Lucky Striker 201 : De la liberté d'entreprendre

Interview | Lucky Striker 201 : De la liberté d'entreprendre

Erick 16 août 2006 Erick et Pierre Sopor

LUCKY STRIKER 201 nous est apparu pour la première fois à travers leur première démo 'Cosmognosis' nommée 'A Liquid-Blue Quest'. A ce moment là, Caedes Akirohan travaillait seul sur son projet musical. D'ores et déjà la musique de Lucky Striker 201 était annoncée comme un projet que tous espéraient bien voir grandir, cependant il a fallu attendre cinq longues années avant de retrouver une vraie formation où se sont ajoutés deux musiciens : Sylvicious (drums) et WBR (bass - guitare), proposant leur premier album en téléchargement entièrement gratuit. Après un succès incontestable, voilà le moment de revenir sur certains aspects de sa naissance.

Pour commencer, d'où vient le nom du groupe ?
Caedes : Je voulais trouver un nom de groupe un peu original et apparemment ça a marché vu le nombre de gens qui s'interrogent. Je cherchais un nom qui renverrait au concept d'addiction qui me touche particulièrement (d'où le "lucky striker" qui n'est pas trop mystérieux). Pour le 201, c'est quelque chose de plutôt personnel que j'aime garder pour moi, pour deux raisons : d'abord, j'aime bien le fait qu'une partie du nom ne soit pas rendue public, ça me donne l'impression que le groupe ne m'échappe pas totalement ; et ensuite, les gens qui me rencontrent ont tous une petite idée et me la font partager. Je crois que seulement une personne a trouvé jusqu'à ce jour, mais je me suis bien garder de le lui dire. De toute façon, toutes les interprétations sont bonnes. Enfin, surtout la mienne (rires).

Peux-tu nous raconter l'évolution du groupe ?
Caedes : J'ai démarré LS201 dans l'idée qu'il n'y aurait jamais d'autres membres. Je sortais d'un split avec mon ancien groupe et ça m'avait profondément marqué. Mais au fil du temps, j'ai rencontré des personnes qui comprenaient ce que je faisais et qui étaient vraiment motivées. Sylvicious, notamment, m'a harcelé pendant six mois avant de rentrer dans le groupe. WBR est venu plus tard. On l'a choisi parce qu'il était talentueux, motivé et qu'il acceptait mon caractère pourri. Et parce qu'il finissait les fonds de bière, ce qui est toujours sympa, surtout du point de vue du développement durable et du respect de l'environnement.

Le groupe a autoproduit son premier album, qu'est ce qui a motivé ton choix de le proposer en téléchargement gratuit sur votre site web ?
Caedes : Le système actuel est complètement bancal : les labels tiennent les groupes par les couilles, les journalistes tiennent les labels par les couilles, les publicitaires tiennent les journalistes par les couilles et en fin de compte, ce sont les publicitaires qui décident si un groupe doit être signé ou non. Tout ça n'est qu'une vague histoire de couilles en somme. En distribuant notre album gratuitement, on touche un nombre de gens infiniment plus grand que si on avait signé sur un petit label qui aurait tiré notre CD à 1.000 exemplaires. Et on est plus libre que si on avait signé sur un gros label qui aurait tiré notre CD à 100.000 exemplaires. Rappelons l'anecdote de la major qui a voulu modifier certains morceaux et ré-enregistrer nos paroles en français. Non merci.

Je suppose qu'un groupe qui s'autoproduit rencontre pas mal de problèmes. Tu peux nous parler un peu de l'ensemble de difficultés que tu as rencontrées depuis les débuts de LS201 ?
Caedes : Des difficultés ? Non, je vois pas. A part passer son temps à graver des CDs pour des webzines trop paresseux pour télécharger l'album, acheter des enveloppes, coller des timbres, chercher des adresses sur le net, harceler les gens pour faire des concerts, effacer les spams sur le forum, s'occuper de notre page Myspace, mettre à jour le site, envoyer des dizaines de mails par jour, perdre de l'argent à chaque concert, dormir dans la voiture sur des aires d'autoroute, manger des raviolis en boîte après avoir fait des balances de 10 minutes pour laisser la place à la tête d'affiche, franchement, je vois pas. D'un autre côté, quand on reçoit des mails de félicitations ou d'encouragements, quand on voit toutes les personnes inscrites sur les forums et quand on découvre qu'au fin fond du Venezuela un mec écoute notre album en boucle, je peux te dire que ça efface tous ces côtés pénibles, vraiment.

Quelles sont tes sources d'inspirations ?
Caedes : Je vais juste dire que tout ce que je vois ou ce que j'entends est susceptible de m'inspirer. Si je te dis que cette semaine, l'avatar d'un membre du forum LS201 m'a inspiré une partie des paroles d'un prochain morceau, tu me crois ?

Quel jugement portes-tu sur la scène underground française ?
Caedes : C'est quoi une scène ? C'est quoi underground ? C'est quoi française ? C'est quoi un jugement ?

Tu peux nous parler de tes ambitions concernant le groupe et des moyens que tu comptes utiliser pour y parvenir ?
Caedes : Un passage à Paris est envisagé. Une tournée est envisageable. Pour les ambitions, essayer de faire télécharger l'album à un maximum de personnes, évidemment. Continuer le harcèlement. D'un autre côté, je me pose beaucoup de questions en ce moment. Quand je me dis qu'un album tiré à 100.000 exemplaires n'est en fin de compte écouté que par 0,002% de la population mondiale vivante (c'est-à-dire que 99,998% n'en ont rien à foutre), ça me rappelle que finalement tout est une question de degré. Surtout que, parmi tous les albums tirés à 100.000 exemplaires, 99,99% seront totalement oubliés dans un siècle. Alors, je crois que je vais me contenter de faire de la musique, d'exprimer ce que je ressens et que je vais laisser les gens décider si ça leur apporte quelque chose ou non.

Pour finir, t'aurais pas une petite info exclue ?
Caedes : Akirohan est, à une lettre près, l'anagramme de mon nom de famille additionné à un mot anglais. Heureux ? Non ? Tant pis alors.

Interview réalisée le 16 août 2006 par Erick et Pierre Sopor