DEMANDE À LA POUSSIÈRE : Quiétude Hostile ou l'allégorie de la dépression

Interview | DEMANDE À LA POUSSIÈRE : Quiétude Hostile ou l'allégorie de la dépression

Lucie.L 27 mars 2021 Lucie.L Alexandre Le Mouroux

DEMANDE À LA POUSSIÈRE est un groupe français fondé en 2017 par des membres de THE GREAT OLD ONES, WURM ou OMRADE. Le line-up de ce nouvel opus est composé de  Christophe “Krys” Denhez (Chant, guitare), Edgard Chevallier (Guitare), Neil Leveugle (Basse) et Vincent Baglin (Batterie).

Grâce à des influences allant du black metal, en passant par le hardcore et l'indus et situant sa musique à la croisée du black, du doom, du sludge et du post, DEMANDE À LA POUSSIÈRE propose avec ce nouvel opus, Quiétude Hostile (My Kingdom Music), sorti hier (vendredi 26 Mars 2021) une balade encore plus sombre que son précédent album (éponyme) et veut narrer sur fond de textes abrasifs "la lassitude latente inhérente à la vie moderne".

Je suis partie à la rencontre de Krys et Neil pour discuter de ce nouvel album.

Bonjour et merci de m'accorder cette interview. Vous venez tous de groupes aux univers variés, une sorte d' «All-star band» français de la scène metal underground. Quel a été le fil conducteur qui a mené au final à Demande à la poussière ?
Neil : Bonjour ! All-Star Band tu y vas peut-être un peu fort (rire), mais on a tous roulé notre bosse en effet ! DEMANDE À LA POUSSIÈRE est d’abord né de l’envie de Krys (Chant) et de Jeff Grimal de faire un album dans le studio d’Edgard (Guitare) , et n’était pas forcément voué à perdurer. Quand le projet d’une première tournée s’est construit (sans Jeff qui s’est consacré à ses autres projets), nous nous sommes retrouvés ensemble avec d’autant plus de plaisir que nous nous connaissons depuis presque 20 ans, et composer ce deuxième album en était la suite logique. Tout le monde a trouvé dans ce projet un lieu dans lequel ses sentiments et son passif musical avait sa place.

J'ai entendu dans une de vos anciennes interviews que vous décriviez le groupe comme une «énergie noire» (ndlr : ITW Loud TV, 16 Avril 2020). Pourriez-vous être plus explicites ?
Krys : C’est une expression que nous avons entendue ou lue je ne sais plus vraiment où dans une review. Mais elle colle bien à l’image que l’on se fait de ce qu’on propose comme univers. On tente de dépeindre un bon nombre de sentiments dans nos titres et des états émotionnels parfois compliqués, teintés d’ambiguïté et de violence contenue. Ce que nous recherchons tout d’abord est d’exorciser une certaine rage et une violence qui est enfouie et tout cela est mis en musique et en mots au fur et à mesure que le processus de composition avance. On tente d’emmener au travers de notre musique et les textes, l’auditeur vers un univers propre au groupe. La noirceur est bel et bien omniprésente car elle est qu’on le veuille ou non une des données qu’il faut prendre en compte dans nos vies de tous les jours.

En me renseignant sur votre projet, j'ai pu lire que Quiétude Hostile veut conceptuellement dépeindre une dépression latente inhérente à la vie moderne, et raconter la dichotomie constante entre l’apparence du quotidien et un soi profond qui serait toujours attiré par l’abîme. Une description sombre et nihiliste de notre existence. Pouvez-vous en dire plus à ce sujet ?
Neil : Tu as déjà tout dit. c’est notre quotidien qui parle, celui qui est fait de frustrations et de lassitude. Nous avançons tous les jours dans un modèle de société dans lequel nous ne nous reconnaissons pas forcément bien et dans lequel nous devons donner le change car nous n’avons pas le choix. Mais profondément la part humaine de nous se mure dans une hostilité latente avec ce qui nous entoure. C’est nihiliste au sens pur du terme ; il ne s’agit pas d’un manifeste politique, mais c’est l’expression de quelque chose que nous avons tous en nous.

On peut sentir une réflexion philosophique (comme vu précédemment) mais aussi littéraire dans votre musique et ce dès le premier album dans les textes, mais également jusque dans le nom du groupe, tiré du bouquin éponyme de la fin des années 30 de John Fante. Qu'est-ce qui vous inspire cette fois ?
Krys : Cette fois, on s’est détaché du livre de John Fante, tout en gardant un attachement a celui-ci. En fait c’est un prolongement naturel qui dépeint toujours l’envie que l’on a de réussir et les obstacles que l’on rencontre en chemin. Certains pourraient parler de frustration, dans notre cas on va plutôt évoquer une tentative d’appropriation de nos peurs pour mieux les maîtriser et les nommer. La réflexion philosophique est plus une conséquence, du fait que l’on verbalise un certain mal-être et une incompréhension de certaines choses que l’on vit. Il y a une part de philosophie dans tout ce que l’on peut ressentir et ce que l’on peut interpréter de nos vies. Mais on aborde des thèmes simples et centraux pour nous de nos jours, la place de l’homme dans une société qui va toujours trop vite, trop loin, la position de l’humanité avec ses contradictions et ses peurs.

Comment avez-vous composé ce nouvel album, notamment en cette période particulière ?
Neil : Nous avons commencé à composer cet album dans le monde d’avant, fin 2019. Nous nous connaissons bien, et nous savons composer collégialement - chacun apporte ses idées, en produisant beaucoup, et nous passons tout au crible jusqu’à en tirer une couleur qui nous plait. A partir du confinement, nous avons été contraints au télétravail entre nous, et Ed centralisait les idées que tout le monde posait chez lui dans son studio. La période de finalisation s’est faite au déconfinement, et nous avons pu lâcher toute la frustration accumulée dans les dernières touches d’arrangement et de drones ! Et l’enregistrement et le mixage se sont fait à la fin de l’été au Lower Tones Place Studio.

Quiétude Hostile est votre second opus après votre premier album éponyme. Comment décrivez-vous l'évolution de votre musique entre ces deux albums ?
Neil : Le premier album avait été composé et enregistré en sept jours. Quiétude Hostile a été composé, arrangé et enregistré en un an avec un line-up différent. Le résultat s’en ressent forcément ! Nous ne savions pas ce que la compo allait donner quand nous avons commencé à composer, mais une couleur très noire est apparue dès les premières idées. Nous avons creusé cette couleur dans le son et le son a été le premier fil conducteur avant la composition - la musique a collé au son et pas l’inverse.

Ed: La grosse évolution a été induite par "mise en live" du projet ! (à la base 100% studio...) le groupe a mûri d'une manière très évidente et rapide sur scène. (comme tu le disais en introduction , on a tous un certain vécu...) et donc les choses se clarifient plus vite . que ce soit de manière technique ou artistique. Pour moi c'est la suite logique .

Pourquoi composez-vous en français ?
Krys : Une simple évidence. Il est apparu logique de pouvoir exprimer plus clairement et de manière plus forte nos textes en français que dans une autre langue. L’idée est d’attacher également un certain amour pour la littérature et l’envie simple de pouvoir s’exprimer dans notre langue natale.

En cette période compliquée pour le milieu culturel, et en l'absence de concerts, comment comptez-vous défendre ce nouvel opus ?
Neil : Déjà grâce aux acteurs autour de la scène qui restent actifs, notamment les webzines ! Et cette crise ne va pas durer indéfiniment, les concerts finiront bien par reprendre.

En parlant de prestations live, pouvez-vous nous raconter une expérience scénique marquante ?
Neil : Les concerts à Dubaï ont été dingues. Jouer dans cette mégalopole au milieu du désert avec une quinzaine de groupes sur deux jours était surréaliste. Encore un grand merci au Arrrrgh Kollektiv de nous avoir invités avec MONOLITHE, c’était fou !

Ed: Je dirais nos premières et secondes dates notamment au Ferrailleurs de Nantes avec DECLINE OF I !

Et pour finir, quel(s) groupe(s), album(s) tourne(nt) dans vos oreilles en ce moment ?
Neil : Les derniers ULVER, HARAKIRI FOR THE SKY et INGRINA.

Krys : JOURS PALES, BAUME, FUCK THE FACT, EMPTINESS.

Merci pour votre temps et au plaisir de vous voir sur scène et/ou de vous croiser à la sortie d'un show !

Pour suivre le groupe:

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Instagram : https://www.instagram.com/d_a_l_p/?hl=fr

Crédit photo: Alexandre Le Mouroux