Chronique | Combichrist - The Venom in the Mouth of God

Pierre Sopor 23 juillet 2026

En un peu plus de vingt ans, Combichrist a muté, enflé, dévié, cogné... et même grandi, muri d'une certaine manière jusqu'à trouver une forme d'équilibre (à leur façon) depuis One Fire. Moins de provocations gratuites un peu débiles de sales gosses, une alchimie entre metal et électronique qui s'affine et, toujours, quelques expérimentations bizarroïdes ponctuelles. Deux ans après un CMBCRST un peu bordélique (comme d'hab' !) et manquant un brin de direction qui s'était fait attendre pour cause de pandémie, Combichrist est de retour avec The Venom in the Mouth of God. On ne va pas se mentir : on s'y lance l'écume aux lèvres, salivant d'avance à l'idée des pogos d'australopithèques qui nous y attendent et un appétit assumé pour les formules à beugler pendant que ça fait boum-boum très fort.

Il se passe cependant un truc dès ODR, premier titre tout en lourdeur. Andy LaPlegua et ses copains semblent retenir la tempête de parpaings pour se transformer en un bulldozer lent, massif, menaçant et impitoyable. Rythmique martiale poids-lourd, guitares qui rôdent, quelques grognements gutturaux : le son est apocalyptique. On ne le sait pas encore mais il donne le ton du reste de l'album : un mid-tempo noir, limite déprimant, méchant, fataliste. Si vous venez pour faire la fête, une bouteille de bourbon dégueulasse dans chaque main, et beugler des slogans crétins, la déception vous guette. Desolation confirme : LaPlegua se transforme en narrateur de l'effondrement global et nous plonge dans les ruines en regardant vers son propre passé : il pioche aussi bien dans les débuts de son projet que dans les cendres d'Icon of Coil quelques échos EBM, futurepop et Techno Body Music, les guitares se faisant oublier. Il nous le dit : "ce morceau est un rite funéraire pour notre planète". The Future is a Memory confirme, le chant clair de LaPlegua expressif et théâtral sans en faire des tonnes insuffle suffisamment d'émotions aux structures mécaniques pour que ça soit habité et viscéral.

On va vous épargner l'énumération. Le constat ne fait que se confirmer au fur et à mesure : avec cet album, Combichrist fait la gueule et nous plonge dans l'ensemble le plus cohérent de leur carrière. Pas de licornes chatoyantes, pas de chanson de pirates, pas d'invocations sataniques de série B, juste un rouleau-compresseur permanent. Avec un dosage qui laisse la part belle aussi bien aux pulsions les plus électroniques qu'au metal, Combichrist montre les dents, fait remuer les popotins... mais semble aussi se maîtriser, se contrôler. Trop sage ? A vous de voir. Si la voix claire d'Andy LaPlegua vous ennuie, que vous voulez des hurlements, des trucs déviants, des trucs pour tout péter comme des bonobos, eh bien, repassez-vous les albums du début des années 2000 !

On pourrait également trouver que, dans cette démarche, Combichrist ne surprend pas. Les morceaux, tous d'une efficacité imparable, se succèdent néanmoins et ne dévient que rarement de leurs rails. De là à voir un moule formaté, entre les grands noms des scènes NDH et EBM / synthpop ? Faut pas déconner. Le contraste entre les riffs de Venom et ses nappes plus atmosphériques à la limite du mystique auxquelles les lignes imprégnées de folie désespérée de LaPlegua apportent du relief, la mélancolie qui suinte de danger du refrain d'Only Here for a Good Time, les boucles serpentines hypnotiques à la 3TEETH de Demons Wanna Be Summoned avec KING810 en guest... l'album contient son lot d'aspérités, d'émotions, de crasse.

Pour la première fois de sa discographie, Combichrist sort un ensemble où aucun titre n'endosse le rôle de moment plus faible un brin embarrassant. Ici, tous sont des singles potentiels. Fidèle à sa démarche des dernières années, le groupe mélange ses différentes époques et aspirations (les ombres d'Icon of Coil n'ont pas été aussi présentes depuis longtemps), jusqu'au final épique Second Ending (We Have Been Here Before), entre EBM et futurepop pessimiste où les guitares s'incrustent petit à petit. Combichrist laisse s'installer une amertume écrasante et la nostalgie d'un monde condamné. Tout cela fonctionne très bien, hanté par les émotions véhiculées aussi bien par la performance de LaPlegua que la façon dont les guitares explosent au bon moment. 

Vous avez tout à fait le droit de trouver que c'est le meilleur album de Combichrist, ou au moins le plus sérieux, le moins con-bichrist, le plus combi-triste. Si vous avez décroché avec One Fire, vous avez aussi tout à fait le droit de trouver que c'est le pire. Si vous avez décroché depuis 20 ans, vous ne l'écouterez même pas. The Venom in the Mouth of God est en tout cas ce qui ressemble le plus à Combichrist en live à l'heure actuelle. Le groupe semble s'être recentré, s'éparpille moins. Par le passé, on a régulièrement aperçu le visage plus humain et personnel de Combichrist : il est ici omniprésent. Ouais, enfin, ça fait beaucoup de mots mais ne vous inquiétez pas trop : c'est pas d'la poésie d'avant-garde pleine de chichis non plus, si vous voulez péter des trucs, ça le fait aussi.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe