MOAAN EXIS : parpaings et spiritualité

Interview | MOAAN EXIS : parpaings et spiritualité

Pierre Sopor 10 décembre 2019 Pierre Sopor

Il est facile de ne retenir de MOAAN EXIS que la puissance sauvage de l'assaut. La techno tribale de Mathieu Caudron est en effet d'une intensité rare et les performances live appuyées par la batterie de Xavier Guionie ne laissent pas indemnes. Pourtant, MOAAN EXIS a toujours développé une subtilité et des nuances, construisant petit à petit un univers fascinant et mystique auquel un nouvel élément est venu se greffer : la voix. Avec Postmodern Therapy, le deuxième album du duo, Mathieu Caudron pose pour la première fois ses mots sur ses compositions et embrasse une position de frontman qui lui va très bien, faisant évoluer MOAAN EXIS vers de nouvelles sphères. Nous sommes allées lui tirer quelques mots supplémentaires histoire de faire le point sur son actualité chargée, entre des concerts qui s'enchaînent, un futur qui se dessine à l'horizon et la fin du label Audiotrauma, qui jusque là sortait les albums de MOAAN EXIS.

Parlons de Postmodern Therapy : comment le présenterais-tu, par rapport à Transcendence ?
Plus intense, plus énergique, plus personnel, plus rageux. Je suis resté dans le même état d'esprit que les précédentes productions, mais avec une vision plus large sur la progression artistique de MOAAN EXIS, ajouter ma propre voix au projet et décharger toujours plus d'énergie dans les compositions... MOAAN EXIS n'est plus qu'un projet electro instrumentale. Disons que l'apport de la voix rajoute une large palette de possibilités. De mon point de vue c'est un album qui s'apprécie surtout en live.

Tu chantes désormais dans MOAAN EXIS. Comment est venu ce choix ? Est-ce que ça a été facile ?
Ça me trottait dans la tête depuis la sortie de Transcendence, quelques personnes après nos lives m'ont fait remarquer que ce qui nous manquait c'était de la voix. À ce moment là, je ne me suis pas spécialement senti limité artistiquement de ne pas utiliser de la voix, mais j'ai vite pris en compte les possibilités que cela pouvait apporter. Alors j'ai passé le cap en prenant trois, quatre cours de chant. N'étant pas de nature à prendre facilement la parole dans la vie courante, je me suis lancé avec un peu d'appréhension, mais après un premier essai live au Petit Bain en févrierer 2019, pour la release party de SHAÂRGHOT, j'ai senti que ça allait bien le faire !

J'imagine que ça change des choses pour toi, notamment en live, au niveau de la proximité avec le public.
Avant, sur les gros passage séquencés je pouvais me permettre de lâcher mon controller pour sauter partout sur scène, maintenant que j'ai un micro c'est encore plus facile et fréquent. J'aime beaucoup la proximité du public quand je suis sur scène.

Du coup, tu dois écrire des paroles. As-tu des thèmes qui te tiennent à cœur, ou utilises-tu la voix comme un instrument parmi d'autres sans forcément te soucier du texte ?
Pour pouvoir balancer de l’énergie en enregistrement comme en live sur des paroles, je pense qu'il faut qu'elles tiennent à cœur, ce qui est le cas pour moi. Les thèmes les plus souvent abordés sont la révolte et la spiritualité (hors du sens religieux), d'une manière subjective, métaphorique et parfois contradictoire, mais tout en restant accessible, et j'aime à savoir que si une personne s’intéresse à mes paroles elle pourrait en retirer quelque chose.

Le clip de Witness est impressionnant. Tu voulais raconter quelque chose de précis ? Comment s'est passé le tournage ?
On l'a tourné en 5 jours d'affilés, sur un rythme très soutenu. Le matériel et les caméramans n'étaient pas dispo plus longtemps, on était une équipe de trois, ça a été éprouvant. C'était mon premier clip en tant que réalisateur et c'était une très bonne expérience, enrichissante. Emmanuelle Alaitru et Arnaud Gaudelle (caméraman, éclairagiste) ont beaucoup donné et fait de très bonnes propositions ainsi que ma sœur Mélanie Caudron en montage. Les scènes ont été filmées sur Toulouse et sa périphérie les trois premiers jours, puis nous sommes partis un matin tôt pour le désert des Bardénas, au nord de l'Espagne, et le dernier jour sur une dune de la côte landaise.
Il n'y a pas de récit particulier dans ce clip, j'ai souhaitais faire une critique sociale, d'une manière où chacun puisse avoir son interprétation. Les thèmes abordés sont le déni, l'asservissement, la surconsommation, la résurgence du païen, une future suprématie féminine... certains thèmes ont dévié lors du tournage. Le résultat est quelques chose de plutôt contemplatif.

J'ai le sentiment que ta musique a beau être peut-être plus agressive qu'avant, elle est aussi plus mystique. Était-ce ton but ?
Tout a fait, j'aime beaucoup cette idée de mélanger des sons hyper intenses, genre bass music très saturée, avec d'autres sons ou thèmes qu'on pourrait utiliser pour par exemple faire de la méditation ou se relaxer, de pouvoir se retrouver dans divers états émotionnels quand on écoute ma musique. Et c'est d'autant plus appuyé par l'énergie qu'on essaye de dégager en live.

Vous avez des concerts de plus en plus réguliers... Tu penses qu'avoir du chant aide à trouver des dates, ou juste que les programmateurs commencent à vous connaitre ?
Je pense qu'il est encore trop tôt pour dire que l'arrivée du chant nous aide a trouver des dates, on commence à se faire une petite place et ça va aller de mieux en mieux. Il y a toujours une latence entre le moment où tu sors quelques chose de nouveau et le moment où la réponse se fait sentir. Quoi qu'il en soit, l'arrivée du chant devrait permettre de toucher un public plus large et certainement d'être mieux considéré comme un "groupe" plutôt qu'un "Dj avec un batteur".

MOAAN EXIS a toujours eu un univers assez fort, avec notamment les images que tu projetais par le passé, mais j'ai l'impression que tu as approfondi votre visuel, avec le clip ou les peintures sur Xavier et toi...
Oui, une des prochaines étapes pour nous sera de développer la scénographie. J'ai quelques idées en tête que je ne vais pas tarder a exploiter, début 2020. Depuis le mois de septembre 2019, on a un light show bien carré sur nos sets, avec des effets bien particuliers qui viennent appuyer cette évolution visuelle.

Vous allez jouer à l'Audiotrauma fest à Prague en mars pour sa toute dernière édition, le label s'arrêtant. J'imagine que ça va être une date spéciale pour tout le monde...
Le line-up s'annonce très intense, ça devrait être une sacrément belle édition de clôture, bien que l'issue soit triste, le pilier de la musique industrielle française rendant les armes. En tout cas, on les remercie énormément pour ce qu'ils ont fait pendant toutes ces années, sans Audiotrauma on ne serait pas là où on en est aujourd'hui. On espère que la passion restera dans la famille indus française et européenne, et peut-être que ça donnera naissance à quelques chose de nouveau...

As-tu déjà commencé à travailler sur la suite de Postmodern Therapy ? Si oui, que peux-tu nous en dire ? Vas-tu chercher un nouveau label ou bosser en indépendant ?
On a déjà quelques nouveaux morceaux de prêts, dont deux qui sont inclus dans notre set actuel. On est en pleine réflexion sur comment on va sortir notre prochaine release.

J'ai le sentiment que MOAAN EXIS a vraiment pris une nouvelle dimension, à la fois musicalement et sur scène, et a désormais le potentiel de toucher un public plus large. Partages-tu ce sentiment ?
On est de plus en plus a l'aise sur les compositions, comme en live, avec un nouveau show lights qui fonctionne à merveille. Le tout est très positif et ce qu'on veut c'est jouer live au maximum et partout, tout en se respectant artistiquement. Si beaucoup de gens se mettent à apprécier et à soutenir MOAAN EXIS ça sera super, et on fait tout ce qu'on peut pour nous développer au maximum... Mais sinon tant pis, le principal c'est qu'on continue à prendre notre pied !

La photo qui sert à illustrer l'article est signée Lionel Pesqué.