des points forts, il faut juste savoir en profiter. Par contre, je ne vois pas comment on pourrait avoir des "guests" extérieurs au sens classique : à partir du moment où on est dans un univers fictif, c'est difficile de justifier la présence d'un guest qui existe dans son univers à lui et le notre en même temps. Si tu bosses avec SHAÂRGHOT, tu fais partie de l'entité. Pour les remixes, c'est bien sûr différent, c'est à part et ça sort du contexte de l'histoire. Quand je participe à un autre projet, comme récemment avec SKINSITIVE, je ne suis plus le Shaârghot mais les gens me créditent comme tel parce que s'ils mettent mon vrai nom, ça ne dira rien à personne !

Justement, on te retrouve dans un registre différent sur ce titre de SKINSITIVE... Est-ce que tu as envie de t'essayer à de nouvelles choses ?
J'aimerais bien faire des side-projects, oui, mais c'est juste que je n'ai pas du tout le temps. J'aimerais bien tenter des trucs plus electro, plus barjos ou même du punk garage pour rigoler, sans avoir à se prendre la tête avec de l'electro, juste se brancher et jouer... Ça a un côté jouissif que je ne peux pas me permettre avec SHAÂRGHOT car il y a beaucoup de mise en place. Alors peut-être un jour, on verra... Mais pour le moment, j'ai bien trop à faire.

 

Pour la suite de l'entretien, rendez-vous à cet endroit.

Photo © Teddy Masson
Illustration © Lyan