Apparu sur nos radars avec fracas il y a environ cinq ans avec l'album A Skeleton Key in the Door of Depression réalisé en collaboration avec Youth Code, King Yosef est un nom évocateur de chaos apocalyptique et d'explosions de rage aux proportions bibliques. Pourtant, au fil du temps, l'artiste originaire de l'Oregon a de plus en plus laissé entrevoir dans ses expérimentations un goût pour les atmosphères mélancoliques, greffant à son mélange explosif de metal industriel, de hardcore et de trap des choses plus fragiles et nous faisant entrevoir une sensibilité bien personnelle.
À même pas trente ans, Tayves Pelleter dépoussière le genre à sa façon, avec authenticité et, comme souvent chez les jeunes gens, une envie de bousculer les codes pour proposer une vision unique qui lui ressemble.
Lors de son passage à Paris en compagnie de Youth Code et Street Sects (on vous le racontait par ici), nous avons été l'interroger. Il nous parle avec recul de son rapport à sa création et à la vie : est-ce que quand on devient grand on est toujours aussi en colère ? Est-ce qu'on apprend à ne plus avoir peur de parler devant les autres ?
Quand tu as sorti le single Vi Coactus, la chanson était présentée comme parlant d'acceptation et d'empathie... quand j'ai écouté le morceau, ma première réaction a été "hein ? c'est ça, le son de l'empathie et de l'acceptation pour lui ?" !
Oui ! J'ai écrit cette chanson alors que j'étais en voyage avec ma femme. Je pensais juste à la façon dont ton père, ton grand-père, ta grand-mère et toutes les personnes avant toi peuvent influencer ce qui va t'arriver. Tout n'est pas toujours rose et même si toi tu t'en sors super bien, ta sœur peut ne pas aller aussi bien, ton cousin non plus. Savoir que ça arrive d'avoir une mauvaise période et que les aimer peut aider à briser cette situation est l'idée derrière la chanson, quand je dis "What I can't pay, my blood will" ("ce que je ne peux pas payer, mon sang le fera"). Je n'ai pas de problèmes, je m'en sors bien, mais les membres de ma famille galèrent toujours, ils se battent toujours. Tant que j'en suis conscient, que je ne les ignore pas et continue à les aimer, peut-être qu'ils finiront par s'en sortir.
Qu'est-ce qui te pousse à écrire une chanson en premier lieu ? Est-ce un son avec lequel tu as envie de travailler ou plutôt une émotion à exprimer ?
La plupart du temps, c'est un son. Pour Molting Fear, le second single de l'album, je savais que je voulais quelque chose qui matraque. J'ai commencé avec ça, tout simplement, et cette chanson s'est construite pour cette raison. Mais ce choix de son va avec une émotion. Un matraquage ne va pas être soft... tu ne dis pas "je veux un truc qui matraque de façon sympa" ! Le son et le ressenti se définissent l'un l'autre.
Ta musique mélange beaucoup de choses, ce qui peut larguer quelques "bigots" de l'indus. Est-ce qu'en tant qu'artiste, on a un devoir de désobéir aux règles pour trouver sa propre identité ?
Peu importe ce qui arrivera dans le monde de la musique, ça ne viendra pas si l'on se contente de copier le passé. La nouveauté ne fonctionne pas toujours, ça ne marche pas toujours super bien pour moi non plus parce que des personnes plus âgées dans le genre de musique que je fais n'aiment pas ma façon de faire, mais c'est normal, ça ne me pose aucun problème. Mais comment on fait pour inviter de nouveaux artistes et avoir de nouvelles idées ? Je ne pense pas être le meilleur au monde mais j'essaye vraiment d'avoir des idées neuves. J'espère qu'il y a un gamin quelque part qui entend mes idées et dont les idées seront mille fois meilleures que les miennes ! C'est un peu mon boulot de transmettre ce truc... Tu vois, j'adore Skinny Puppy. Mais est-ce que je dois faire un album qui sonne pareil ? Too Dark Park existe déjà ! Je ne ferais pas mieux, ils sont déjà bien meilleurs à leur propre jeu ! Pour moi, c'est très important de revendiquer mes influences, d'être honnête à leur sujet, car ça va me permettre d'atteindre de nouveaux horizons et avec un peu de chance, la prochaine personne qui suivra les mêmes pas ira bien plus loin que je ne l'ai jamais été !
