Chronique | Sightless Pit - Grave of a Dog

Pierre Sopor 05 mars 2020

Si l'artwork de Grave of a Dog n'était pas un indice suffisant, un rapide regard au casting de SIGHTLESS PIT suffit à deviner qu'il ne s'agira pas de l'album le plus drôle de l'année : le projet réunit Kristin Hayter (LINGUA IGNOTA), Lee Buford (THE BODY) et Dylan Walker (FULL OF HELL). L'alliance s'annonce bruyante, bruitiste même, et d'une noirceur radicale.

SIGHTLESS PIT commence par brouiller nos repères dès Kingscorpse : un chant baroque déchirant, des beats saturés, et puis soudain des broborygmes venus tout droit d'un album de black bien poisseux : le mélange lorgne vers une musique industrielle expérimentale, sale et sans compassion pour l'auditeur. Ce premier album est un cauchemar dans lequel la froideur des machines contraste avec le désespoir et la haine qui suinte des huit morceaux. Pourtant, au fond de l'abysse, une lumière filtre et il nous arrive de respirer au milieu de cet ensemble opaque et étouffant : les nappes et les incantations de la mystique The Ocean of Mercy font l'effet d'un pansement après le chaos des deux premiers morceaux. Des souffles d'air frais comme celui-là, il n'y en aura pas d'autres : chez SIGHTLESS PIT, l'air est putride. Walker semble s'arracher les tripes sur chaque ligne de chant, et même quand il laisse plus d'espace à Hayter pour conclure avec Love is Dead, All Love is Dead, morceau le plus mélodique de l'album, on ne sent pas spécialement mieux. Les auditeurs avertis connaissent le talent de la musicienne pour nous foudroyer d'un sentiment de terreur sacrée ou nous écraser sous un désespoir total : elle reste fidèle à sa réputation.

On ne sait pas encore si cette union aura une suite. On l'espère. La traversée de Grave of a Dog s'apparente à un rituel de magie noire et n'a pas été facile, ce n'est pas un disque agréable ni réconfortant. On aurait peut-être aimé que l'aspect plus minimaliste, mélodique et mélancolique qui se découvre à la fin soit plus développé, mais nos envies ne sont pas là pour être satisfaites. Avec SIGHTLESS PIT, on est là pour souffrir et pleurer du sang. Ça fait du bien quand ça fait mal.