Fame Fatale, le jeu de mot servant de titre au deuxième album de NER\OGRIS, plante déjà un décor thématique : la surexposition via les réseaux sociaux et tous les travers de cet univers numérique qui, finalement, nous mènent à notre extinction. Gratification immédiate, haine en ligne, addiction, rapport à sa propre image et sa "popularité" mais aussi surtout l'omniprésence de la désinformation dans ce qui devrait être un puits de connaissance : voici les ingrédients qui nourrissent les observations de Fame Fatale.
La musique du duo est aussi construite sur des tensions paradoxales entre influences dark electro old-school et envie de modernité, traces de vie analogiques pour insuffler un esprit à la froideur numérique, ainsi qu'une envie de choses pop, lisses, faciles à aimer autant que de dureté industrielle. L'introduction Calls, avec ses percussions organiques dépaysantes, préparait le terrain en brouillant les pistes avec son association de textures et esthétiques radicalement opposés et l'importance de sa mélodie. Comme le dit le kit presse : Skinny Puppy rencontre Frankie Goes to Hollywood.
Soyons sérieux deux minutes : à l'écoute de Fame Fatale, on pense quand même plus souvent aux pionniers de Vancouver. Et plus que les cauchemars de Nivek Ogre, cEvin Key et Dwayne Goettel, c'est surtout la précision mécanique de Frontline Assembly qui saute aux oreilles, mêlé à cette capacité à ce que des "morceaux" deviennent des chansons, à la structure facile à assimiler et aux refrains que l'on retient. Depuis I Am the Shadow - I Am the Light sorti en 2023, Kai Neugebauer, alias KaiN (compositeur), et Tino Claus, alias TinoC (en charge des paroles) ont peaufiné leur recette. Antithese en est l'illustration : NER\OGRIS est plus agressif alors que le son a gagné en puissance et que le chant prend plus de place.
Fame Fatale est une succession de titres intenses où diverses émotions nous sont crachées aux tympans par les grognements amers de TinoC. Conscient de ses influences EBM et industrielles, l'album est également d'une modernité bien actuelle (on est plus proches, par exemple, des travaux de 2nd Face que du fétichisme psychédélique de Fïx8:Sëd8).
En plus des moments rentre-dedans comme A View et la Hora el Ganador qui nous restent en tête, on savoure les petites touches plus atmosphériques comme les nappes d'Unter Menschen, la mélancolie de Glowing in the Dark, l'espèce de clavecin sinistre de Dulcimer... et surtout Graves, qui, en milieu d'album, sert de parenthèse hantée introduite par la voix de Vincent Price dans La Tombe de Ligeia, touche gothique que l'on apprécie toujours !
Fame Fatale ne manque ni de corps ni d'âme. Constat amer et pessimiste, il associe fantômes et machines, rage et mélancolie, froideur déshumanisée et sursaut incarnés. NER\OGRIS s'y montre plus aventureux, plus complet et plus ambitieux, capable d'imposer sa personnalité tout en faisant preuve d'efficacité et de précision redoutable : la matière est riche mais vos popotins en valideront également la teneur dansante !