[Cinéma] Petit Vampire

Culture | [Cinéma] Petit Vampire

Pierre Sopor 01 décembre 2020

Titre : Petit Vampire
Réalisateur : Joann Sfar
Année : 2020
Avec : Louise Lacoste, Camille Cottin, Jean-Paul Rouve, Quentin Faure, Claire de la Rüe du Can, Alex Lutz
Synopsis : Petit Vampire vit dans une maison hantée avec une joyeuse bande de monstres, mais il s'ennuie terriblement... Cela fait maintenant 300 ans qu'il a 10 ans, alors les bateaux de pirates, et le cinéclub, ça fait bien longtemps que ça ne l'amuse plus. Son rêve ? Aller à l'école pour se faire des copains. Mais ses parents ne l'entendent pas de cette oreille, le monde extérieur est bien trop dangereux. Accompagné par Fantomate, son fidèle bouledogue, Petit Vampire s'échappe du manoir en cachette, déterminé à rencontrer d'autres enfants. Très vite, il se lie d'amitié avec Michel, un petit garçon aussi malin qu'attachant. Mais leur amitié naissante va attirer l'attention du terrifiant Gibbous, un vieil ennemi qui était sur les traces de Petit Vampire et sa famille depuis des années...

Sorti une poignée de jours avant une nouvelle fermeture des cinémas, et alors que les grosses productions américaines ont pour la plupart été reportées, Petit Vampire était finalement le seul film d'Halloween acceptable sur grand écran cette année. Et même si Michael Myers avait été de la partie, comme il aurait dû l'être avant que ça ne soit la bazar, pas sûr qu'il aurait pu détrôner l'adaptation de la géniale BD de Joann Sfar, et tant pis si ça ne fait pas vraiment peur pour de vrai.

Avant de nous en mettre plein les mirettes au cinéma, Petit Vampire est une bande-dessinée pour enfants parue tout d'abord entre 1999 et 2005. Avant d'être un enfant vampire, Petit Vampire a été Fernand, vampire adulte dont les histoires s'adressent à un public plus âgé. Comment redevenir enfant ? Après avoir été très malheureux : une pirouette un brin compliquée que Sfar laissait de côté en 2017 quand il rebootait les aventures de son personnage (notons d'ailleurs que l'auteur, prolifique, semble revenir depuis peu sur ses anciennes série : les merveilles que sont Le Chat du Rabbin et Donjon ont aussi eu droit à leur comeback après de longues années de silence). Déjà derrière la très chouette adaptation des aventures de son matou philosophe, Sfar revient à l'animation et c'est tant mieux.

Il y est question d'un vampire enfant depuis trois siècles, cloitrés dans une maison hantée avec toute une bande de monstres amusants, sous le commandement d'un majestueux capitaine pirate. Il ne doit pas en sortir car dehors rôde le méchant Gibbous qui rêve de le sacrifier au Dieu de Mort. Sauf qu'il s'ennuie et devient ami avec Michel, un gamin vivant pas loin.

Petit Vampire est un film bien plus riche que ce que sa naïveté apparente laisserait supposer. On y va bien sûr pour s'y amuser : il y a des pirates, des fantômes et de l'aventure, c'est souvent très rigolo, on ne s'ennuie jamais et le trait, bien loin de l'insupportable aseptisation des graphismes à la Dreamworks / Pixar où tout le monde a la même tronche, sans angle ni aspérité, est réjouissant. Les petits frissonnent bien sûr (voire bondissent et partent en courant, terrifiés par une apparition mémorable du vilain Gibbous dans la chambre de Michel), mais surtout, rigolent avec des personnages tous attachants (Fantomate est irrésistible avec son accent et ses réparties boudeuses), même si le doublage un peu people, pourtant bon, peut soulever quelques questions (le Capitaine Pirate avait-il le timbre rassurant de Jean-Paul Rouve dans nos têtes ? Le Gibbous sonnait-il si jeune et hystérique ?).

Et puis, pour les plus grands, on peut apprécier la plume de Sfar, dont l'humour, la naïveté et la mélancolie dégagent une poésie certaine, tel une version plus moderne et gothique du Petit Nicolas de Goscinny. On peut se réjouir de l'amour des monstres qui suinte de chaque instant et des nombreux clins d’œil à la culture fantastique (les personnages idolâtrent Vincent Price, Lovecraft, Peter Cushing, Nosferatu et Christopher Lee), mais surtout, on apprécie les thématiques abordées avec intelligence : le deuil (Michel et ses parents mort-morts), la dangerosité de trop protéger un môme qui ne demande qu'à voir le monde ou encore l'importance du consentement amoureux.

Petit Vampire est un film plein de panache et de poésie, de monstres rêveurs au cœur brisé et d'orphelins turbulents et où l'on ri de bon cœur. Derrière la mignonne bouille de ses personnages, le film propose surtout aux enfants autre chose que les comédies hystériques et décérébrées, trop frileuse pour aborder quoi que ce soit, dont nous inonde Hollywood. Et rien que parce que Sfar a compris depuis bien longtemps que les marmots ne sont pas (encore) des idiots, son œuvre est particulièrement précieuse...

Et si tout cela est trop niais pour vous, alors jetez vous sur sa BD Aspirine, version féminine et ado de Petit Vampire, bien plus punk et rentre-dedans, où l'héroïne a ses règles depuis 300 ans, danse sur du Rob Zombie et égorge brutalement quelques violeurs. Jouissif.