Dead Bones Bunny + Funny Ugly Cute Karma + Not Bad @ La Boule Noire - Paris (75) - 9 février 2019

Live Report | Dead Bones Bunny + Funny Ugly Cute Karma + Not Bad @ La Boule Noire - Paris (75) - 9 février 2019

Pierre Sopor 10 février 2019 Pierre Sopor

Le 9 février, les Parisiens avaient le choix en matière de concerts qui secouent : VOLKER, MOONSKIN et LYNN jouaient au Klub, FREEHOWLING, KERA et ANATONSYLIS au Cirque Electrique alors que PENSÉES NOCTURNESPÉNITENCE ONIRIQUE et VƆID montaient sur scène aux Cuizines de Chelles. Oui, mais à la Boule Noire il y avait des lapins au programme. DEAD BONES BUNNY y fêtait la sortie de son premier album (chronique) en compagnie de deux autres tout jeunes groupes, NOT BAD et FUNNY UGLY CUTE KARMA. La soirée, sold-out, promettait d'être bien décalée. En plus, le tampon à l'entrée était en forme de tête de lapin.

Not Bad

De NOT BAD, on ne savait pas grand chose : ça ne fait que quelques semaines que le groupe a révélé son existence. C'était donc le premier concert de cette formation "spooky metal" qui a pourtant déjà sa petite troupe de fans si on en juge par les tee-shirts portés par le public. On retrouve d'ailleurs dans NOT BAD deux zozos de l'impressionnant groupe de death-metal NEMOST : son charismatique chanteur Arnold et son frétillant guitariste Bruno qui, bien malgré lui, semble être l'objet d'un culte de la part d'au moins deux mecs dans le public. Il y avait bien deux gars qui, dès la file d'attente, répétaient à n'importe qui qu'ils venaient pour Bruno. Que Bruno était beau. Que Bruno jouait pour le ciel. Que ne pas connaître Bruno était une hérésie. Que les photographes ne devaient prendre en photo que Bruno.

Mais à part son Bruno, le line-up de NOT BAD épate surtout avec son improbable batteur : un squelette tout droit échappé d'une salle de SVT trône derrière les fûts et installe à lui tout seul l'ambiance "spooky" : NOT BAD, donne vie de manière décalée à tout un univers horrifique, plein de fantômes et d'ovnis, entre série B et comics retro. C'est à la fois drôle et jubilatoire. On pense souvent à l'approche insolente et rigolote de WEDNESDAY 13, en moins punk et sans les passages plus sérieux. Sur scène, on s'amuse bien aussi : les quatre goules assurent un show carré et très fun, leur Arnold de chanteur, avec sa dégaine à la Rob Zombie et ses mimiques démentes, est particulièrement à l'aise dans son rôle de Mr Loyal / Crypt Keeper détraqué. Soignant son show, NOT BAD quitte la scène après quelques titres pour laisser la place à un numéro d'effeuillage à la Jessica Rabbit (un clin d’œil aux DEAD BONES BUNNY ?) brutalement interrompu par la machette d'un mec déguisé en Jason Voorhees, qui passe le morceau suivant à terroriser le public dans la fosse. On pourrait en fait résumer NOT BAD à cet moment improbable où son chanteur explique au public qu'ils font du "spooky metal" et que "qui dit spooky dit forcément..." une reprise du générique de la Famille Addams version NOT BAD. C'était génial : à l'image de la magnifique série inspirée des dessins de Chas Addams, l'univers de NOT BAD a ce ton un peu piquant mais tellement rigolo et attachant, fédérateur en diable. La première sortie de ces goules (en tout cas à ce siècle-ci) était une franche réussite et on a très hâte de vous en reparler !

Setlist : 
01. Intro
02. Pussy Poker
03. Children of Gotham
05. Alien
06. Not Bad Family
07. Bad Vigilant
08. Jessica + Voorhees
09. Tales Of The Crypt
10. March Of The Monster
11. Prime Time Bitch

Funny Ugly Cute Karma

Après la ville américaine, le squelette et les ovnis de NOT BAD, c'est un gros morceau de carton qui occupe le fond de scène et qui annonce FUNNY UGLY CUTE KARMA, Tour it Yourself. C'est drôle ? Oui. C'est moche ? Bah, c'est un bout de carton découpé à la main, quoi. C'est mignon ? Autant que des arts plastiques niveau maternelle, oui ! On ne voit pas le rapport avec le karma, mais ça plante le décor : F.U.C.K. est un groupe totalement décalé, inclassable, qui fait un peu ce qu'il veut comme il le veut sans se prendre au sérieux et avec un gros sens de la débrouille.

Le groupe attaque son set sur On the Run, son single qui, via son clip, se moque gentiment de différents clichés du metal. Au-delà de la rigolade, c'est bien foutu et le refrain aux airs d'hymne intemporel est du genre à rester en tête un moment. En studio, ils sont deux mais sur scène, ce sont cinq musiciens qui remplissent l'espace. Dorian, avec ses lunettes de mouche, son sourire et ses cheveux libres, très libres semble débarquer tout droit d'une planète inconnue. Tout le monde a l'air de bien s'amuser, on rigole, on grimace et on raconte n'importe quoi au public alors que les surprises s'enchaînent. Il y a ce réveil qui sonne pour annoncer le gros bordel dans la fosse, un jet de ballon ou encore une reprise jouissive de Radio Video de SYSTEM OF A DOWN, dont le break est dans la lignée des hallucinantes covers de l'incroyable TONGO, avec ajouts de sons 8 bits en bonus. FUNNY UGLY CUTE KARMA n'a qu'une année d'existence et un EP à son actif mais le groupe est bien en place et sait fédérer son public avec sa musique libre et décomplexée mais aussi grâce au charisme de ses musiciens et le plaisir manifeste qu'ils prennent tous à faire la fête sur scène. Un premier album, dont on a eu un aperçu ce soir-là, ne devrait plus tarder. On vous en reparlera, c'est sûr.

Setlist : 
01. On the Run
02. Shelter
03. Yeah
04. Nuage De Maux
05. Radio / Video
06. Freaks For Sale
07. Cath My Tune
08. Outro

Dead Bones Bunny

DEAD BONES BUNNY était l'attraction principale ce soir-là : le groupe, créé lui aussi l'an dernier, fêtait la sortie de What's Up Rock ?. Avant que le show ne démarre une voix annonce qu'il ne reste que trois minutes avant le début du concert. Les deux chanteuses / choristes du groupe se promènent dans le public pour distribuer des oreilles de lapin pendant ce court laps de temps. Les thèmes "rockabilly" et surtout "lapin" ont bien été assimilés par une bonne partie du public, venu looké pour l'occasion. 

DEAD BONES BUNNY est plein de particularités qui rendent ce projet unique: il y a ce mélange des genres tout d'abord, entre metal et rockabilly, croisement improbable de MÖTÖRHEAD et ELVIS qui impose une atmosphère 50's. Et puis, conséquence logique de l'orientation musicale, il y a une contrebasse au lieu d'un bassiste. Et enfin, il y a Bunny Bones, lapine mort-vivante et icône du groupe, héroïne des aventures qu'on nous racontent les différentes chansons. Sur scène, cela donne un mélange aussi dynamique que sympathique, drôle et percutant. Si l'album est forcément à l'honneur, ça n'empêche pas le groupe de jouer sa traditionnelle reprise de Cowboys From Hell de PANTERA à laquelle la contrebasse donne un cachet forcément unique. Après un bref interlude, Bunny Bones arrive enfin sur scène avec son chouette masque et reprend rapidement Feeling Good de Nina Simone alors que le groupe s'apprête à jouer My Name Is Dead Bones Bunny, la très chouette conclusion mélancolique de What's Up Rock ?. En matière de reprises, on a d'ailleurs eu droit à une dernière surprise : après un show électrique salué par un public conquis, DEAD BONES BUNNY reprend le générique de Duck Tales, La Bande à Picsou. Des lapins qui rendent hommage aux canards, c'est bien, c'est pas raciste. Les "woo-hoo" du morceau entonnés en chœur par tout le groupe mimant des canetons, c'était beaucoup trop irrésistibles pour mon petit cœur !

Cette soirée, organisée par Access Live, est une vraie réussite : les trois jeunes groupes ont, avec une bonne humeur communicative, su séduire et faire passer un bon moment au public. L'ambiance festive doit beaucoup à leur générosité, les trois shows étaient travaillés et chaleureux et grâce à tout plein de détails (comme la distribution d'oreilles), on se sentait plus invités à une fête chez des copains qu'à un concert lambda. Alors merci à eux et à la prochaine !

Setlist :
01. Not Wanted
02. Boogie Willy
03. Carot On Fire
04. Cow-Bones From Hell
05. Transition Feeling Good
06. My Name Is Dead Bones Bunny
07. Get Back To London
08. Dance Or Paradise
09. Bunny Feels
10. She Slays Dragons
11. Team Bunny
12. Duck Tales