Chronique | Retrosect - Le Désir et l'Ennui

Tanz Mitth'Laibach 06 décembre 2020

RETROSECT annonce la couleur : formé de la chanteuse Elsie Zaï (oui, oui) et du claviériste Le Bavarois, par ailleurs guitariste des excellents UBIKANDE (eux, là), le duo se présente comme "Trash lyrics & Body Rythmics" et comme "electro-cold". Voilà qui ne peut manquer de piquer notre curiosité ! Le binôme a débarqué cette année en plein second confinement avec son premier EP Le Désir et l'Ennui, l'occasion de saisir au vol cette nouveauté.

On avait beau être prévenu, on reste surpris de la musique que l'on découvre sur Le Désir et l'Ennui. Si les sonorités de RETROSECT évoquent les années 80, c'est d'une façon radicalement différente des atmosphères brumeuses et labyrinthiques de UBIKANDE et autres groupes post-punk ; la musique de RETROSECT est au contraire limpide et même souvent binaire, dansante plutôt qu'angoissante, basée sur des rythmes irrésistibles que ne renierait pas NITZER EBB. Si l'influence EBM est frappante, les sonorités ne sont pourtant pas aussi industrielles qu'on aurait pu s'y attendre : les nappes de synthétiseur analogiques et surtout l'usage du thérémine rappellent davantage la pop des années 80. La musique est ainsi froide et rythmée tout en conservant l'aspect plus lisse et aguicheur de la pop, alliage qui rappelle quelque peu l'album Spectre de LAIBACH. Le chant d'Elsie Zaï s'inscrit aussi dans ce paradoxe, enchaînant slogans et fausse douceur perturbante.

On ne manquera d'ailleurs pas de s'arrêter sur les paroles, en français, et même de hausser les sourcils plusieurs fois tout au long de l'EP ! RETROSECT prévient sur son Bandcamp "Trash lyrics", disions-nous, et en effet, tant les thèmes que les formules enfoncent joyeusement les portes du mauvais goût. Pour autant, il ne s'agit pas de provocation gratuite : RETROSECT semble avoir soigneusement écrit ses paroles pour choquer les esprits les plus étroits en projetant leurs fantasmes sous une forme délirante. Ainsi de Avortement qui fait tranquillement rimer "avorte" avec "réconforte", de Un Maman Une Papa qui détourne avec une ironie glaciale les lubies de la "Manif pour tous", ou de Tapas Petass qui semble carrément destinée à causer l'évanouissement d'un éventuel masculiniste qui passerait par-là. Le cas de La Méprise est un peu différent, tant sur le plan musical que sur celui des paroles, parodiant le célèbre dialogue du film Le Mépris pour évoquer pêle-mêle chirurgie esthétique et mutilation génitale avec une niaiserie surjouée sur fond d'instrumental oppressant et industriel. RETROSECT a décidé de heurter et de pousser la caricature jusqu'à son paroxysme, comme ça, pour voir ce que ça nous inspire, nous forcer à réfléchir pour nous demander ce que c'est que ce truc ; là encore, la démarche peut rappeler LAIBACH.

RETROSECT tient donc un concept prometteur, on est séduit par ce premier EP. Tout n'y est pas parfait : on regrette un peu de ne pas entendre davantage le jouissif refrain de Un Maman Une Papa, que Tapass Petass soit un peu trop lisse. Mais ça a peu d'importance : l'univers du groupe est intéressant et original, on a pris plaisir à écouter tous les morceaux et Avortement est une véritable petite bombe ; aussi attendons-nous avec intérêt les prochains exploits du groupe !