Eric McFadden - 2011-05-06

Eric McFadden - 2011-05-06

Pierre Sopor 13 juillet 2011

Eric Byron McFadden est un guitariste et chanteur de San Francisco. Son style musical, relativement inclassable, pourrait se définir comme un mélange de rock, de blues, de flamenco bien que cela soit réducteur tant ses influences sont larges et ses projets nombreux et variés ( plus d'une dizaine ). Ses paroles sont généralement sombres, ses thèmes de prédilection étant, outre une vision torturée du monde du cirque et des clowns, la vie, la mort et l?amour, et plus spécifiquement les liens existant entre ces trois notions. De passage à Paris pour un concert au Café de la Danse, nous avons eu l'occasion de le rencontrer pour parler de ses influences allant du rock au metal, et de la sortie de son dernier album 'Bluebird On Fire'.

Que peux-tu nous dire de ton nouvel album ?
'Bluebird On Fire' parle de souffrance, et de s'en sortir pour en tirer plus de forces et de connaissances. L'oiseau bleu symbolise la liberté, qui s?extirpe du feu qui peut aussi représenter la passion. A la base, il y a cette idée de traverser une grande douleur et en ressortir plus fort, en tirer les conclusions. Musicalement, il est plus blues, c'est un album que l'on a enregistré de manière très spontanée en studio, presque en live. Il a également été composé de cette manière, c'est un album très immédiat, nous n'avons pas passé énormément de temps à fignoler nos chansons. On l'a enregistré au milieu du désert, chez un ami avec des types de QUEENS OF THE STONE AGE et EAGLES OF DEATH METAL, c'était super cool.

D'où t'es venue ton inspiration ?
Principalement la douleur ( rires ) ! Mais on trouve aussi un peu d'optimisme dans le disque. La plupart des chansons s'inspirent d'expériences personnelles, mais pour quelques unes, j'ai essayé de me mettre à la place de quelqu'un d'autre. Par exemple dans la chanson 'Two Grave'... Je n'ai pas réellement tué ma petite amie et mon meilleur pote! Quoi que... Je pourrais très bien être en train de te mentir actuellement ( rires ). Ces chansons ne sont bien sûr pas autobiographiques. L'inspiration vient de... Je sais pas, l?éther sûrement. Enfin, c'est principalement ma propre vie et ma putain d'imagination.

Peux-tu nous parler un peu plus en détails de cet artwork ? Peut-on y voir des références au vaudou ?
A l'origine, il devait être l??uvre d'un autre artiste, mais il a pris du retard et ne nous a jamais fait notre pochette. Notre label Bad Reputation a contacté le cinéaste Jan Kounen, qui s'en est chargé. Le résultat est assez bizarre, beaucoup des choses que l'on y voit sont également présentes dans ma musique. On peut y voir des allusions à certains titres comme 'Voodoo Head', 'Beautiful Scars', 'Firebird', etc...

Y-a t-il un fil conducteur au long de l'album, une idée principale ?
Prenons la chanson 'Filling A Hole' par exemple. Je pense qu'on a tous besoin de combler un manque, que ça soit parfois avec des saloperies de drogues, parfois l'amour, le sexe, peu importe. Les gens ont toujours eu besoin de quelque chose, que ça soit les psychotropes, la nourriture, ou même le sport tu sais. Je devrais d'ailleurs faire un peu plus d'exercice, vraiment. Dans cette chanson on peut trouver un peu d'optimisme, même si ma musique est toujours très sombre, comme dans 'Hangin Moon' par exemple où un type tue sa femme et finit pendu. 'Voodoo Head' parle d'un aspect du vaudou qui me fascine : torturer quelqu'un, s'en venger de très loin. Personne ne veut déconner avec le vaudou, les conséquences pourraient être plus que sévères. Mais j'ai l'impression de dévier un peu du sujet... Je pense qu'il y a un message dans toutes ces chansons, une idée commune, qu'il y a une conséquence à nos actes, et que nous essayons de combler les vides de nos vies de différentes manières, bonnes ou destructrices. Par exemple 'Til the Medecine Takes' parle des différents moyens de se soigner. Pour ma part, j'ai longtemps utilisé le whisky mais ça ne marche plus trop, je dois trouver autre chose désormais. Je vois une idée globale au travers de tout ça, être enterré vivant, d'être coincé dans un coin sombre et de ne jamais en sortir, y rester coincé jusqu'à y mourir. Sauf si on trouve la force de se tirer de là. Je ne suis toujours pas mort, c'est donc que j'ai réussi à m'en sortir une fois ou deux !

T'étais-tu fixé des objectifs avec 'Bluebird On Fire' ?
Bad Reputation, le label, m'avait suggéré de faire un album de blues. J'avais déjà un peu touché au blues, mais seulement sur quelques chansons, et c'était toujours moitié blues, moitié rock, ou autre chose. Donc l'objectif était surtout de réussir à faire un album de blues !

Tu penses qu'il y'a une évolution majeure entre tes précédents albums et celui-ci ?
Il est plus sombre. Il a toujours des sujets communs avec les précédents, j'avais envie d'essayer de nouvelles choses, expérimenter de nouveaux sons. J'ai l'impression que quoi que je fasse dans ma vie ou ma carrière, je finis toujours par graviter autour des musiques sombres et plus lourdes. Ça doit faire partie de mon ADN, j'ai ça dans le sang, j'ai grandi avec ça et ça ne me quittera pas !

A tes débuts, tu jouais d'ailleurs dans 'Angry Babes', un groupe plus punk/metal. As tu toujours des liens avec ce style de musique ?
Bien sûr, j'ai des racines plus heavy metal, industrielles, diverses choses que j'ai écoutées en grandissant. On peut l'entendre sur des titres comme 'Voodoo Head', qui a des riffs plus heavy.

Tu as parlé d'inspirations industrielles ?
Ouais, j'adore des groupes comme MINISTRY ou FRONT 242 pour qui nous avions joué en première partie il y a plusieurs années. Même si ma musique en est assez éloignée, j'ai parfois l'impression qu'elle s'inspire notamment de SKINNY PUPPY, ou MINISTRY. La première fois que j'ai écouté 'The Mind Is A Terrible Thing To Taste', j'ai trouvé ça super cool, différent de ce que je connaissais, j'écoutais surtout du punk et du metal et ce nouveau style me fascinait. Je n'ai pas spécialement cherché à coller à un genre dans 'Bluebird On Fire', mais je pense qu'actuellement c'est un plus de toucher à plusieurs styles. Les temps sont durs, et il est plus difficile de se vendre si on touche à tout, mais je m'en fous, je ne suis pas expert en marketting mais musicien !

Demain, vous jouerez à Paris sous la forme de trio, pas en solo, alors que l'album est solo.
Oui, nous aurons aussi quelques invités. Nous jouerons quelques chansons de 'Bluebird On Fire', le concert mêlera un peu de hard rock, un peu de blues, ce sera très varié et dynamique. Quand nous reviendrons jouer en Novembre, ce sera surtout des morceaux du trio.

Tu as repris plusieurs chansons d'autres artistes, comment les choisis tu ?
Notre album de reprises était une suggestion du label, qui nous a proposé quelques titres, j'ai choisi les autres. C'était un choix difficile, on a repris les Clash, Bowie, etc...

Que des chansons que tu aimes ?
Oh oui, que des chansons que j'aime beaucoup, bien sûr.

Même Womanizer, de Britney Spears ?
Ouais! J'aime euh... (rires) Cette chanson est intéressante, je voulais l'entendre dans une version plus cabaret encore. On a repris Womanizer pour le fun, on était en studio en train d'enregistrer et le producteur nous a proposé de reprendre Britney Spears. On a trouvé la blague assez drôle, mais lui ne rigolait pas. Je ne pensais pas qu'on le ferait vraiment, et finalement on a même tourné un clip.

Tu penses que Britney a vu la vidéo ?
Ah, elle était à San Francisco en même temps que nous, j'aurais dû la lui montrer, "Hey, regarde, une vidéo de ta chanson !". Non... Je n'ai pas eu cette chance.

Parmi tous les artistes avec lesquels tu as joué, lesquels t'ont le plus marqué ? Avec quels autres artistes aimerais-tu collaborer ?
Il y en a plusieurs super cool... Les Claypool de Primus, on a fait de bons trucs ensemble, ce n'était ni la musique qu'il fait lui de son côté, ni ce que moi je fais du mien, mais un mélange des deux. Il jouait ma musique, mais à sa manière. Il y a eu Georges Clinton aussi... J'adorerais bosser avec Tom Waits, ou David Bowie, Willie Nelson, ou Lemmy pourquoi pas, ça pourrait être vraiment cool ! J'ai bien aimé aussi ce que Jack White a fait avec The Dead Waether, on dirait un mélange entre Captain Beefheart, de l'indus, du blues, c'est le délire, c'est unique. Oubliez les White Stripes, ça n'a rien à voir! J'aimerais bien bosser avec Josh Homme de QUEENS OF THE STONE AGE, ce sont des amis. Je suis ouvert à toute proposition intéressante avec des artistes que j'apprécie et respecte !

Quelle est ta plus grande réussite jusqu'ici ?
Me lever ce matin pour donner toutes ces interviews ! Bon, au moins je n'ai pas la gueule de bois... Plus sérieusement, je pense que pouvoir jouer ma putain de musique et en vivre est un bel exploit.

Interview réalisée le 06 mai 2011 par