Est-il encore pertinent d'essayer d’étiqueter une musique comme "industrielle" ou quoi que ce soit d'autre, ou as-tu l'impression que les artistes plus jeunes aujourd'hui sont bien plus ouverts et ont une approche plus libre de la musique, ne se souciant pas autant des questions de genre ?
Internet a tout changé. Il n'y a plus de frontières. Je n'ai pas grandi dans une grande ville, il n'y avait personne de plus âgé pour me dire "tu ne peux pas aimer ces deux choses-là". Tu sais, genre "tu aimes l'indus ? Alors tu ne peux pas aimer telle autre chose". Personne ne m'a dit ça. Je pense faire partie de la première génération d'artistes à ressentir ça et j'ai vraiment hâte de voir ce que va proposer la prochaine génération parce que je pense qu'ils feront de la musique bien plus dingue que ce qui a déjà été fait ! Il y aura toujours une bonne part de trucs nuls qui sortent, évidemment, ça ne s'arrêtera jamais. Mais j'ai bon espoir que les nouvelles choses qui se produiront seront plus folles car il n'y a plus du tout de règles. Quand il y a des règles, les gens doivent apprendre à y désobéir. Il faut savoir honorer les traditions, savoir d'où on vient, mais aussi, avec respect, être capable de dire "je vais suivre mon propre chemin maintenant".
Ton dernier album a pour titre Spire of Fear. Qu'est-ce que la peur pour toi ? De quoi as-tu peur ?
The Spire of Fear (littéralement : "la flèche de la peur"), pour moi, est une sorte d'autel. Sur l'album précédent, j'ai réglé beaucoup de choses, j'ai parlé de trucs personnels comme mes traumas et mon histoire. Après l'avoir terminé, je ne me sentais pas mieux. Je ne me suis pas dit "je suis une nouvelle personne et tout va bien". Donc qu'est-ce qu'il me reste ? Qu'est-ce que je dois faire pour être heureux quand j'arriverai à la fin de ma vie ? C'est ça, la peur. Je ne pense pas que la peur soit juste de dire "oh, j'ai peur de parler devant les gens". Imagine qu'il ne nous reste que dix minutes à vivre et tu penses à tout ce que tu aurais pu faire. Est-ce que tu vas faire ces choses ou pas ? Pour moi, tout l'album parle de ne pouvoir faire qu'une petite partie car autrement ça pourrait mal tourner. On s'agenouille devant l'autel de la peur : c'est normal d'avoir peur, c'est normal d'être terrifié. C'est pour ça que cet album finit sur une note positive pour moi parce que ça dit qu'on doit faire avec, qu'on doit tous l'accepter collectivement. C'est terrifiant, on n'en parle jamais.
Donc on retient que le premier truc qui te fait peur est de parler aux gens !
Oui ! Parler devant des gens, chanter devant des gens, et les toilettes publiques !
Comment retranscris-tu la peur en son ? Travailles-tu plutôt d'instinct ou est-ce quelque chose de très réfléchi ?
Je travaille beaucoup à l'instinct. Mais je réfléchis aussi beaucoup à la musique, à ce qui reste dans le fond, ce qui est mis en avant, j'essaye de penser de manière bidimensionnelle. Dans beaucoup de mes morceaux, il y aura des bruits blancs ou des choses effrayantes qui ne seront vraiment pas fortes, en arrière-plan, derrière tout le reste, mais uniquement du côté droit parce que je mets les trucs plus sympas à gauche. Ce sera si léger que tu ne le remarqueras pas, mais je monterai petit à petit le son de ces éléments pendant tout le morceau. C'est des trucs comme ça, penser aux dimensions du son. Je veux que, quand on ferme les yeux, on puisse se représenter l'univers de ma musique. Il y a des choses terrifiantes. C'est facile d'utiliser des accords bizarres, de la grosse réverb' dans le fond, des trucs menaçants et sinistres. J'aime aussi beaucoup la musique de films et je pense que tout ça me donne les outils pour réfléchir à ma musique de cette manière.
Un peu plus tôt, tu semblais dire que la "thérapie musicale" ne fonctionnait pas, que tu n'allais pas mieux après avoir mis toute ta rage et tes angoisses dans ta musique. Est-ce que ta musique te piège dans ces émotions négatives, ou est-ce que ça fait quand même du bien de les laisser sortir ?
C'est une question qui me préoccupait beaucoup avant. Mais une fois que tu as piégé ta négativité dans une chanson, tu peux finalement décider quand tu lui rends visite. Par exemple, quand on joue certains titres en live, ça continue de m'affecter... mais ce n'est pas parce que je revis les mauvaises choses. C'est plus comme une victoire contre elles ! C'est un peu comme revoir un ami pour la première fois depuis très longtemps et que tu veux lui faire un énorme câlin qui va te donner envie de pleurer. Je pense quand même que ma musique a un effet positif sur moi, mes émotions commencent à évoluer. Je pense qu'il est plus important de ne pas entrer dans une espèce d'automatisme distancié car c'est très facile, quand tu joues la même chanson encore et encore, de tomber dans une routine du genre "dans deux secondes je reprends mon souffle, puis j'irai de ce côté de la scène"... J'essaye d'éviter ça. Je préfère encore qu'une chanson continue de me blesser et devoir ravaler mes larmes plutôt que devenir une sorte d'automate. Je pense aussi que je ne réalise pas à quel point ça peut m'affecter avant au moins un an plus tard, quand je me souviens par exemple d'un truc que j'ai pu noter dans mes carnets et des sentiments qui allaient avec. Je suppose que ça doit marcher sur moi, mais quand un million de petites choses changent sur une période donnée, tu ne t'en rends jamais vraiment compte avant d'être vraiment de l'autre côté, avant d'avoir escaladé cette montagne.
Ta musique devient aussi plus mélancolique et atmosphérique. Est-ce un truc qui arrive quand on vit au-delà de 27 ans ?
Ouais ! Il y a deux raisons à cela. Premièrement, je ne voulais pas toujours être ce mec qui fait de la musique énervée. Je ne veux pas avoir une seule facette. Ça serait trop naze d'avoir cinquante ans et de toujours rager sur des trucs que j'ai écrits quand j'en avais 20 ! Ensuite, je ne pouvais pas exprimer tout ce que je voulais de cette façon. Mes albums préférés et mes morceaux préférés sur chaque album sont ceux qui me donnent juste envie de pleurer. Je me disais que je n'aurais jamais l'occasion d'écrire ce genre de chansons si ma musique était toujours énervée. Je pense que j'en suis venu à plus de mélancolie de cette façon également. Si j'écris une chanson sur quelqu'un qui décède autour de moi, est-ce que ça doit être un morceau véner ? Non. C'est venu naturellement mais aussi par dessein car je ne voulais pas m'enfermer dans un tiroir. Je veux pouvoir aller dans toutes les directions. Comme ça, si dans deux ans je sors un album principalement calme, je ne pense pas que les gens seront trop surpris car j'en ai déjà posé les bases.
Dirais-tu que tu finis par trouver une forme de paix ou que cette rage évolue en autre chose ?
Je pense qu'on naît tous avec un certain nombre de problèmes. On essaye de les résoudre, ce qui nous montre de nouvelles choses. Les problèmes changent. Ceux que tu avais à 20 ans changent quand tes parents vieillissent et tu te mets à penser qu'ils vont mourir un jour. Puis tes grands-parents s'en vont et toi et tes frères et sœurs vieillissent. Les problèmes continuent de changer. C'est comme un rubik's cube dont tu ne pourrais résoudre qu'une seule face. Mais je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. J’essaye de trouver la paix là-dedans et l'accepter : j'aurai toujours des problèmes, de toute façon ! C'est la vie, c'est tout ce qu'on a !
Tu as sorti ton album sur ton propre label et as invité quelques amis à participer. Est-ce important pour toi de t'entourer d'amis quand tu dois tout faire tout seul ?
Tu sais, il y a un dicton qui dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant... Eh bien, il faut aussi tout un village pour faire un album ! C'est aussi important pour moi, émotionnellement. Tout d'abord, ma musique est bizarre et c'est pour ça que je la sors sur mon propre label parce que les autres labels ne la comprennent pas et je préfère que les choses se fassent à ma façon. Mais tu vois, à chaque fois que quelqu'un achète un de mes disques, à chaque fois qu'un de mes disques est expédié, en tout cas aux États-Unis, ce disque est envoyé par moi-même, ma femme ou un de mes meilleurs amis. Tout est fait avec soin. C'est très important pour moi. Tout comme avoir des gens sur l'album. C'est la première fois que j'enregistrais le chant à Portland, où je vis, et tous mes amis ont pu passer au studio. Ils me disaient ce qu'ils aimaient ou n'aimaient pas, etc. C'est important car ils sont honnêtes, je n'ai pas envie d'être entouré de gens qui me disent "oooh trop bien, tu es le meilleur" tout le temps ! Mes meilleurs amis sont super honnêtes et me donnent des idées.
Mais du coup, quand ils disent qu'ils ont aimé un truc, est-ce que ça te donne confiance ou au contraire envie de le changer ?
Haha ! Tu sais, c'est drôle parce que je montre souvent certains trucs à certaines personnes parce que je connais leurs goûts. Par exemple, je vais plutôt faire écouter Glimmer, qui a des influences goths, à quelqu'un qui ne connaît absolument rien à la musique goth ! Je dois penser aux gens qui ne comprennent pas forcément tel ou tel genre de musique, qui n'en ont pas les références. Comme ça, si même ces gens aiment, c'est que ça doit pas être mal ! Mais d'un autre côté, j'ai aussi des amis qui n'écoutent que du hardcore et du death metal et je leur envoie mes morceaux les plus lourds pour voir si ils peuvent entendre les breakdows parce que ce n'est pas le truc des gens qui aiment l'indus, ils n'ont pas forcément ce même sens du chaos et du moshpit. Ça dépend. Il arrive que si certaines personnes me disent "ah, j'aime bien ça", je me retrouve à tout changer, oui !
Est-ce que tu ressens de la solitude à tout faire tout seul ?
Ça peut, parfois. Mais je pense que c'est un peu comme quand les gens parlent de courir, par exemple. Ils ne pensent à rien d'autre au monde quand ils courent. La seule chose que j'ai, c'est moi-même et je pense que c'est ce que ça représente pour moi. Ce que je crée n'appartient qu'à moi. Cette forme de solitude n'est pas triste, c'est même plutôt beau, c'est mon truc, mon don. Personne ne peut le changer, ça n'est qu'à moi. Dans un monde où l'on a parfois l'impression que rien ne nous appartient, pouvoir être soi-même et créer de la musique est une belle chose. Je travaille beaucoup mais j'ai aussi ce côté savant fou, quand je reste tout seul à écrire pendant des jours et à essayer de tordre des trucs encore et encore jusqu'à arriver à me dire "oh, j'ai trouvé, j'ai réussi" !
Dans tes collaborations avec d'autres artistes, es-tu plutôt du genre dirigiste ou les laisses-tu te proposer de nouvelles idées ?
Ça dépend beaucoup de la personne avec qui je travaille et dans quel contexte. Par exemple, quand j'ai demandé à Ryan de Holy Fawn d'être sur mon dernier album, je savais exactement quel genre de voix je voulais. J'espère que les gens pensent à moi de la même manière quand on me propose un featuring : un artiste est comme un instrument capable de faire des choses dont je suis incapable. On demande à un spécialiste de faire sa spécialité. Il faut essayer de ne pas trop les contrôler et leur interprétation de ta vision va te donner la direction à suivre. Je dirais que la plupart du temps, si je travaille avec quelqu'un, j'ai une idée en tête. Ils font ce que je ne peux pas faire et c'est pour ça que c'est si cool.
Ton projet est assez récent... quelles sont les choses les plus importantes que tu as apprises ces dernières années ?
Me faire confiance ! The Spire of Fear est l'album que j'ai écrit le plus rapidement, ce qui est plutôt marrant parce que c'est aussi celui qui a été le mieux reçu ! Je l'ai écrit en seulement neuf mois et sa production a été très courte. Tout cela a été possible parce que je me faisais confiance. C'est ma musique. On a aussi beaucoup tourné pendant les deux dernières années. Trouver un équilibre, trouver notre équipe, trouver comment communiquer avec mes amis quand je suis en tournée, apprendre à me reposer, interagir avec le public, essayer d'être au mieux tous les soirs. Je ne sais pas si vous avez les mêmes en France, mais j'ai l'impression d'être un footballeur en interview, tu sais, à répéter des trucs genre "oui, c'est un travail d'équipe, chaque match est différent, etc" ! La conférence de sportifs classique aux États-Unis ! Mais c'est vrai. Ce que j'ai le plus appris est probablement la confiance en moi, comment opérer dans un contexte de concert et vraiment apprendre à me reposer ! C'est difficile d'écrire de la musique si tu n'es pas en état d'absorber les choses. Aussi naze que ça en ait l'air, nous ne sommes que les reflets de tout ce que nous recevons. Il faut alors apprendre comment recevoir plus et accepter de ne pas travailler tout le temps.
Tu aimes les tournées ?
Les deux choses peuvent être vraies : c'est le meilleur truc au monde et c'est aussi le pire truc au monde ! Je pense qu'en vieillissant, ce qui m'importe le plus est de visiter de nouveaux endroits, de rencontrer de nouvelles personnes et discuter avec elles de leurs expériences et d'où elles vivent. Ça rend le monde moins effrayant. J'ai la chance de pouvoir faire ça et c'est vraiment super cool. Mais il y a aussi le manque de sommeil, on rate la vie de nos proches... Mais quand tu fais un bon concert, qu'il y a du monde et que le public participe à ta musique, c'est vraiment un des plus cadeaux au monde. Donc oui, j'adore ça et je déteste ça !
Est-ce facile pour toi de jouer ta musique face à des gens ?
Non, ça ne l'est pas. Ça m'a pris beaucoup de temps pour apprendre à parler au public et être meilleur sur scène. Je commence à aimer ça, mais ça a longtemps été très difficile.
Qu'est-ce que tu écoutes en tournée ?
J'écoute beaucoup d'ambient. S'il n'y a pas de paroles, c'est le top pour moi. J'écoute beaucoup un artiste du nom d'Abul Mogard, un Italien qui a travaillé dans des usines et fait de la musique atmosphérique désormais. C'est ma musique au réveil, pour cuisiner, pour prendre l'avion, pour tout faire ! Et Boards of Canada est mon groupe préféré de tous les temps. C'est ce que j'écoute le plus. J'ai écouté tellement de musique dans ma vie, depuis celle que je téléchargeais respectueusement illégalement quand j'étais ado... Il m'en faut beaucoup pour ressentir cette poussée d'adrénaline, tu sais, quand tu achètes un disque et qu'il semble avoir été fait pour toi. Mes attentes sont devenues trop élevées ! C'est chiant ! Mais du coup, je ne cherche pas cette révélation tout le temps. Si par exemple je veux écouter du death, je sais que je vais écouter Bolt Thrower parce que ça va satisfaire cette envie. J'essaye toujours de découvrir de nouvelles choses mais j'écoute surtout de l'ambient. En plus, ça n'influence pas trop ma propre musique, ce qui est une bonne chose. Si je n'écoutais qu'Alec Empire ou Youth Code tout le temps, je finirais probablement par sonner comme eux.
La situation est un peu tendue en ce moment entre les États-Unis et l'Europe. Tu tournes actuellement avec deux groupes américains... Est-ce quelque chose que vous avez en tête ou dont vous parlez entre vous ? Ça vous fait quelque chose de spécial ?
C'est très étrange. J'aime penser que je suis du bon côté des choses politiquement, je suis quelqu'un qui lit, qui essaye de faire attention au reste du monde... Mais parfois, j'ai l'impression d'être un clown à cause de mon pays, je me sens comme une espèce d'ambassadeur pour ces trucs qui craignent à mort et j'ai parfois l'impression que tout ce que je fais participe à tout ça. On ne peut pas y échapper : je paye des impôts qui vont servir à faire chier tout le monde sur Terre, je vais à l'épicerie acheter un truc avec de l'argent qui va aller à une énorme entreprise qui va foutre en l'air la vie d'encore plus de gens dans le monde... Donc oui, c'est bizarre. C'est bizarre d'être ici et d'être accueillis avec tant de gentillesse par autant de gens et de voir que mon pays est un sujet de rigolade pour tant de monde. Bien sûr, on est rigolos. Mais on est aussi terrifiants. On passe notre temps à menacer le monde entier et ce n'est pas ce que je veux ! On en parle souvent entre nous. A chaque fois que quelqu'un nous dit "vous avez dit que..." en parlant de mon pays ou de notre président, je me sens obligé de répondre "non, IL a dit que, pas moi !". Les États-Unis, c'est comme les tournées : deux choses peuvent être vraies, on peut être les meilleurs au monde mais on peut aussi être les pires.
Alors espérons que la prochaine fois qu'on se verra, on ne sera pas obligés de s'entretuer parce que quelqu'un a dit que !
Ouais !
