Chronique | Hypno5e - Trame Noire

Maxine 2 novembre 2026

Tous les albums d' Hypno5e s'apparentent à de riches écrins musicaux contenant diverses trames littéraires, qu'il vaut mieux écouter d'une traite et dans l'ordre pour en apprécier le découpage et l'évolution narrative. Il parait que les artistes racontent toujours la même histoire. Si cela est vrai, elle est au service d'une forme différente à chaque fois. En l'occurrence, celle de Trame Noire est changeante, plus mobile, fragile aussi, et plus sombre que celle de son précédent Shéol.

Trame Noire, un écrin mais surtout un petit écosystème faisant office de paysage. D'abord étranger, changeant, puis finissant par ressembler aux méandres intérieurs du personnage, acteur et spectateur de son propre tableau qu'il peint au fur et à mesure qu'il chemine parmi ses propres fantômes. Ici, un battement d'aile peut tout changer. Une feuille tombe, un souvenir ressurgit, et ce qui cristallise une peur à l'ombre d'une étrange branche bosselée se révèle une consolation aux lueurs blafardes mais brillantes de la lune. Les formes, les sons, les changements de lumières, tout est doute et adaptation, découvertes et mystère.

La musique de Trame Noire se tisse au fur et à mesure que ce paysage insaisissable évolue, si bien que l'on ne sait plus vraiment lequel est à l'origine de l'autre. Les premières notes de piano de Lost Fires, gouttes de pluie fragiles mais audacieuses, ouvrent le rideau sur ce décor avec élégance. La partition est déjà imprévisible. A l'image du protagoniste, nous sommes initialement désorientés. Perdus parmi ces instruments, monstres délicats mais gigantesques, en constante mutation. Les guitares, prodigieuses et dansantes, semblent se structurer suivant le souffle inconstant d'un vent puissant. La voix oscille entre chant clair et cris désespérés tandis que la batterie, parfois en retrait, souvent écrasante, crée un squelette protéiforme vivant servant de repère, structurant parfaitement l'œuvre. Un labyrinthe brumeux fait de mirages nocturnes aux murs invisibles, dans lequel l'imprévisibilité devient finalement notre repère. Elle devient séduisante, indispensable. Un tourbillon qui trouve son apogée avec Molecular Angel, dense, court, percutant, morceau central et point de bascule de l'album et de l'environnement qu'il illustre.

Les morceaux de Trame Noire forment des ombres indomptables que l'on finit par embrasser comme faisant partie intégrante de notre paysage actuel à nous, celui qui finira par appartenir au passé. Après les avoir tantôt pourchassées tantôt fuies, nous pouvons chercher dans ces ombres nos propres fantômes et les enlacer, cendres d'un passé qui ne sera plus jamais. C'est ce qui les rend si énigmatiques et changeantes, mais surtout, si attachantes. C'est aussi ce qui rend Trame Noire, le morceau éponyme, si beau. Les accords d'un harmonium délicat tombent sur un final hanté mais apprivoisé, même s'il reste teinté de mélancolie. "L'aube disperse sur la forêt quelques lambeaux de nuit " nous dit une voix, et puis, dans une lueur d'espoir, le soleil se lève.

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