E-Tropolis Festival 2026 @ Oberhausen - 28 mars 2026

E-Tropolis Festival 2026 @ Oberhausen - 28 mars 2026

Cécile Hautefeuille 1 avril 2026 Cécile Hautefeuille Cécile Hautefeuille

Plus d'une décennie après s'être installé dans la vallée de la Ruhr, l'E-Tropolis Festival est devenu une tradition à ne pas manquer. Chaque année, le printemps nous amène 4000 gothiques à la Turbinenhalle d'Oberhausen, une ancienne usine reconvertie en salle de concerts, qu'on a vue se transformer au fil des ans. Plutôt bien vu pour accueillir un festival de musiques électronique et industrielle. Le décor est parfait, le parking (bien que complet dès 13h30) plutôt pratique, la disposition des salles homogène et permettant plus ou moins à tous d'y voir d'à peu près tous les angles. Mais que les choses soient claires : l'acoustique est également restée celle d'une ancienne usine. Peu importe les aménagements, aucun concert se déroulant à la Turbinenhalle n'est acoustiquement satisfaisant. Certains ingés son talentueux peuvent éventuellement transformer l'essai en s'adaptant, mais c'est généralement peine perdue. On ne s'attardera donc pas sur le son mais plus sur la performance.

Vanguard

Comment ça on commence par Vanguard ? Mais il n'y avait pas deux groupes avant ? Certes. Zweite Jugend et Synthattack jouaient respectivement à 14h et 14h30. Mais comme beaucoup de festivaliers, on est resté plus longtemps que prévu coincé dans l'énorme embouteillage à l'entrée d'Oberhausen. Et manque de pot, le parking officiel était complet. Il a donc fallu improviser. Mea maxima culpa.

Vanguard est un duo - trio en live - suédois de synthpop qui commence à prendre de la bouteille et de l'expérience. Mais malgré toute l'énergie donnée par le groupe, le spectacle n'est pas encore à la hauteur de la musique pourtant très entraînante.

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FÏX8:SËD8

On pensait les concerts goths joués dans la pénombre passés de mode. Heureusement, FÏX8:SËD8 nous apporte toute la noirceur dont on avait besoin. Comme beaucoup de projets electro, l'intérêt d'un live est toujours incertain, puisqu'il n'y a souvent que le chant qui n'est pas en playback et quelques modulations. Certains restent perchés derrière leur synthés sans mise en scène particulière. D'autres, au contraire, ne lésinent pas sur le décor. C'est le cas de FÏX8:SËD8, un régal pour les yeux. L'ambiance film d'horreur prend toute son ampleur lorsque Martin Sane débarque dans le noir poussant un landau d'après-guerre sur une scène riche en accessoires tranchants. Des clous plantés dans des têtes de poupée, des scies circulaires, et une intraveineuse prête à servir. Accordé á la météo chaotique, Sane est masqué et accoutré d'un ciré jaune, avec en pendentif une sorte de Simon, caché sous les lambeaux de vêtements, qui s'illumine régulièrement. Nul doute qu'il y a un scénario logique derrière tout ça. Mais on a laissé tomber la théorie freudienne pour en prendre plein les oreilles.

On ne revient pas sur l'acoustique assez catastrophique de la salle. On entend à peine la voix de Martin, cachée sous les basses saturées. Malgré ça, l'univers tortueux de FÏX8:SËD8 envoûte assez facilement la salle.

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Welle: Erdball

En parlant de mise en scène, en voici les rois. Cela fait 35 ans que le groupe sillonne les routes, et malgré un univers très spécifique, il regorge d'idées pour chaque tournée. Il y a toujours une nouvelle esthétique, et des tonnes d'accessoires. On ne parlera pas de la tournée 2017 où il leur fallait monter des Vespa tous les soirs sur scène...

Musicalement aussi, le groupe est unique. Vous n'entendrez jamais un groupe qui sonne comme Welle: Erdball. De la même manière, le son est si identifiable que tout se ressemble un peu. Disons qu'il faut se laisser emmener dans cet univers pour en comprendre les variations.

La question à 1000 francs, c'est : est-ce que Honey est présent ? Membre fondateur du groupe et pilier des lives, Honey est tombé malade il y a quelques semaines et a dû annuler quelques concerts. Mais le groupe a tout de même joué, dans une composition pour le moins surprenante. André Steinigen, toute nouvelle recrue live, s'occupait de la partie synthé, tandis que Lady Lila, tout juste retraitée du groupe, se joignait à M.A Peel pour partager les chants. La setlist a dû être revue de fond en comble pour ne contenir que les chansons où Honey ne chante pas. Si Honey reste le cœur de Welle: Erdball et certains ont pu être déçus de son absence, l'expérience a dû être pour le moins intéressante. Car oui, quand même, il faut l'avouer : quand on a vu Welle: Erdball une fois, on l'a vu pour les vingt ans à venir.

Finalement, Honey est bien présent, ainsi que la petite dernière, remplaçante de Lady Lila, Miss Cherry. Et je vais vous servir le refrain que je ressers à chaque changement de Moderatorin, littéralement animatrice. Quelle différence cela fait-il ? Les femmes au sein de Welle: Erdball sont interchangeables. Leur voix importe peu. La plupart du temps, elles chantent par-dessus un playback. Elles sont un accessoire placé sur scène pour animer la foule. Sur les albums du groupe, dans la présentation des membres, Honey et A.L.F ont les rôles de programmeur, chanteur, claviériste. Les femmes elles, on leur attribue le rôle de Weiblichkeit, la féminité. Elles sont là pour incarner la femme, et selon l'esthétique du groupe, la femme des années 50 et 60, la Housewife. Une brune et une blonde, toujours. Et quand Honey vieillit, l'âge moyen des chanteuses de Welle: Erdball, lui, reste le même.

C'est un constat global de cet E-Tropolis. Sur scène, pratiquement que des hommes d'âge mûr qui arpentent la scène depuis des décennies. Treize groupes. Sur scène ce jour-là, 32 hommes. Combien de femmes ? Cinq. Sept, puisque deux danseuses ont rejoint Synthattack... pour animer. Proportion d'hommes sur scène de plus de 40 ans ? 100%. Probablement 95% de plus de 50 ans même. Proportion de femmes sur scène de plus de 40 ans ? Zéro.

Il est faux de dire qu'il y a un déficit de groupes emmenés par des femmes dans la scène dark, même dans la sous-scène electro dark qui nous intéresse ce jour-là. Il y en a même beaucoup. En citer serait contre-productif, car cela reviendrait à avouer que ces groupes sont comptables. C'est faux. On fait assez régulièrement la promotion de groupes très diversifiés. Alors pourquoi certains festivals ne voient-ils pas l'image des femmes qu'ils véhiculent à force d'invisibilisation ? Comment personne n'a-t-il pu s'apercevoir de cet abysse monumental au moment du booking ?

Pour en revenir à Welle: Erdball, seul groupe qui donne à entendre une voix féminine ce 28 mars, c'était évidemment très bien, comme toujours. Tout parfaitement cadré et encadré, joué, scénarisé. Mais après 35 ans, pourquoi ne pas prendre plus de risques ? Laissez les ballons, les Vespa, les ailes, les rétroprojecteurs à la maison. Prenez des instruments, des chanteuses, des musiciens, adaptez vos titres, faites un truc inédit !

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Ultra Sunn

Inédits, ils le sont. Ultra Sunn, dont on vous parle régulièrement ici, fait ses premiers pas à l'E-Tropolis. Le groupe belge commence à se faire connaître du public allemand, qui l'apprécie grandement. Et il faut avouer que le duo (ici, trio) donne de la fraîcheur au festival. Il n'y a rien de bien nouveau dans le son d'Ultra Sunn, mais un mélange délicat de tous les styles que l'on adore : des beats EBM agressifs, des nappes post-punk lascives, un chant darkwave mélancolique. Le groupe donne la mesure parfaite.

Et le show est pour le moins réussi. Pour des petits nouveaux encore une fois perchés derrière des grosses tables mornes, on aurait pu craindre un spectacle plat. Que nenni. Sam Huge (que je rebaptise officieusement Jésus), le chanteur, nous a caché ses talents de champion de corde à sauter. Il sautille en permanence, est en communication permanente avec le public, occupe la scène comme s'il y était né. Pari réussi.

À souligner car fait inédit en festival goth : il sourit. Voilà probablement le premier artiste en 20 ans de concerts goths que je vois sourire. J'hésite entre enthousiasme partagé et attitude choquée.

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Funker Vogt

On démarre la session aggrotech et EBM avec Funker Vogt et son esthétique militaire voire guerrière. Camouflage et tanks sont de la partie pour un concert vraisemblablement très attendu du public. La prestation est pourtant assez molle, malgré toute la bonne volonté du batteur René Dornbusch, qui a lui seul fait le spectacle pour trois.

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Noisuf-X

On continue à danser avec Noisuf-X, qu'on n'a plus vu sur scène depuis... au moins tout ça. Cela fait une paire d'années que Jan Loamfield se produit à nouveau sur scène et rien n'a changé. Les bannières du groupe qui sentent 2008 à plein nez, Jan qui headbangue tout le long du set, même les jeux de lumière sont les mêmes qu'autrefois. Le public de l'E-Tropolis ayant une moyenne d'âge frôlant les 55 ans, la nostalgie ne peut que fonctionner.

Pour ceux qui le souhaitent, la nostalgie continue quelques mètres plus loin avec Faderhead. Malheureusement, la faim se faisant sentir, on a dû faire la queue 30 minutes pour une barquette de frites, aïe. La vieillesse nous rattrape tous.

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Neuroticfish

On peut bien se l'avouer, Neuroticfish, c'est nos petits chouchous de la soirée. Le duo, qui a pourtant une longue carrière derrière lui, ne s'est jamais attaqué au marché français, et n'affiche aucune appétence pour les tournées, la livraison d'albums tous les deux ans et tout le marketing qui en découle. Il est donc assez rare d'en entendre parler de notre côté du Rhin, et c'est bien dommage. Une petite perle synthpop aux rythmes EBM, avec la voix de Sascha Klein si claire, si particulière dans ce milieu.

Jamais de fioritures avec Neuroticfish, pas de mise en scène, juste la musique, qui pulse et donne une envie frénétique de danser. Mais cette nonchalance un peu voulue par le groupe fait retomber un peu l'ambiance ce soir-là. Certes, Klein n'aime pas jouer les stars, mais ce soir-là, l'enthousiasme se fait vraiment attendre. Introverti, Sascha Klein reste dans sa bulle et a du mal à aller vers le public. La salle reste néanmoins pleine à craquer.

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Combichrist

On continue le festival vintage années 2000 avec le oldshchool set de Combichrist. Andy au chant, Elliott derrière une bien belle grosse table, pas de frontlights : pas de doute, on est bien en 2005. La dérision est telle qu'Andy arbore un tee-shirt avec un chaton dessus. Le maquillage est aussi oldschool. On joue bien sur la nostalgique ce soir, et quoi de mieux pour débuter le set que At the end of it all. Évidemment on n'échappe pas aux incontournables comme Electrohead et Blut Royale, mais parfois de vieux morceaux obscurs comme Are You Connected ressortent, alors qu'on ne pensait plus jamais les entendre en live. Enfin, en live... un bien grand mot. Mais Andy donne de la voix et de sa personne. Entertainer parmi les meilleurs, il parvient à occuper la scène à lui tout seul. Même Elliot Berlin, coincé derrière ses synthés, met l'ambiance. Voilà de la nonchalance qui convainc. Deux types dans le noir qui appuie vaguement sur trois boutons, et quand même le concert de l'année.

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Kite

Mais voici les maîtres de la soirée, qui désormais sont presque chez eux à l'E-Tropolis. Il y a dix ans, ils jouaient tout en bas de l'affiche. Et les voilà tête d'affiche de la "petite" salle. Autrefois inconnus, cette année la moitié des festivaliers avaient un tee-shirt Kite. Le marché allemand leur est définitivement acquis.

Pourtant, le duo suédois n'est pas communicatif pour un sou. Habités par leurs personnages, Christian et Nicklas ne s'adressent pas une seule fois au public (et n'imaginez même pas un sourire). Tout ce qu'ils ont, ils le donnent à travers leur musique. Pas besoin de plus, car tout est déjà là. Chaque morceau est revisité et interprété avec brio.

Pourtant, jusqu'à la toute fin, on a attendu un déchaînement qui cette fois n'est pas venu. Difficile d'avouer que le concert du WGT à l'Agra, dans un écho épouvantable et une scène dénuée de tout charme, a pourtant réussi à faire mieux que ce 28 mars.

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Bon, et Project Pitchfork alors ? Eh bien c'était sympa, comme toujours. Trois batteurs, parce que pourquoi pas, et un public complètement dingue, comme tous les concerts de Project Pitchfork. Mais on voulait voir Kite jusqu'en entier, et comme nous non plus, on n'a plus vingt ans, on n'a pas voulu piquer de sprint pour arriver à temps pour les photos. Il faudra s'en passer donc, pour cette édition.

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Cécile Hautefeuille

Photographe / Rédactrice