Que la Paix soit sur WORHS

Que la Paix soit sur WORHS

Maxine 29 août 2026 Maxine & Pierre Sopor

L'an dernier, au cours d'une soirée justement nommée La Funèbre Nuit (live report), Worhs nous offrait une performance déchirante, expérience bouleversante d'une puissance rare à la fin de laquelle Willow, la voix et le visage du projet, confiait en larmes ne plus savoir si elle avait la force de continuer, de poursuivre ce projet qu'elle porte depuis plus de quinze ans et dans lequel elle aborde des sujets intimes et particulièrement douloureux.

Mort, renaissance : Worhs semble avoir retrouvé la flamme et le récent Que la Paix Soit sur Les Suicidaires, cabaret industriel poétique et cinglant (chronique) nous donnait l'impression qu'un cycle s'achevait pour qu'un autre puisse commencer. Artiste imprévisible passée aussi bien par le metal extrême que l'ambient avec son projet, Willow témoigne pour nous avec la même honnêteté que dans sa musique, nous parlant de son rapport à la création, du passé... mais surtout de l'avenir qui, du côté de Worhs, s'annonce protéiforme et, forcément, passionnant.

Tu nous disais récemment que la période actuelle était une bonne période pour Worhs, peux-tu nous expliquer en quoi ?
Oui c'est une super période pour Worhs ! On a quasiment fini trois albums en même temps ! C'est un travail de fond qui est en projet depuis très longtemps et qui se concrétise au même moment un peu par hasard. C'est assez génial, tout est quasiment fini et enregistré. On peaufine les derniers ajouts, les livrets, les mixes... On ne connaît même pas l'ordre de sortie de tout ça. On bosse toujours sur mille choses à la fois et quand un album sort, on est sur les suivants depuis des années déjà. Tout ça est donc la continuité de ce qui existe depuis quatre ou cinq ans.

On a souvent des compositions dont on sent qu’elles appartiennent toutes à un même groupe alors on se dit “tiens, ça ça pourrait être un album”, mais on laisse généralement reposer cette idée à l'état de maquette aussi longtemps qu'il le faut. On n’est pas forcément aptes à aller plus loin sur le moment. On a par exemple composé deux morceaux de death metal très caverneux, on a fait les bases mais je ne suis pas dans ce ce mood-là en ce moment. Ils vont donc rester dans un coin jusqu'au moment où on sera dans une phase death metal caverneux et on le sortira, peut-être dans cinq ans je n'en sais rien ! Il y a de l'espace pour tout dans notre création : pour certains projets qui vieillissent lentement et qui prennent des années à se concrétiser ou pour des choses plus spontanées et imprévues qui viendraient s'insérer naturellement comme ce fut le cas avec Que La Paix Soit Sur Les Suicidaires, mais aussi avec De Celles Qui Ne Crèveront Pas, que l'on n’avait pas du tout vu venir.

Tu nous avais confiés lors de ton dernier concert que tu hésitais à continuer, ainsi c'est plutôt inattendu ! Pourquoi tout ça se concrétise maintenant ? Peux-tu nous expliquer comment cela s'est passé ?
J'étais un peu perdue en musique. L'année dernière et plus tôt cette année, je ne savais pas trop quoi foutre, je ne m'en sortais pas. Quand j'ai fait Que La Paix Soit Sur les Suicidaires, ça m'a un peu débloquée. Cet album, comme je le disais, n'était pas du tout prévu, il est sorti d'un coup et m'a rappelé comme ça pouvait être facile parfois. J'avais beaucoup de doutes sur ma manière de m'exprimer, je ne savais plus comment parler des choses, je ne savais plus si je voulais continuer sur la même lancée ou si je n'avais plus envie de parler du tout... Je faisais vraiment un blocage sur les textes. J'ai tellement parlé de mes problèmes familiaux toute ma vie que je ne savais plus si c'était encore ce dont j'avais envie de parler. Mais étant donné que n'est pas quelque chose dont je parle au quotidien (je n'en parle même plus à mon psy) j'ai compris que si je ne parlais pas de certaines choses dans la musique, je ne le faisais nulle part.

Toutes ces nombreuses questions qui se posaient ont été résolues d'un coup avec Que La Paix Soit Sur Les Suicidaires, que ce soit sur le plan des textes ou de la musique. J'ai compris que c'était un espace dont j'avais besoin et que je ne devais pas spécialement me restreindre. Un fil d'événements s'est déroulé ensuite, j'ai fini de bosser sur des albums pour d'autres, je me suis remise à bosser sur les bases que l'on avait, on a refait des sessions studio plus fréquentes, jusqu'à cette effervescence actuelle. Nous avions les albums instrumentaux depuis assez longtemps, c'est surtout les voix que nous n'avions pas. J'ai donc écris toutes les paroles !

Peux-tu nous parler de tes inspirations musicales ou littéraires pour ce dernier album ?
Oui, c'est une inspiration qui vient d'assez loin. Le premier album d'un de mes anciens projets qui s'appelait WDNxH, qui était un projet de noise industriel, ressemblait beaucoup à Que la Paix Soit Sur Les Suicidaires dans l'idée. Je l'ai toujours trouvé bien mais il était fait avec mes compétences de l'époque qui étaient assez moindres. J'ai toujours eu envie de l'écouter, mais je ne l'écoutais pas parce qu'il n'allait pas au bout de son idée, il n'était pas assez abouti. Je suis partie de cette base-là, de ce langage-là, pour dérouler ce nouvel album qui s'est fait très naturellement. L'univers était très axé autour du film noir, inspiré aussi par La Série Noire de chez Gallimard, qui est une série de polars assez mal traduits que j'aime beaucoup dont j'ai une petite collection. J'en ai d'ailleurs acquis un récemment dont le titre m'a fait rire qui est Mais Ca T'empêchera de te Noyer ! Il y a un côté un peu paternaliste, tu ne sais pas trop qui va empêcher quoi ni comment, c'est un peu mystérieux ! Certains ont des titres très black metal aussi.

Cette série me suit depuis tellement longtemps que j'avais un label à l'époque qui s'appelait La Série Noire. Mon studio de mix actuel s'appelle LSN pour La Série Noire ! Je voulais garder cette esthétique, d'où ma promo pour laquelle j'ai repris la pub iconique pour le parfum Balafre. Le projet était instrumental à la base donc je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé avec les voix ! Je ne sais pas trop quelles sont leurs inspirations parce qu'elles sont un peu arrivées d'elles-mêmes. Je pensais un peu à Candlemass par moment, dans ce côté très théâtral, des phrases appuyées... Mais j'ai plutôt divagué, c'est une ellipse pour moi !

Comment as-tu choisi et inclus les samples en travaillant sur tes nouveaux morceaux ?
Le premier vient de Some Like It Hot (Certains l'aiment Chaud), un vieux film, qui n'est pas estampillé queer mais qui est beaucoup plus queer qu'il n'y parait ! C'est une comédie dans laquelle deux hommes doivent se déguiser en femmes pour rejoindre un orchestre de jazz féminin pour fuir la mafia, mais qui finissent par prendre leurs rôles féminins un peu trop à cœur : un scénario incroyable. La thématique de la dysphorie de genre y est établie avec pas mal de profondeur. Toutes les phrases qui sont dites dans ce film sont des phrases que toutes les meufs trans se sont dites un jour. C'est tellement bien visé que je soupçonne qu'il y ait quelqu'un dans le placard parmi l'équipe de la rédaction ! L'extrait choisi ici est le moment où l'un des deux s'apprête à se marier avec un homme qu'il a rencontré alors que l'autre lui demande de revenir sur terre, de se rappeler pourquoi ils sont là à la base et qu'ils sont des hommes. Ce personnage se dit alors "Merde, putain, c'est vrai ! Je suis un homme !  Je vais me flinguer !". Tout le monde connait très bien la réplique de fin "Nobody's perfect" mais toute la tirade qui vient avant est incroyable ! Cet homme qui explique à son futur mari qu'il ne pourra pas porter de robe de mariée, qu'il fume, qui cherche tous les arguments qui pourraient poser problèmes pour finalement enlever sa perruque, révéler qu'il est un homme et qui se voit juste répondre "Nobody's perfect". Exceptionnel. 

Le deuxième vient d'un film de Jean Eustache, dans lequel une femme trouve que l'homme qui est en face d'elle est incapable et médiocre, mais il a trop d'ego pour s'en rendre compte. Ça s'appelle La Maman Et La Putain. C'est un choix moins personnel celui-ci, mais il parle de lui-même.

Worhs reste un projet très personnel dans lequel tu parles de toi, comment se passe ainsi la collaboration avec Nijmaa? Quelle est la place de chacun ?
Ah ! Ça c'est la part de mystère ! On ne l'éclaircit volontairement pas. On a du mal à voir les choses comme ça. Certains morceaux sont entièrement composés par lui, certains par moi... Chacun a tellement le nez dans ce que fait l'autre que tout finit par se mêler. Tout vient de nous deux à parts égales. En revanche, les paroles sont toutes de moi, tu ne verras jamais des paroles de Nijmaa !

Pourrais-tu envisager une écriture moins douloureuse pour toi ?
Je ne dirais pas que c'est douloureux. Ce qui est douloureux pour moi c'est vraiment physiquement la scène. Mon corps n'est pas fait pour, je suis alitée 90% de l'année. Quand je monte sur scène, je ressens ensuite une douleur vraiment présente pendant plusieurs semaines. C'est un investissement. C'est pour ça que j'hésite encore à remonter sur scène, je ne suis pas tout à fait sûre. Le studio, lui, est au contraire resté un espace léger. Il y a eu un moment dans notre vie pendant lequel ça ne l'était plus du tout. Je pense à l'enregistrement de Plus Dure Sera La Chute et de Les Masques Sont Tombés qui a été une souffrance pour nous. On romantisait probablement un peu le mythe de la personne qui va s'écorcher au micro en se faisant du mal, pensant que sans cela le résultat ne serait pas authentique.

Depuis, c'est quelque chose que l'on a totalement aboli, on passe vraiment du bon temps en studio. On rigole, même quand les paroles sont très dures, que c'est atroce, même quand ça finit par une larmichette. On s'amuse vraiment. Il y a un temps pour tout. Le moment de la création brute, de la composition, de l'écriture des paroles, la première fois que je pose les voix... Là, ça peut être difficile. Ça me remue beaucoup même si c'est cathartique et que je suis toujours contente d'être en train de chanter ! Quand on enregistre tout ça proprement en studio, c'est le moment où on est plus dans l’exécution, l'interprétation, on peaufine certains détails... On n’a plus besoin de souffrir. Ça, c'était avant !

Envisages-tu ton écriture sans ce côté cathartique justement ?
Le problème c'est que quand j’essaye de faire autre chose, je ne peux pas ! Je peux essayer d'écrire quelques morceaux légers par-ci par-là mais pas tout un album. Le seul moment ou a essayé autre chose, c'était sur le premier album que j'ai co-écrit avec un Turc qui vivait en Turquie pendant de grosses émeutes et qui était donc dans une situation très particulière à ce moment-là. C'est tout un album qui parlait de la Turquie mais avec le recul je me rends compte que je ne savais pas de quoi je parlais. Je lis les paroles aujourd'hui et je ne sais pas de quoi elles parlent. J'ai dû en modifier certains passages de peur d'être en train de dire une dinguerie, je n'en sais rien ! Je préfère me cantonner aux choses que je connais le mieux c'est à dire ce qu'il se passe dans ma tête, au moins je ne peux pas me tromper.

As-tu pour autant l'impression d'avoir épuisé les sujets personnels que tu abordes depuis si longtemps et clos ce chapitre thématique ?
Ça fait justement partie des questions que je me posais, ai-je clos le sujet ou pas. La réponse que j'y ai trouvée c'est que l'important est que j'en parle avec mes yeux d'aujourd'hui. Mon regard change perpétuellement sur les choses. Quand je lis un vieux texte de Worhs, je le lis avec mes yeux d'aujourd'hui et je me rends compte qu'on disait plus ou moins la même chose mais que je n'avais pas la même vision ni le même regard sur ces choses.

Est-ce que le fait d'écrire sur des sujets sensibles te fait ressasser tout ça ou plutôt aller mieux ?
Je ne vois pas ça comme un truc thérapeutique. C'est ma manière à moi d'en parler, de le faire vivre, de poser des mots. J'ai par exemple écrit un album juste après la mort de mon frère et je suis contente que ces paroles soient scellées à ce moment-là parce qu'elles reflètent une période particulière, je ne retrouverais plus ces mots-là plus tard. C'est important, mais ce n'est pas ça qui me fait aller mieux. Faire de la musique ça me fait aller mieux mais ce n'est pas le fait d'aller remuer tout ça. Ça ne me fait pas non plus replonger. La musique est plus un reflet d'où j'en suis. C'est plutôt dans ma vie privée que ça se passe. Écrire mes paroles, c'est comme prendre une photo. Aujourd'hui c'est moins à vif aussi, j'ai traversé des années d'hospitalisation, d'errance médicale, de violence administrative, mais dans l’ensemble, je vais globalement mieux, tout ça est vachement apaisé. Je vois aussi les choses de manière plus calme à présent. Avant j'étais en colère tout le temps, je ne comprenais pas, ma vie était pénible. Maintenant je suis énervée le temps d'écrire mon morceau, après je peux retourner à ma vie. 

Le décalage entre ce côté très personnel de ta musique et son côté très théâtrale est-il un moyen de mettre une certaine distance ou au contraire d'accentuer une certaine tragédie pour rendre ces émotions encore plus tangibles ?
Un peu des deux. Ce qui me pousse à la base vers ces choses théâtrales c'est vraiment ma culture. J'ai un héritage méditerranéen. On a tendance à parler avec les mains, à beaucoup exagérer, à aimer se mettre en scène et à se donner un peu en spectacle… C'est très frappant dans la musique aussi, certaines sont très incarnées. Mon univers est un peu la continuité de ça. Concernant le dernier concert que vous avez vu, c'était clairement pour prendre une distance. Le sujet était trop hard, trop vif, trop récent, trop tout. Je ne pouvais pas y aller en tant que Willow, j'avais besoin d'un personnage pour dire les choses à ma place, je ne me sentais pas de les dire moi-même, et puis ça ne sonnait pas juste. C'est pour ça que j'ai laissé Maëlle chanter certains passages à ma place. Ça restait très spécifique à ce concert là, ce n'est pas un problème que je rencontre lors d'autres concerts.

La théâtralité est pour moi une manière d'accentuer les choses à outrance, c'est plus percussif, et puis j'adore ça, que ce soit musicalement ou sur le plan des paroles. J'aime volontairement exagérer des choses et les rendre plus tragiques. J'écoute beaucoup de chanson française, notamment Aznavour qui était très partisan de ça aussi, ou La Rue Kétanou... Cette manière de dire des choses banales mais d'avoir envie de les rendre graves. J'écris souvent "Merde" dans mes paroles par exemple, et je veux que ce merde-là il résonne ! Je l'harmonise à quatre voix, j'en fais un petit chœur... je veux que ce soit LE merde. 

L'expérience des lives pour toi est pénible physiquement mais l'est-elle aussi mentalement ? Est-ce quelque chose que tu regrettes de ne pas pouvoir faire plus souvent?
Ce n'est pas ce que je préfère, ça c'est sûr. Je suis plus un animal de studio qu'un animal de scène. On réenvisage d'en faire oui, mais ce serait un seul concert, puis on se retire deux ans. On voit plutôt ce genre de rythme. On n'en faisait pas tant que ça avant, peut-être quatre par an grand maximum, mais c'était déjà beaucoup trop pour moi et pas seulement physiquement. J'aime les choses qui durent, alors toute cette préparation, ce travail, pour un truc qui va durer une heure et dont je ne vais avoir que quelques vagues souvenirs dans le futur... ce n'est pas évident. Il y a des concerts qui sont mémorables pour moi, notamment le dernier, forcément, pour lequel je me rappelle de tout, mais pour certains plutôt random... je ne me souviens même pas d'à quoi pouvait ressembler le public depuis la scène ! On a déroulé notre plan et voilà. Ce n'est pas ce que je recherche. A une époque, j'ai pu un peu me forcer et je ne le regrette pas parce que j'avais besoin de savoir si ça me plaisait ou pas, de trouver mes limites... Mais maintenant, si on le refait, ce sera pour se faire kiffer à fond, pas pour autre chose. 

Tu as une communication plutôt discrète sur ta musique. Composes-tu avant tout pour toi, tes proches ? 
Oui, Nijmaa et moi, ça résume l'intégralité de Worhs et de son public ! On fait les choses pour nous, sans jamais de la vie nous demander si ça va plaire à X ou Y. On communique effectivement très peu, on n’est pas dans une logique expansionniste, on ne veut pas que le groupe devienne plus gros ou moins gros. Si dans vingt ans je suis toujours en train de faire des concerts devant quarante personnes et à faire des tirages de vingt-cinq exemplaires qui ne partent pas, c'est très très bien ! On n’a pas d'ambition là-dessus. C'est surtout pour nous faire kiffer. D'ailleurs quand on sort l'objet en physique, c'est parce qu'on a envie, nous, d'avoir le CD. On ne fait tout qu'en pensant à notre gueule, vraiment !

On souhaite à tous ceux qui le veulent de vivre de leur musique évidemment mais on te rejoint sur l'importance de garder une taille humaine sans quoi on y perd forcément un petit quelque chose, du moins en tant que public déjà, mais peut-être aussi une certaine liberté de l'autre côté. Vivre de votre musique, vous y avez pensé au début?
Oui c'est sûr.  Avant on avait plus une logique de groupe classique c'est pour ça qu'on essayait de faire plus de dates, de se mélanger, et de sociabiliser. Mais c'est pas pour moi. Je n'aime pas sociabiliser dans la scène, je n'aime pas trop faire des concerts comme je le disais... Plus les gens ont les yeux sur moi, moins bien je me porte. J'ai plus une volonté de me "réanonymiser", de moins montrer ma tronche et de faire mes trucs, tranquille. Ce n'est pas une concession mais une chose que l'on veut activement et dont on profite.

Malgré cette discrétion tu as quand même de bons retours sur ton art, comment les accueilles-tu?
Je vais peut-être paraître sans cœur mais la plupart du temps ça ne nous fait ni chaud ni froid. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. Je suis un peu aigrie. On aborde des thématiques ultra-personnelles, du coup on attire des réactions plutôt extrêmes. C'est assez fréquent que quelqu'un que je n'ai jamais vu de ma vie vienne me voir, et me dise "ça m'a fait trop du bien parce que…”, et là il me cite tout ce qui va mal dans sa vie ! Mais va faire ta musique aussi, je t'en supplie ! J'ai du mal a comprendre comment ma musique peut aider qui que ce soit et quand on me le dit, j'y crois moyen pour être honnête. Je suis convaincue que ça correspond à une période pendant laquelle on était présents dans la vie de la personne mais pendant laquelle surtout, elle a fait tout ce qu'il fallait pour aller mieux. Ce n'est pas nous, nous on a juste envoyer des mp3 tu vois. Après peut-être que j'ai aussi du mal à recevoir les compliments, je ne sais pas !

Avec ces nouvelles sorties prévues, envisages-tu d'étoffer ton merch qui peut être un moyen de faire vivre autrement ta musique à l'heure du "tout dématérialisé" ?
Je suis vraiment team physique, je me balade toujours avec mon lecteur CD parce que j'écoute de la musique tout le temps. J'aime avoir les CDs des autres en main, regarder le livret... c'est très important pour moi. Pour ce qui est du merch on en a fait un peu, on a encore des t-shirts, des patchs, mais je me vois mal faire d'autres choses parce qu'en effet, ça s'écoule beaucoup en concert et on en fait trop peu. Ça coûte trop cher à faire et ça va nous rester sur les bras. Par contre, tous les albums qui vont arriver ont une sortie physique de prévue.

Tu nous a parlé des difficultés que tu rencontres dans notre pays, qui a un système social défaillant auprès des personnes en marge, tu en parles aussi dans tes textes, veux-tu nous en parler de près ou de loin ?
C'est très généraliste ce que je vais dire mais plus on est en marge, pauvre, handicapé, ou marginal de manière générale, plus les administrations abusent de leur pouvoir. Elles nous mettent dans des situations vraiment humiliantes. Il a par exemple été admis il y a des années que je n'allais pas pouvoir reprendre un travail, je dois pourtant rester inscrite à Pôle Emploi pour des raisons obscures. Ça fait longtemps que je suis inscrite alors, bien qu'ils ne me donnent pas d'argent, ils me donnent des rendez-vous de cons où on est cinquante comme du bétail, avec quelqu'un qui nous parle comme à des débiles, pour nous apprendre à valoriser un métier, à nous mettre en avant, avec à la clé des contrats d'intérim pour faire des chantiers. Parfois je reçois des courriers qui, parce que j'ai été animatrice radio pendant dix ans, me proposent de faire du téléconseil pour Orange.

Le problème aussi est qu'ils coupent tous les canaux de communications parce que leurs décisions sont unilatérales. Si la CAF décide de ne plus te payer, c'est très dur de comprendre pourquoi et de trouver une solution rapidement. Ils s'en fichent, ils payent les arriérés dans plusieurs mois, mais moi en attendant je ne peux plus manger. Ou la banque qui te dit "bon, tu étais à découvert depuis trop longtemps, du coup on a pris toute la thune que tu avais, on a comblé le découvert et on a supprimé ta carte bancaire". Tu ne peux pas parler avec eux et leur expliquer ce qu'il se passe, ils s'en foutent de toi, c'est une discussion unilatérale. C'est très humiliant de sentir qu'on est la petite merde d'une administration et qu'on ne peut rien y faire. Tu finis par être obligée d’embaucher quelqu'un qui parle mieux que toi pour parler avec eux, c'est ahurissant. C'est l'un de mes plus grands sujets de révolte.

As-tu créé Mort Sur Musique, à la fois label et association qui organise des concerts, pour justement avoir ta petite bulle à toi ? Veux-tu nous en parler ?
La partie concerts est gérée par ma compagne Maëlle qui, elle, adore sociabiliser ! Je ne gère que la partie label. J'avais besoin d'avoir un univers à moi dans lequel c'est moi qui dicte les règles. Je suis plutôt une kiffeuse en musique alors je voulais avoir un label de kiffeuse. J'aime bien la personne, j'aime bien sa musique, hop ça part ! Je ne me pose pas la question de savoir qui fait quel style de musique. C'est très satisfaisant ! J'ai eu plusieurs labels comme ça dans ma vie, mais je sens que je suis enfin arrivée au bout de l'idée de ce que je voulais avoir. C'est très confortable, j'aime beaucoup ça. Après on est un très mauvais label en tant que label ! Bien qu'on ne fasse aucune marge (dès l'instant où l’on est remboursés, 100% de la marge va à l'artiste et ça me permet de dormir sur mes deux oreilles), on offre très peu de promotion, très peu d'opportunités de dates, très peu de contacts. On n'est pas un label qu'il faut venir voir pour grossir, ça ne sert à rien. On offre un tas de prestations en amont, qui vont de l'enregistrement, au mix, au master... Il peut aussi y avoir des shootings photos, des vidéos, des propositions de concepts, des livrets...

On aime bien accompagner les artistes là où ils ont besoin de nous. A la fin on scelle ça par une sortie physique, comme ça c'est notre CD à tous et on est tous contents. Ça permet vraiment de sceller un parcours. J'ai par exemple récemment fait le mix de l'album du groupe À Sa Perte. Je les suis depuis leur tout début, j'ai entendu leur première composition, j'étais même sur leur premier morceau, alors rendre une sortie physique possible, c'est trop bien. C'est un album qui nous appartient un peu à nous tous et Mort Sur Musique c'est l'endroit qui nous réunit.

C'est une approche très humaine !
Oui Je ne suis pas asociale en fait, j'ai juste beaucoup d'anxiété sociale et je n'aime pas parler à des inconnus ni à des gens dont je n'ai pas grand chose à foutre. Ça me fait accumuler du stress et après j'ai mal à la tête, ça me fait me sentir mal. Mais pour autant, je rencontre tout le temps des nouvelles personnes, et des nouveaux amis avec qui je travaille et avec qui je suis contente de faire des trucs ! J'essaye de ne pas voir plus de deux personnes par semaine et d'y aller mollo. J'ai un petit rythme !

Willow, on était obligés de finir en te demandant si tu avais un avis sur le projet de reboot abandonné de Buffy Contre les Vampires !
Ah bon ? Je ne savais pas qu'ils voulaient faire un reboot ! Ça me rassure que ça ait été abandonné, l'œuvre de base est tellement bien ! Mon pseudo n'a rien à voir par contre, c'est ça qui est fou. C'est une déformation de mon deadname qui a abouti là ! C'est mon surnom depuis que j'ai treize ans. Même les profs au collège m’appelaient Willow. Je n'ai pas utilisé mon deadname depuis tellement longtemps. J'ai découvert Buffy Contre Les Vampires après, avec grand plaisir.

As-tu quelque chose à rajouter dont tu voudrais nous parler ?
Oui, j'aimerais bien vous annoncer un peu officiellement les trois albums dont je vous parlais ! J'ai tellement souvent parlé de projets qui étaient trop lointains alors que cette fois c'est là, quoi ! Je peux le dire en sachant que ça va avoir lieu.

Pour une fois que quelqu'un répond oui !
Le premier est le remake du Temps Des Blasphèmes. On souhaite faire un remake total des trois premiers albums de Worhs, qui sont déjà bien en soi, mais on veut rebosser un peu dans cet univers. Le premier est donc fini entièrement, on a recomposé, réarrangé, re-tout ! Les paroles ont été bougées pour les rendre plus personnelles, je sais maintenant de quoi il parle ! On a eu aucun scrupule à remplacer certaines parties que l'on trouvait moyennes. Nijmaa n'avait jamais écouté le premier album de Worhs, il l'a découvert en le refaisant et maintenant il l'adore.

Le deuxième album qu'on est en train de finir s'appelle Heureuse Et Épanouie. Il part d'un langage assez jazz, avec des inspirations premières comme Magma, ou Michel Petrucciani, des trucs un peu nerveux, très rythmiques. Ce n'est pas strictement un album de jazz, ça part dans tous les sens comme souvent avec Worhs. C'est un album très cynique qui a une direction artistique qui est super, on en est très fiers. Il devrait sortir assez vite.

Le troisième s'appellera Funèbreries. C'est l'album qui parle de la mort de mon frère dont vous avez entendu des extraits lors de la Funèbre Nuit, notre dernier concert. Il reste à faire le mix et il sera prêt à sortir. Je ne connais pas encore les dates exactes mais il devrait y avoir environ deux mois d'intervalle entre chaque sortie.

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