Chronique | Holissstik - Chapter 1: This Endless Solitude

Pierre Sopor 18 août 2026

Dire des nouvelles explorations musicales de Tor-Helge Skei qu'elles sont "inclassables", ou tout autre expression équivalente, est un pléonasme : l'entendre faire muter Manes du black metal vers quelque chose de plus avant-gardiste et trip-hop nous avait déjà mis la puce à l'oreille. En voilà un pour qui faire de la musique s'accompagne d'une réflexion, d'une quête. Holissstik, son nouveau projet, en est une nouvelle fois la preuve. Il suffit de prendre le paradoxe qui nous saute aux yeux et aux oreilles dès le titre de l'album, The Endless Solitude, alors qu'une vingtaine d'artistes participent à l'aventure, réunis autour du "guide" qu'est Skei (on y croise ses complices dans Manes, comme Eivind Fjøseide, Torstein Parelius, Rune Hoemsne ou encore la chanteuse Anna Murphy, mais également Krys Denhez d'Ecr.Linf et Område ou Kristoffer Oustad de Plague Machinery et l'excellent projet de black metal industriel V:28).

L'approche est bel et bien holistique : chaque élément, ici, fait partie d'un tout, d'un ensemble, qu'il s'agisse des personnes impliquées ou des étiquettes musicales que Holissstik rassemble. Prenez par exemple The Rhythm of Silence : trip-hop fantomatique, quelques échos de guitare mélancoliques que ne renieraient pas Depeche Mode et, à mi-parcours, l'intervention du rappeur alsacien K-Rip. Le son se densifie, mute, évolue, couche par couche. Les différentes voix et sensibilités se mélangent en un geste alchimique alors que, titre après titre, Holissstik nous fait voyager de paysages abandonnés en ruines oubliées. 

En une pirouette d'équilibriste subtile, ce premier chapitre nous maintient dans son brouillard mystérieux et délicat où l'on devine pourtant bien l'intensité des spectres metal extrême ici ou là (My Salvation), ou une lourdeur doom hypnotique (Obsession Six, les incantations rituelles de Would You Take This Heart) qui ajoutent à la froideur des synthétiseurs (Oustad est crédité à ce poste sur la plupart des morceaux, saluons son travail tout en nuances) une touche organique viscérale.

C'est quand ses raffinements éthérés prennent une tournure plus sinistre que This Endless Solitude nous séduit, évidemment, le plus : le très beau cauchemar qu'est Reoccuring Dreams, avec son électronique lugubre et son brouillard de guitares qui rampent dans les ténèbres ou encore la menace inquiétante de Behind Me qui, avec son intensité et sa folie croissante, nous rappelle cette évidence : si vous souffrez de solitude, il y a peut-être des présences plus ou moins palpables en compagnie desquelles vous préfériez sûrement de pas vous retrouver… Là, la réalité cède place à des visions phantasmagoriques effrayantes, hallucinations possédées surréalistes du meilleur effet.

Holissstik, dans son approche affranchie de frontières stylistiques, mélange les lourdes ténèbres abyssales à des éclaircies en apesanteur, des contrastes qui forment un tout cohérent malgré le nombre d'artistes participant à cette veillée funèbre. Un album sur la solitude sans fin, certes, mais qui nous entoure d'une cohorte de spectres... profitons alors de leur compagnie comme il se doit !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe