Hellfest 2020

Chronique | Alex Sindrome - Fantome

Pierre Sopor 28 février 2020

ALEX SINDROME est un artiste à part : il ne donne pas de concert, n'a pas de page facebook à "liker" et ne démarche pas franchement frénétiquement pour répandre sa musique. Un énergumène en dehors des pratiques promotionnelles habituelles qui tisse tout seul son univers musical depuis une quinzaine d'années, bénéficiant d'un succès d'estime auprès d'initiés privilégiés. Et si c'était en fait lui, ce fantôme qui donne son nom au successeur de Black Out, sorti en 2018 ?

Une fois l'intro anxiogène et glaçante De Pénombre passée, on plonge dans ce monde anachronique aux mélodies minimalistes entêtantes et aux sons de synthés vintage, la pop noire d'Alex Sindrome pourrait nous arriver tout droit des 80's qu'on ne s'en étonnerait pas, évoquant la synthpop aussi bien que l'EBM au détour de morceaux plus rythmés et agressifs (Antonin Artaud, par exemple). Les compositions sont hors du temps, intemporelles, comme peuvent l'être des spectres. C'est pas vraiment la mort, enfin, c'est pas vraiment la vie, chante-t-il dès Solidaire dans l'Isolement : la plume est acérée, poétique, et les paroles suintent de cet humour grinçant so goth aussi amusant que déprimant, c'est un vrai plaisir de découvrir les différents textes de Fantome. Comme il l'annonce dans l'hymne Halloween à NeverlandCe soir on est tous morts et c'est vraiment génial, Longue vie aux morts...

L'ambiance est froide et sépulcrale et, alors que se mélangent mélancolie et humour noir, Alex Sindrome puise son inspiration dans la culture populaire (Norma Jean) ou auprès de références plus érudites (Antonin Artaud inspirait déjà BAUHAUS en 83). Ces hommages référentiels, en plus d'être ludiques pour l'auditeur qui peut s'amuser à les traquer, dresse de manière détournée une espèce de portrait fantomatique de l'artiste discret qui hante la quinzaine de morceaux de l'album. On le devine sombre, évidemment, et très mystérieux aussi, mais derrière cette froideur de façade et l'élégance sophistiquée de l'électronique froide, Fantome est aussi un album facétieux et paradoxalement amusant. Certes, on y est très très déprimé, on se morfond sous une pluie battante, mais on le fait en trémoussant notre popotin, d'un air las et blasé, mais frénétiquement.