Apocalyptica - 2010-08-19

Interview | Apocalyptica - 2010-08-19

Pierre Sopor 19 août 2010

Avec le groupe, vous êtes arrivé à Paris depuis hier, comment vas-tu ?
Eicca : On est arrivés de Berlin hier, nous avons enchainé avec 8h d'interviews, à parler non-stop avec juste quelques pauses pipi. Aujourd'hui, ça va mieux, seulement 6h et demi d'interviews ! Nous ne sommes pas sortis de cet hôtel depuis notre arrivée, mais je connais Paris, ce n'est pas un gros drame pour moi. Pour le moment, on est crevés par le boulot et la promo, mais je reviendrai en France la semaine prochaine pour mes vacances !

7th Symphony sortira fin Août, parle-nous un peu de son contenu ?
Eicca : Nous avons 4 pistes chantées, 3 qui sont plus rock, plus pop même. Et une bien plus metal, avec Joe Duplantier de Gojira. Nous avons voulu totalement différencier nos pistes instrumentales des pistes chantées. Sur le précédent album, nous avions nos pistes instrumentales avec une construction classique couplet/refrain, et on se demandait si ce serait des pistes avec voix ou sans. Cette fois-ci, nous avons tenté des morceaux plus progressifs, plus longs, plus variés. Je pense que la musique d'Apocalyptica est bien plus présente dans sa globalité sur cet album. C'est plus dynamique, il me rappelle notre album 'Cult', sorti il y'a 10 ans, avec des compositions très classiques dans leur structure mais qui sonnaient metal. Je pense que ce nouvel album possède plus d'éléments symphoniques, classiques et progressifs, il est plus libre de toute forme. C'est très excitant pour nous comme structure globale de l'album, on peut difficilement en isoler une chanson.

Peux-tu nous détailler certains morceaux, comme 'Bring Them to Light' qui sonne assez dure ?
Eicca : Nous avons écrit cette chanson avec Joe Duplantier il y a déjà un bon moment à Paris. Je suis content qu'on ait pu la proposer sur le CD, on voulait vraiment que cette collaboration se fasse. Souvent nos pistes chantées sont assez calmes, sauf 'Repressed' avec Max Calavera et Matt Tuck. On voulait quelque chose de très "fast & furious", pas le genre de trucs qu'on passerait à la radio (rires). C'est une bonne piste, elle ne sonne pas comme du Gojira ni comme du Apocalyptica, mais comme un bon mélange des deux. Je peux pas te dire quelle est ma chanson favorite de l'album, mais j'aime beaucoup notre introduction 'At The Gates of Manala', qui est très longue et se compose de plusieurs parties. C'est quelque chose de nouveau pour Apocalyptica.

Comment avez vous choisi l'artwork ?
Eicca : On voulait une belle pochette, quelque chose de proche de la perfection. C'est une introduction importante, ne serait-ce que pour les gens achetant le CD : ils prennent le boitier en main, regardent la pochette, et ça leur donne une première impression. Ensuite, ils l'ouvrent, ont une seconde impression avant d'écouter finalement l'album. On a voulu continuer sur le thème du violoncelle, représenté ici par cette femme. Nous voulions un mélange de beauté, de ténèbres, de romantisme. On a commencé à y réfléchir l'été dernier, on a fait plusieurs maquettes avant de prendre la photo en Finlande. On voulait éviter une image du groupe, ces photos ne correspondent pas à 100% au reste de l'artwork : elles sont bien mais pas géniales, et on voulait quelque chose de génial. On a tourné un clip pour le single 'The End Of Me', réalisé par Lisa Mann, qui avait déjà réalisé le clip de 'I Don't Care'. J'aime son style, il correspond vraiment bien à notre musique. Et ce clip est lié à la pochette, on y voit la créature femme-violoncelle dans une version "maléfique" et une "lumineuse". Elles sont comme des sirènes, essayant d'attraper Gavin Rossdale, qui lute pour ne pas céder à leurs chants. Nous allons tourner trois clips pour cet album et essayer de faire une sorte de trilogie en conservant les mêmes éléments dans chacune des vidéos. Pour résumer, je pense que le mot principal pour décrire cet artwork est "beau". C'est sombre, mais c'est très beau.

Est ce qu'on peut chercher une histoire à certains morceaux, des références à Victor Hugo dans 'On The Rooftop With Quasimodo' par exemple ?
Eicca : Il y a surement quelques liens, mais pas bien forts. A propos de Quasimodo, c'est une histoire d'amour, donc une chanson d'amour, même si elle est étrange. Par exemple, j'aime bien dire que notre titre '2010' est une "chanson d'amour de la fin du monde"! (rires). Il n'y a pas forcément d'autres histoires étant donné qu'on décide des titres une fois les morceaux terminés. Par exemple, sur 'The Rage of Posseidon', je pense à une galère romaine il y a 2000 ans, naviguant sur la Méditerranée j'y entends presque les clameurs des rameurs. Vers le milieu du morceau, quand ça s'emporte, on imagine bien Posseidon emportant tous les bateaux vers les profondeurs ténébreuses (rires)! J'en ris, mais c'est vraiment l'image qui me vient quand j'écoute la version finale de cette chanson.

Prévoyez vous un jour de faire un concert purement classique, sans les aspects metal de votre musique ?
Eicca : Non, pas vraiment. On n'a jamais prévu d'être "classique". Cependant, la semaine dernière on enregistrait des sessions acoustiques de 5 ou 6 chansons pour l'édition limitée d'un futur DVD Live. On a aussi testé quelques parties purement classiques en plein concert, voir comment ça marchait, histoire de calmer un peu le show, et ça s'était bien passé. On veut vraiment conserver cet élément dans nos concerts.

Prévoyez vous de rejouer à nouveau en jam session avec d'autres groupes ?
Eicca : Oui, c'est toujours possible de combiner notre musique à une autre. C'est toujours un problème de temps et d'organisation : ce n'est pas aussi simple que "ok, on monte sur la scène et on joue", il faut régler tout un tas de problèmes techniques avant. On va rejouer avec Rammstein dans un festival au Quebec en Juillet. Il y'a deux semaines nous avons joué dans un festival aux USA avec Three Days Grace, Adam Gontier nous a rejoint pour "I Don't Care' et en échange, nous avons joué pour leur concert. Ce genre d'échanges est toujours un plaisir.

Y aura t-il des invités avec vous sur la tournée à venir ?
Eicca : On a un chanteur live qui tourne avec nous depuis un an maintenant, et ça se passe super bien. Mais si un de nos invités sur les albums est disponible pour un concert, que ca soit dans le cadre d'un festival ou juste si il se trouve dans le coin, il sera toujours plus que bienvenue! Comme on l'a fait avec Adam Gontier en fait. C'est donc possible qu'un de nos invités nous rejoigne en live, mais uniquement de manière ponctuelle et ça se décidera au cas par cas.

A vos débuts, il n'y avait pas de batterie, pas de chant. Serez-vous tentés par d'autres combinaisons instrumentales sur le long terme ?
Eicca : Non...Enfin, nous n'avons pas de règles à ce sujet. Tout dépend de la musique que l'on écrit, et de quel instrument correspondrait le mieux à celle-ci. Nous n'avons pas de dogme précis. Par exemple, sur le dernier album, des gens croient entendre des guitares, mais il n'y en a pas une seule, ce sont uniquement des violoncelles. Mais si par exemple nous pensons avoir besoin d'un piano, ou d'une trompette sur une chanson, alors on les utilisera. On n'est pas bloqués sur nos violoncelles, l'important est que le résultat sonne le mieux possible. Mais il n'y aura pas d'autres instruments ajoutés de manière définitive au groupe, pas du tout.

Le rôle de vos invités pourrait-être justement d'intégrer son univers à vos compositions ?
Eicca : Pas tant que ça, à part Dave Lombardo à la batterie de temps en temps. Bien sûr, ça pourrait être cool d'avoir un guitariste qui vienne jouer un solo de guitare, mais on aime aussi les jouer nous-mêmes... avec nos violoncelles ! (rires). Mais si par exemple Steve Vai débarque et nous dit "oh mon dieu, j'aimerais tellement jouer un solo de guitare pour vous", bien entendu qu'on le laissera faire! Nous n'avons pas de plans précis, on veut laisser les choses se faire naturellement.

Si tu devais choisir un seul artiste, vivant ou mort, avec lequel tourner, ça serait ?
Eicca : Juste un ? Hmmm, personnellement, je choisirais James Hetfield (METALLICA). J'adorerais le voir chanter avec nos violoncelles derrière. C'est mon choix ultime. Forcément, il y'a plein de supers artistes avec lesquels on adorerait tourner, mais si je devais en choisir un seul, ce serait lui.

Ce serait possible selon toi ?
Eicca : Je crois ouais ! J'ai le sentiment que contrairement à ce que dit leur chanson 'The Day Will Never Come', le jour viendra ! (rires)

Que vous réserve les semaines à venir ?
Eicca : J'ai deux semaines de vacances, je reviendrai à Paris, mais on a énormément de travail devant nous encore, des répétitions. Puis débuteront nos concerts en Angleterre, au Mexique, au Canada, aux USA, en Europe, aux USA et en Europe à nouveau (rires)... puis en Asie, Australie, en Amérique du Sud ... On en a pour deux ou trois ans de concerts. On aime espacer les concerts pour garder du plaisir pour chaque soir, ne pas les enchainer. On préfère tourner pendant trois ans à un rythme tranquille plutôt que deux ans et finir épuisés et blasés.

Il est temps de se quitter je crois :)
Eicca : Oui, désolé, on a notre avion dans moins d'une heure ! Merci pour toutes ces questions. Rendez-vous au Zénith de Paris le 31 Octobre 2010.

Interview réalisée le 19 août 2010 par