Lycosia +SHEtAN + BLUERAILROADS @ La Mécanique Ondulatoire - Paris (75) - 11 juillet 2026

Live Report | Lycosia +SHEtAN + BLUERAILROADS @ La Mécanique Ondulatoire - Paris (75) - 11 juillet 2026

Pierre Sopor 15 juillet 2026

Il y a quelques mois, Lycosia annonçait un comeback surprise : la formation gothic metal culte qui avait illuminé la fin des années 90 et les années 2000 des scènes françaises souterraines revient aux affaires autour du duo fondateur composé de Laurent Broda (chant et guitare) et d'Alexis Gaffuri (batterie). Des groupes comme Lycosia, la France n'en a pas connu des masses et leur retour nous fait autant plaisir qu'il nous fait soudain réaliser que le temps passe à une vitesse ma p'tite dame et qu'en plus de ça, tout fout l'camp et y'a vraiment plus d'saisons : alors que s'aventurer en plein soleil faisait littéralement fondre les parisiens, la Mécanique Ondulatoire nous sert à nouveau de refuge souterrain pour ces retrouvailles aussi inattendues que... eh bien, attendues impatiemment !

BLUERAILROADS

Venu de Lille, BLUERAILROADS (écoutez par ici) ouvre la soirée, seul sur scène avec sa guitare, ses pédales d'effet et un chouette maquillage que l'on ne voit quand même pas super bien dans l'obscurité et la fumée ! Et là, devant un public clairsemé (beaucoup préfèrent rester à l'étage, là où la clim marche pour de vrai !), BLUERAILROADS capte tout de suite l'attention. On se demande comment Lycosia a déniché ce projet. Les deux étant originaires du Nord (Cambrai pour les premiers, Lille pour le second), peut-être sont-ils membres d'une société secrète qui rassemble tous les chouettes projets de la région ? En tout cas, BLUERAILROADS est pile-poil le genre de découverte surprenante que l'on adore.

Planqué sous une lumière bleue invariable (vu le nom, c'était à prévoir), BLUERAILROADS nous embarque dans son univers personnel et tourmenté entre noise, industriel, shoegaze, cold wave... Un chant clair, juste et prenant, des riffs de guitares qui invoquent quelques tempêtes, des nappes introspectives : on navigue quelque part entre Nine Inch Nails, The Cure et les rêveries introspectives d'Alcest. Il y a de la mélancolie et de la poésie mais aussi des éruptions rageuses plus violentes. Tant pis pour les gens qui loupent ça et profitent encore un peu de la fraîcheur du bar au-dessus, les gens d'en bas, troglodytes des profondeurs parisiennes, peuvent désormais partager ce beau secret : BLUERAILROADS, c'est trop bien. Le gars est seul sur scène, il demande à peine de l'eau ("normalement, là c'est le moment où je bois de l'eau mais là j'en ai pas alors je vais juste continuer à jouer", dit-il, l'air presque désolé... alors qu'une bouteille d'eau est à ses pieds !) : faites-le jouer, il le mérite, vous ne le regretterez pas et il ne consomme pas beaucoup d'eau !

Cliquez sur une photo pour la voir en haute définition

SHEtAN

Changement d'ambiance avec l'arrivée de SHEtAN, qui sortait récemment l'EP Enantiodromia (écoutez ici) : tout à coup, il y a quatre personnes sur scène et la salle se remplit elle aussi. La chaleur devient un truc épais et gluant, pesant. On morfle mais cet air irrespirable convient finalement bien à la tension, à la nervosité à fleur de peau de SHEtAN et son mélange entre grunge et metal. Imaginez les éruptions écorchées de Nirvana, Hole, Queen Adreena ou Mankind is Obsolete avec supplément lourdeur et agressivité, genre la rage crue mais hantée des débuts de TOOL avec des parpaings de growl bien épais en rab. SHEtAN : le diable mais avec l'accent mis sur le "she", on ne va pas vous mentir, on était convaincus avant même que ça commence. 

C'est le genre de musique qui donne envie de ne plus se laver les cheveux (pourtant, les SHEtAN sont d'une propreté irréprochable !), il y a un groove qui accroche et des explosions viscérales bien méchantes, ça racle les tripes et ça fait du bien. Au chant, Amélie s'éloigne de plus en plus des spots pour se rapprocher du public. A un moment, elle annonce "le prochain morceau est plus calme, ça fait toujours du bien un morceau calme". Là, on a envie de dire que oui, certes, par cette chaleur nos organismes diront merci mais on a aussi un peu peur que ça deviennent chiant... Tu parles ! Le spleen de Stormwinds est l'occasion de prouver qu'avec SHEtAN, les émotions sincères sont toujours prêtes à bondir, à rugir, et que les secousses ont beau se planquer sous la surface, elles ne nous remuent pas moins. On aura également droit à une reprise de Violet de Hole et de Pretty When You Cry de Lana Del Rey, ainsi qu'à un morceau en duo avec le chanteur du groupe de metal progressif Unexpected Calibrations. En presque dix morceaux, SHEtAN nous a rappelé ce plaisir simple et un brin primitif d'écouter des morceaux qui envoient, sans postures artificielles ni fioritures pompeuses mais avec une âme, une envie de foutre le feu, de pogoter sur un sol qui colle et une efficacité méchante et jouissive. Décidément, pour fêter son retour à Paris, Lycosia nous chouchoute avec de belles découvertes et des univers variés !

Cliquez sur une photo pour la voir en haute définition

LYCOSIA

On avait eu un peu peur qu'il n'y ait pas foule pour retrouver Lycosia sur scène, avec cette fichue canicule qui nous donne l'impression d'être en plein Mad Max. Que dalle ! La Méca est blindée. On étouffe avant même que ça ne commence. Et alors que Doctor Who, Terminator et un paquet d'autres films, bouquins ou séries nous parlent de voyages dans le temps compliqués, il suffit du synthé de Rise Up pour nous renvoyer plus de vingt ans en arrière, à une époque où les gens dans les clips sur MTV faisaient n'importe quoi avec du Vivelle Dop, où les émos n'avaient pas encore fait disparaître les goths de la Fontaine des Innocents à Chatelet (avant de disparaître à leur tour)... et où on ricanait en disant qu'on "allait chercher Lycosia", en référence à une pub oubliée mais avec un joli chien.

Le constat est sans appel, immédiat : ça le fait à mort. Le plus étonnant est peut-être de constater comme la voix de Laurent Broda n'a pas vieilli. "Here comes Drrrrracula and his minions", qu'il nous chante en roulant bien les rrr sur le nom du célèbre vampire, comme un indice d'une surprise à venir plus tard. Rien ne réussit à rafraichir la Méca, ni les ombres gothic rock et post-punk de Follow Me, ni les problèmes techniques qui accablent la guitare de Sacha. Ces derniers nous fendent le cœur : non, pas ce soir, pas ça, pas à ce type qui a passé tout le début de la soirée à encourager les premières parties avec son sourire immense... Mais en toute franchise, on s'en fout un peu parce que ça le fait quand même à mort. Laurent Broda finit par mettre ses lunettes noires, la guitare se remet à marcher, les étoiles noires s'alignent.

On enchaînes alors les hymnes "goth glam deluxe", ce truc à part qui fait penser à Paradise Lost ou Type O Negative mais avec une sensibilité bien à part, un truc rock'n'roll où la mélancolie n'est jamais totalement plombante. La setlist est surtout dédiée aux troisième et quatrième album du groupe, l'éponyme et Apokalipstik. Pas de Cold Summer en vue et heureusement : avec cette chaleur étouffante, faut pas pousser, déjà qu'Ice Queen Baby a été jouée dans un véritable four ! On a quand même droit aux plus anciennes Ephèbe et Paradoxical Love, cette dernière nous rappelant les débuts plus metal du groupe. On disait plus haut que le temps passe à toute vitesse : c'est, hélas, vrai ici aussi. Lycosia nous annonce "une surprise" : les spots illuminent le fond de la scène en un vert de rigueur. "She's got a date at midnight with Nosferrrrratu", nous dit Broda de sa voix la plus grave, en roulant de nouveau bien les rrr à nouveau. Et si Rise Up, jouée plus tôt, annonçait secrètement cette petite reprise surprise de Type O Negative ? C'est fidèle, efficace, le public connaît les paroles, ça fait plaisir à tout le monde.

Pour finir, Lycosia nous rejoue Rise Up. Détail amusant : Laurent Broda retire alors ses lunettes noirs, qu'il ne portait déjà pas au tout début du concert. Visiblement, Rise Up ne se joue pas avec l'accessoire goth ultime ! C'était trop cool, non seulement pour la nostalgie et parce qu'on pensait ne jamais les revoir, mais aussi parce que c'était tout simplement trop cool, que Lycosia n'est pas qu'un truc figé dans le passé mais peut désormais se conjuguer au présent. Rien que pour ça, ça valait le coup de devenir vieux et d'avoir trop chaud. On n'aurait cependant pas dit non à un peu plus de morceaux, peu importe lesquels (allez, au pif, Altaïr ou des trucs bien méchants comme Red Act !). On ne pensait pas pouvoir dire ça en 2026 mais on a désormais hâte de voir ce que l'avenir nous réserve du côté de Lycosia. Nouveaux morceaux, nouveaux concerts... Restez en vie et vous verrez bien, en attendant savourons encore un peu ce moment privilégié !

Cliquez sur une photo pour la voir en haute définition

à propos de l'auteur
Author Avatar

Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe