Chronique | The Prodigy - No Tourists

Julien 05 novembre 2018

Cela fait déjà vingt-six ans qu'est sorti Experience, le premier album de THE PRODIGY qui avait propulsé le groupe sur les devants de la scène underground et fait de lui un des pionniers du genre big beat. Depuis, chaque sortie des britanniques est un petit évènement attendu par une fanbase toujours grandissante. Il faut dire que la formation menée par Liam Howlett a constamment su se démarquer pour offrir un son différent, nerveux, intemporel et non conventionnel qui accroche dès les premières secondes, à la fois extrèmement violent et dansant. Mais après sept albums, la mayonnaise prend-elle encore ?

Ne tournons pas autour du pot (de mayonnaise), la réponse est oui. Au moment de la sortie de l'album, on connaissait déjà quatre titres et bien évidemment, ce sont les meilleurs qui ont été mis en avant pour faire monter la sauce. Need Some1, le premier a avoir été présenté et qui a bénéficié d'un excellent clip signé Paco Raterta a tout de suite réussi à s'imposer avec son beat mid-tempo brutal et la folie qui se dégage du morceau suffit à nous plonger en transe pour apprécier ce qui va venir ensuite. L'enchaînement avec Light Up the Sky n'est pas le plus naturel qui soit mais tant pis puisque là encore, on est très rapidement conquis par une mélodie simple à assimiler, un sample vocal qui rentre en tête rapidement pour y rester des heures et un drop tout en violence comme le groupe sait si bien nous offrir. Retrouver pendant quelques notes le fameux son de synthé qui a rendu culte Voodoo People ajoute un petit côté nostalgique qui fera vibrer les fans les plus anciens du groupe. Ceux-là auront d'ailleurs l'impression d'être en terrain connu avec le traitement des samples vocaux de We Live Forever et son ambiance rave qui sonne comme un retour aux sources époque Experience. Après toutes ces années, le son de THE PRODIGY est toujours aussi puissant et unique, et même si la formule reste la même, force est de constater qu'ils restent les maîtres d'un genre musical qu'ils ont eux-même inventé. Le dernier morceau a avoir été dévoilé avant la sortie de l'album est le featuring avec le phénomène hip hop américain du moment, HO99O9, dont le style décalé et dark se pose à merveille sur le beat tout en puissance de Fight Fire with Fire, l'équivalement de Diesel Power de ce nouvel album.

Avec quatre extraits aussi efficaces que variés, on était en droit de se demander si le reste de l'album allait garder un tel niveau de qualité sur la durée. Il suffit de quelques secondes d'écoute de No Tourists pour être rassuré. Rappelant par moment Medicine du précédent album, le titre dispose de cette rage propre au groupe qui donne envie de sauter partout et de tout casser. La force de THE PRODIGY a toujours été de proposer des morceaux qui rentrent vite dans le vif du sujet, simples sans être simplistes et qui attaquent rapidement le cerveau comme le ferait une ligne de coke, en nous laissant juste un peu de répit entre deux sections explosives pour qu'on puisse respirer un peu. Pour ceux qui ont déjà vu les anglais en concert, vous savez de quoi on parle. Imaginez la folie que provoquera la version live de Timebomb Zone qui, une fois passée son intro dance, vient nous marteler les neurones avec sa basse bien grasse et son rythme breakbeat ultra-violent qui font l'effet d'un bon coup de poing dans la gueule. À peine le temps de s'en remettre qu'on se prend Champions of London dans la face, et même si le morceau est légèrement moins inspiré que les précédents, il reste un bon prétexte pour tout péter autour de soi, dans la bonne humeur évidemment.

On passera en revanche sur l'anecdotique Boom Boom Tap qui porte bien son nom tant le sample vocal vous tapera sur les nerfs rapidement  et qui est sûrement présent sur l'album comme remplissage afin d'atteindre les dix pistes. C'était peut-être le moment d'insérer une piste plus posée ou un interlude façon The Omen (reprise) pour casser un peu le débordement de violence dont on est victime depuis le lancement du CD. Resonate peine également à atteindre en qualité le niveau des premiers titres de l'opus et on se demande s'il ne s'agit pas d'une face B de l'album précédent. Par contre, Give Me a Signal, en collaboration avec Barns Courtney, est une bonne grosse claque qui vient réveiller ceux qui commençait à s'endormir dans le fond. Ce petit son acid de la TB303, synthétiseur emblématique qui a marqué les meilleures années de la musique rave des années 90 et qu'on retrouvait sur Claustrophobic Sting, va venir s'insinuer dans votre tête et ne plus vous lâcher.

En s'affranchissant de la pression des labels pour produire la musique dont il avait envie, Liam Howlett s'est fait plaisir en (ré)utilisant des sonorités anciennes pour les mixer à des techniques de composition plus actuelles pour nous servir quelque chose de frais, de percutant, de sincère et d'authentique. Et même si on a l'impression d'avoir déjà entendu ci ou ça, même si le groupe semble parfois tourner en rond dans ce propre style qu'il a lui-même inventé, on ne peut être qu'admiratif de voir que malgré tout, ça fonctionne toujours et même plus que bien.

Quand le monde de la musique électronique semble figé et aseptisé, que rien de neuf n'émerge et que le genre semble sombrer chaque jour un peu plus dans le monde des bisounours, THE PRODIGY revient mettre un gros coup de pied dans la fourmilière en proposant une musique pleine de violence et de rage, fière d'une attitude punk et rebelle dont le groupe a toujours été un grand représentant. Avec un septième album qui compte déjà un grand nombre de tubes, les britanniques continuent d'assoir leur réputation de grands maîtres d'un genre dont ils sont les créateurs et dont les fondations ne semblent pas prêtes de s'effondrer avant bien longtemps.