Ho99o9 + Plack Blague + Sirap @ Le Trabendo - Paris (19 avril 2019)

Live Report | Ho99o9 + Plack Blague + Sirap @ Le Trabendo - Paris (19 avril 2019)

Pierre Sopor 23 avril 2019 Pierre Sopor

Un concert de HO99O9, décidément, ça ne ressemble à rien de connu. Avant même de passer à la performance en elle-même, il suffit d'un regard à l'affiche proposée par Allô Floride, qui organisait cette soirée au Trabendo. Un jeune rappeur parisien, un ovni EBM et enfin les stars montantes des scènes punk et hip-hop. Décloisonnement, surprises, refus des convenances : HO99O9 propose quelque chose de salvateur. Après un passage à l'automne dernier dans le cadre d'une soirée privée, le duo du New Jersey, qui devient trio sur scène, était de retour à Paris pour une date plus classique. HO99O9, c'est immanquable, même s'il a fallu faire des choix difficiles : HOCICO jouait aussi à la capitale en même temps, HYPNO5E aurait dû également mais a annulé (ouf !), CELESTE se produisait en banlieue... Et ROMEO ELVIS remplissait le Zénith à quelques mètres du Trabendo. Mais ça, on s'en fout. Et en arrivant sur place, il y a SIRAP.

SIRAP

SIRAP est un jeune rappeur parisien, comme il s'amuse à le constater lui-même en arrivant sur scène. Ce n'est peut-être pas ce que le public attendait, mais c'est loin d'être déconnant. En tout cas, lui, il aurait tort de ne pas en profiter. S'il est difficile de juger de sa musique pour un non-expert (sérieux, le rap français, depuis 2003, j'y connais rien), on peut apprécier plusieurs choses. Déjà, pas d'autotune. Sérieux, merci. L'autotune, c'est le mal. Ensuite, les instrus sont lourdes, menaçantes : c'est assez méchant, ça envoie. Et puis surtout, accompagné d'un de ses collègues, le petit s'éclate. Il sourit, se démonte pas, présente ses projets à un Trabendo qui se remplit tranquillement, ça le rend tout de suite attachant (même s'il prend des airs de gars super badass, avec ses tatouages et tout). Devant la scène, il a aussi ses fans, des types qui connaissent toutes ses paroles, qui sautent dans tous les sens, l'acclament et lancent des sortes de mini-pogos. Sortir de ses habitudes, c'est nécessaire et programmer cet artiste en ouverture de soirée était une belle idée. En plus, le contraste avec PLACK BLAGUE juste après avait quelque chose d'assez jouissif.

PLACK BLAGUE

PLACK BLAGUE se présente en disant "insulter les masses depuis plus de dix ans". Derrière les jeux de mots ("plack metal", "electronic blague music"), PLACK BLAGUE c'est de l'EBM rentre-dedans emmené par un olibrius à la voix gutturale, aux danses frénétiques et au look improbable (amateurs de slips en cuir et de cagoules, c'est pour vous). Du coup, ça fait boum-boum, c'est énergique, le hit Just Another Man of the Street est d'une efficacité indéniable. Les grosses basses et les rythmiques de l'EBM font toujours mouche sur un public qui a envie de s'amuser, et alors qu'on commence à se dire qu'on aurait pu apprécier plus de variété dans les sons, la fin du set prend des allures plus bruitistes et industrielles bienvenues. Avec ses beats accrocheurs et la virilité exacerbée de son absurde chanteur aux danses folles, PLACK BLAGUE est une invité parfait pour éveiller la curiosité d'un public qui ne devait pas forcément savoir à quoi s'attendre. C'est aussi pour ça que l'on va voir HO99O9 : envoyer bouler les conventions et découvrir des choses inattendues.

Setlist :
01. Total Control
02. Body Talk
03. Just Another Man of the Street
04. Destroy The Identity
05. Wrong
06. Dangerous
07. Placktualtiy
08. Man On Man
09. Disconnection
10. Boyz Club

HO99O9

Anecdote pas forcément passionnante (mais vraie) : quand j'arrive au Trabendo, le vigile qui check les sacs me demande si j'ai une accred pour l'appareil photo. "Oui, oui". "Bah bonne chance, il n'y a pas de barrière et ça va bouger". Bien sûr que ça va bouger, c'est HO99O9. La personne qui me remet l'accréditation en ajoute une couche : "bonne chance, y'a pas de barrière". Non, ça ne fait pas peur du tout. Enfin, aux toilettes, un type me hurle "tu te laves les mains ? Mais ça va être saaaaale tout à l'heure !". Bon, les gars, en vrai, le but c'est d'intimider les pauvres types qui essayent de faire des photos ? 

Parce qu'en vrai, HO99O9, c'est un cyclone. Dans le public, c'est la guerre dès les premières secondes. Eaddy et theOGM ont une énergie et un charisme impressionnants. Les deux sont montés sur ressorts et secouent le Trabendo avec la rage qui les anime. HO99O9 est littéralement en train d'exploser depuis deux ans : Hellfest, featurings avec 3TEETH et THE PRODIGY, pub pour Dr Martens, concerts avec Corey Taylor et MARILYN MANSON... Mieux encore, ils ont redéfini le punk en ravivant un esprit qu'on croyait mort depuis la guerre froide, au moins. On est en 2019, le groupe le plus punk au monde n'a pas de guitare sur scène et est un groupe de rap qui fait de l'indus. HO99O9, c'est le chaos le plus absolu, un truc sauvage et d'une liberté folle, incontrôlable et imprévisible qui dégage une forme de danger constant : tout et n'importe quoi peut arriver. D'ailleurs, il se passe n'importe quoi. Le groupe est dans la fosse, le public est sur scène. Il y a quelques jours, à Berlin, Eaddy slamait à poil. A Paris, il s'est "contenté" d'escalader les structures au plafond du Trabendo pour se suspendre par les pieds à 4 mètres du sol, sous le regard forcément inquiet d'un vigile qui commençait sûrement à envisager une reconversion dans la production de betteraves. Si c'était le moment le plus spectaculaire (et drôle) du show, la suite nous réservait d'autres moments au moins aussi marquants.

Musicalement, on a droit aux classiques tels que la désormais culte Street Power ou Hate Crimes, mais aussi aux nouvelles tueries de Cyber Cop, dont la monumentale Forest Fires. C'est violent et sauvage, mais c'est ce qu'on attendait. Par contre, le moment le plus fou du set est probablement sa toute dernière partie : HO99O9 se lance dans un medley de reprises de THE PRODIGY : on ne s'attendait pas à pouvoir pogoter sur Smack my Bitch Up, Breathe ou Firestarter si peu de temps après la disparition de Keith Flint. Cet hommage dantesque était le meilleur possible, mais aussi le moyen idéal d'introduire Fight Fire with Fire, le morceau réalisé en collaboration avec le mythique groupe anglais. Hurlements extatiques dans la fosse : c'est une tuerie, l'avoir en live un putain de rêve. Après ça, le groupe propose un final apocalyptique sur Get A Grip et Hated in Amerika, histoire de prouver qu'ils en ont encore dans le ventre alors que tout le monde est lessivé. La moitié de la fosse du Trabendo se retrouve sur scène, comme quoi on peut s'en foutre plein la tronche, on reste en famille.

HO99O9 a fait un triomphe. C'est mérité. Les groupes aussi impressionnants capables de dégager une telle puissance et une telle énergie sont uniques. Il n'y a pas d'équivalent à ce qui est en train de se passer pour les deux musiciens américains, le phénomène qu'ils sont en train de devenir en s'affranchissant des codes, en faisant voler en éclat les barrières, en hurlant leur rage et mettant sur pied leur univers totalement barré, inclassable, insaisissable. Il faut à tout prix les voir avant qu'ils ne deviennent trop gros ou ne brûlent leurs ailes, car ce qui se passe en ce moment est exceptionnel et ne sera pas éternel. On espère quand même que ça durera le plus longtemps possible.

Setlist :
01. Is it Safe to Internet ?
02. Punk Police
03. Internet Thuggin
04. Street Power
05. Forest Fires
06. City Rejects
07. Dope Dealerz
08. Delete my Browser History
09. Leader of Pain
10. Money Machine
11. Sub-Zero
12. Bone Collector
13. Hate Crimes
14. Mega City Nine
15. New Jersey Devil
16. Knuckle Up
17. The Prodigy Medley
18. Fight Fire with Fire
19. Get A Grip
20. Hated in Amerika