Chronique | Horskh - MTNT

Pierre Sopor 23 septembre 2026

Horskh a trouvé le bon rythme de croisière : foncer à toute allure, emportant tout sur son passage. Deux ans et demi après BODY, leur nouvel album MTNT nous parle de mutations génétiques, sociales... et bien sûr sonores. Nos transformations au contact de la modernité et de la technologie : voilà une thématique cyberpunk comme on les aime, avec ce qu'il faut de body-horror futuriste, comme pour prolonger les thèmes de BODY. Mais cependant, un doute nous étouffe d'emblée : puisque, en dépit de toute logique, on continue d'entendre des gens prononcer "Horschque", comme si le H était placé n'importe où, on espère que ces dyslexiques n'iront pas appeler ce nouvel album TMNT au lieu de MTNT, bien que "BastienHeno" pourrait être un super nom de tortue ninja.

La recette, on la connaît par cœur. Horskh ça vite et fort avec son mélange electro-metal-grunge-indus viscéral. Les morceaux sont courts et accumulent les idées à la seconde. MTNT, avec ses dix titres, tient en moins d'une demi heure. Accrochez-vous, il faut suivre et ça commence, évidemment, très fort : Bad Glitch nous matraque la tronche, il y a des chœurs scandés, une mélodie mordantes qui s'installe en fond, des changements de rythme et les rugissements de Bastien Hennaut qui sont toujours aussi efficaces pour viser les tripes et balancer des tonnes de rage communicatives. Ce truc hybride, mutant, entre homme et machine est au cœur de la musique de Horskh, toujours aussi incarnée et chargée en émotions bien humaines qui jaillissent, spontanées, puissantes, comme autant de cris de rébellion, que ce soit via le chant, les soubresauts de rythmiques qui soudainement s'affranchissent de leur carcan autoritaire ou les mélodies qui font mouche tout de suite.

MTNT est un feu d'artifice... qui en doutait ? Ouragan de contrastes (la façon dont Glow, subitement, s'apesantit), et de surcharges de nos synapses (Twisted Flesh, sa frénésie et cette mélodie aliénante paniquée), MTNT rappelle constamment que malgré son orientation clubbing, la musique de Horskh mérite largement l'appellation "industrielle" tant elle dégage à la fois ce plaisir pour l'expérimentation et ce sentiment que les machines sont là pour dévorer notre chair avec un appétit Testuo-esque. Le trio, bien ancré dans son époque et résolument tourné vers l'avenir, ressuscite cependant ce que les années 90 savaient faire de mieux : sortir des tubes nihilistes méchants et crasseux où la technique est écrasée par l'authenticité des émotions, sans perdre de vue le sens de la chanson qui fait mouche. Eh bien, les 90's ont muté en ce monstre bizarroïde qu'est Horskh.

Ils nous avaient promis leur album le plus "aventureux, extrême, violent, mélodique, grunge et indus". Ils ne nous ont pas menti : ça part dans tous les sens avec une énergie folle, un plaisir pour les explorations déviantes (Strange Game, sorte de mutation chelou d'un rock alternatif des années 90 à la sauce cyber, très malin, ou l'autotune de The Party is Over et ses influences trap bien dark, comme des restes de PØGØ, surprend avec sa mélancolie et sa touche cinématographique). Horskh n'a jamais été aussi percutant, on se dit que ce n'est pas pour rien si le visage sur la pochette voit rouge ! C'est surtout d'une efficacité imparable du début à la fin, chaque morceau étant un rouleau compresseur au potentiel d'hymne, une succession de classiques instantanés (Hyperhuman, l'agressivité de Target Fades, Quicksand : c'est le coup de foudre dès la première décharge). 

Ce n'est pas seulement leur plus aventureux, c'est aussi leur plus irrésistible et leur plus constant, celui dont jamais la fougue ne semble s'épuiser, jouissif du début à la fin. Horskh a toujours eu le truc pour faire convulser nuques et popotins. Avec le temps, leur maîtrise s'affine et MTNT force le respect avec sa capacité à nous capter en une poignée de secondes tout en réussissant à faire tenir autant d'idées en si peu de temps. En cela, c'est un modèle d'écriture : riche, fou, foisonnant et pourtant d'une précision redoutable, il est à la fois d'une singularité unique et d'un attrait immédiat. En voilà encore un qui risque de tourner en boucle avec la certitude qu'à force la musique nous fera muter nous aussi.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe