HERRSCHAFT : la Bête et les idiots

Interview | HERRSCHAFT : la Bête et les idiots

Pierre Sopor 17 juin 2019 Pierre Sopor

En une quinzaine d'années, le groupe de metal industriel parisien HERRSCHAFT a acquis un statut de formation culte, notamment grâce à une forte présence sur scène ces derniers temps. Pourtant, avec un rythme d'un album tous les 5/6 ans, on peut aussi dire que la bande se fait rare. Le Festin du Lion marque un retour après une restructuration complète du groupe autour de ses membres fondateurs Zoé (guitare) et Max (ex-batteur devenu chanteur). Les deux musiciens ont pris le temps de chaleureusement répondre avec humour et honnêteté à nos nombreuses questions.

Commençons par parler de votre nouvel album, Le Festin du Lion. Comment le présenteriez-vous ?
Zoé : Comme une suite logique ainsi qu'un renouveau du groupe. Déjà, on a à nouveau choisi un titre en français... Il y a même certaines chutes studio des 12 Vertiges qui ont fini sur Le Festin du Lion, bien retravaillées certes, mais qui ont servi de point de départ. Et puis un renouveau parce que la structure du groupe a évolué, mais le noyau reste le même puisque Max et moi sommes là depuis le début.
Max : Une fois qu'on a trouvé notre deuxième souffle, on est repartis sur la suite de ce qu'on savait et voulait faire. Du coup, je n'ai pas l'impression qu'on révolutionne quoi que ce soit au niveau musical, on continue avec notre style et nos idées, mais on en a profité pour changer certaines touches, certaines saveurs et surtout recréer totalement le visuel du groupe, aussi bien sur scène que notre imagerie en général. On repart aussi sur un fond un peu différent : on est toujours sur la critique de l'humain, mais en plus goguenard et à la limite du grotesque. C'est moins triste que Les 12 Vertiges mais plus brutal, plus cynique.

Pourquoi ce choix à nouveau d'un titre en français alors que vos paroles ne le sont pas ?
Max : Ce n'était pas notre volonté au départ. Il n'y a qu'une seule chanson en français, comme dans la plupart de nos albums. On se veut internationaux en chantant en anglais, mais on s'octroie parfois le droit de faire une sorte de petit bonus dans notre langue. Ça fait deux fois qu'on a du mal à trouver un titre qui nous plaise vraiment, et deux fois que le français revient avec un sens très particulier. Je pense qu'une fois qu'on a eu le visuel de l'album, qu'on avait tous les morceaux et l'histoire à raconter, ce morceau s'est imposé naturellement, Le Festin du Lion. J'espère qu'on n'a pas eu tort. On verra bien.

Pourquoi ce morceau est-il particulier ?
Max : Ludo, notre ancien chanteur, savait bien qu'on travaillait en anglais mais il venait régulièrement vers nous pour proposer un morceau qu'il voulait chanter en français. Ça a toujours été des morceaux assez spéciaux dans le cursus d'HERRSCHAFT et c'est bien de parfois tester nos liens avec la chanson française mais sans en faire. Après le départ de Ludo, cet héritage est resté. Quand j'ai eu le concept du morceau, j'ai commencé à écrire les paroles en anglais mais très vite j'ai réalisé que non, ça ne le faisait pas. C'est une chanson très sale et je trouve que seule notre langue pouvait lui rendre ce côté cradingue comme il le fallait. Alors merci à Ludo d'avoir donné cette idée !

Le Festin du Lion a mis six ans à sortir. Cinq ans séparaient vos deux albums précédents. Comment en venez-vous à prendre autant de temps ?
Max : Je pense qu'il y a plusieurs facteurs à considérer. Cette restructuration du groupe, déjà. Après Les 12 Vertiges et après quelques concerts, on a eu cette petite "crise" de réorganisation qui nous a pris un peu de temps, malheureusement. Après ça, c'est vrai qu'il y a eu un petit moment de doutes, il a fallu choisir ce qu'on avait envie de faire et ça a bien pris un ou deux ans pour avoir de nouvelles bases. À chaque fois qu'on sort d'un album, on a envie de faire une petite pause mais on se dit "allez, faut qu'on s'y remette, on ne mettra pas cinq ans cette fois !". 
Zoé : Au final, on a quand même mis six ans !
Max : On a aussi la chance d'être totalement autonomes dans la manière dont on compose notre musique. C'est un grand luxe : Zoé a tout ce qu'il faut dans son studio pour permettre à HERRSCHAFT d'avoir son entière indépendance, du début jusqu'à la fin d'un album. Le désavantage avec tout ça, c'est qu'effectivement ça devient un peu plus dur de s'organiser pour créer notre musique. 
Zoé : Il faut qu'on essaye de s'imposer un agenda : comme on décide tout nous-même, on a aucune pression non plus. 
Max : En plus, notre manière de travailler est parcellaire : on s'est habitués à travailler les morceaux petite brique par petite brique plutôt que de tout écrire et enchaîner avec trois semaines de studio. On fait de nombreux allers-retours entre nous, on remet beaucoup de choses en question. Comme le disait Zoé, plusieurs morceaux de cet album existaient virtuellement depuis longtemps et ont vécu, ont été ressassés, retravaillés, changés... On est tellement heureux de faire les choses de cette façon qu'on est prêts à en assumer les conséquences. Et puis, il y a les impératifs du quotidien. Voilà. Tout ça mis bout à bout explique que même si on fait de notre mieux, on ne peut pas descendre en dessous de tels délais. 

Tu parlais d'en assumer les conséquences. Quelles conséquences observes-tu à sortir un album tous les cinq ou six ans ?
Max : On sait ce qu'on gagne et ce qu'on perd en assumant ce choix délibéré. Forcément, à chaque album, il y a des gens qui se demandent d'où on sort. On doit reconquérir tout un terrain, tout un public qui ne nous attend pas ou plus. 
Zoé : On n'occupe pas du tout l'espace. Si on sortait des choses tous les six mois, on aurait peut-être une trajectoire de groupe bien différente. 
Max : On nous a même dit qu'on devrait changer de nom, "tuer" HERRSCHAFT pour commencer avec une nouvelle identité. Peut-être que si on avait mis fin au groupe, des gens en parleraient en bien aujourd'hui !

Justement, est-ce qu'à un moment vous avez envisagé de mettre fin à HERRSCHAFT ? Comment en êtes-vous venus à mettre Max, ancien batteur, au chant ?
Zoé : Honnêtement, ça s'est fait plutôt vite. On n'a pas pensé arrêter ce projet.
Max : Quand on a décidé que je serai chanteur, je n'étais déjà plus batteur. On avait pris ensemble la décision de me virer du groupe pour des raisons techniques : je n'étais pas assez bon pour nos besoins ! C'est marrant, parce que comme je fais partie des créateurs de HERRSCHAFT et de son essence, on m'a dit "on peut te virer, mais va falloir te trouver un faux poste pour t'occuper"...

Un faux poste, genre le chant ?
Zoé : Il ne tourne pas du tout ça comme je le voudrais ! Avant même la sortie des 12 Vertiges, Max avait aussi la volonté de se mettre plus en retrait pour des raisons de disponibilités... Il ne voulait plus forcément faire partie du line-up live à chaque fois, mais on savait pertinemment tous les deux qu'il continuerait à faire partie du groupe, en studio, dans la composition, le background... Dans HERRSCHAFT, il y a différents intervenants qui sont présents sur chaque album mais pas forcément sur scène, comme Jessy de SYNDRO-SYS par exemple. Un peu à la manière de LAIBACH et du NSK. On a toujours fait ça ensemble depuis 2004 / 2005 et il n'était pas question de changer. Max a même pris le synthé pour une date à Petit Bain, à l'époque. Ensuite, Les 12 Vertiges est sorti, on a fait bande à part avec Ludo, notre chanteur de l'époque, on s'est de nouveau retrouvés tous les deux et ça le titillait depuis un moment de chanter.
Max : Il n'a jamais été question d'arrêter de faire de la musique ensemble. Sous quelle forme, on ne le savait pas forcément. Comme on avait commencé ce schéma un peu polymorphe de collectif où on attribue des places là où on en a besoin, on s'est dit "et si on tentait quelque-chose au chant ?". 

Et ça a été dur pour toi, Max, de te mettre à chanter ?
Max : Et comment ! Savoir ce qu'on fait au niveau du chant nous a pris une bonne année de travail, de prises de cours avec Jessy notamment qui a été mon coach vocal... Il fallait voir ce qu'on pouvait tenter, les tessitures sur lesquelles je pouvais jouer qui n'ont rien à voir avec celles de Ludo, et savoir si c'était vraiment le bon choix de changer autant. Mais l'envie de jouer ensemble était tellement forte, l'engouement de tester une nouvelle formule était tel, une énergie et un lien très forts se sont créés dans le nouveau line-up live avec Liv à la batterie et Dany à la basse, et puis il y a eu ce renouveau avec le clip de How Real Men Do : tous les indicateurs montraient que c'était bon, on allait se marrer ! C'est là qu'on est entrée dans une nouvelle ère où on était vraiment contents de jouer tous ensemble. 

Donc si vous avez autant de guests sur l'album, ce n'est pas pour essayer de cacher ton chant ?
Max : C'est gentil ça, merci !
Zoé : Oui, dis-donc, merci pour l'interview, hein, c'est bon, on a fini, on va pouvoir se barrer !
Max : Non, plus sérieusement, les guests c'est vraiment cette notion de communauté qui est importante pour nous. J'adorerais faire partie d'un gros collectif musical où on échange des idées... On a plusieurs amis qui nous suivent depuis longtemps, des gens dont on adore le travail et avec qui on adore collaborer. Il y a Jessy, bien sûr, mais aussi Baptise Bertrand de öOoOoOoOo (CHENILLE), Dany, Etienne de SHAÂRGHOT...
Zoé : Ce sont les gens qu'on entend sur l'album, mais il y a aussi tout ce qui est autour. Par exemple, ma copine Marion fait tous les designs des t-shirts et nous aide à faire plein de choses au niveau visuel qu'on ne pourrait pas faire sans elle. En plus de son amour indéfectible !
Max : Voilà, ça nous a toujours tenu à cœur d'avoir une petite troupe d'artistes qui nous tiennent à cœur. Ce n'est absolument pas pour cacher mon chant, dont je suis très fier !

Quand on écoute Le Festin du Lion, on est toujours surpris par une idée, une direction nouvelle à chaque morceau. Comment s'est passé sa composition ?
Max : Le fait qu'on compose nos morceaux par petites briques nous permet de revenir dessus et du coup ça nous permet de dire "tiens, ce morceau là, il est pas mal... Mais il faudrait des moines qui chantent !". 
Zoé : C'est quelque chose qui n'a pas changé depuis le premier EP, ça peut partir de n'importe quoi, un riff de guitare, une boucle de batterie... L'un de nous l'envoie à l'autre qui va dire "c'est vachement bien ton truc, mais j'entends vraiment des moines qui chantent dessus". Alors là, le premier va répondre "mais de quoi tu me parles ? Non, ça va pas !", alors on se bat beaucoup et au final on se retrouve à ajouter des petits trucs. À chaque fois, on se dit que c'est une idée à la con mais que ça va le faire.
Max : On s'était même mis un défi avec Zoé dans la composition des morceaux...
Zoé : Oui, on avait une charte pour cet album ! On avait décidé qu'il y aurait quatre points à suivre. Sur chaque morceau, il fallait un riff qui poutre, une nouvelle idée... Je ne sais plus trop ce qu'étaient les autres, mais il fallait une nouvelle idée par morceau.
Max : Si c'est pour refaire la même chose à chaque fois, ce n'est pas la peine. Il nous fallait des trucs qu'on n'a pas déjà faits, d'où les moines qui arrivent !

Et ces chœurs sur TechnoSatan, ce ne sont pas des moines !
Max : Il y a ma fille et la fille d'un couple d'amis. C'était très marrant d'enregistrer en studio, parce qu'on avait ces petites gamines de six et sept ans à qui on demandait de chanter dans le micro "Saaaataaan" ! C'était très marrant. 

Est-ce qu'il y a un ou deux titres sur lesquels vous voulez revenir en particulier ?
Max : Non, c'est de la merde, très clairement, donc on préfère ne plus en parler ! N'écoutez pas cet album !
Zoé : C'est plutôt à toi à la rigueur de nous dire parce que moi je suis plutôt fier de tous les titres.

J'ai trouvé très courageux le fait de finir sur Hate Me, qui ne ressemble à rien de ce que vous faites d'habitude. Vous pouvez nous parler de ce choix ?
Zoé : Pendant un moment j'ai cru que t'allais juste dire "qui ne ressemble à rien", j'ai eu peur ! 
Max : Hate Me, depuis le départ, on savait que ça allait être un carton. On savait exactement ce qu'on voulait dessus et j'ai assez vite été persuadé que ce n'était pas moi qu'il fallait au chant. On a écrit le morceau et ses paroles mais on souhaitait des interprètes différents. On a pensé à Jessy, et en entendant la voix de Dany on l'a aussi voulu tout de suite. 
Zoé : Il ne sort que maintenant, mais c'est un assez vieux morceau qui date de 2014 je crois. Avant que Dany ne lance JE T'AIME, donc ça n'y est même pas particulièrement lié.
Max : Ce titre vient justement peut-être de ce moment de doute où on se demandait quoi faire après s'être séparés de Ludo. Dans nos hypothèses envisageables, il y avait l'idée de monter un groupe d'electro / coldwave tous les deux. Il augure peut-être d'une autre initiative ou d'un futur potentiel... Qu'est ce qui va se passer après Le Festin du Lion ? On ne sait pas nous-même, mais justement, peut-être que ce sera ça. 
Zoé : Oui, c'était un peu une façon de montrer ce que pourrait être HERRSCHAFT si on arrêtait le metal pour s'orienter vers une sorte de dark electro. 
Max : Je pense que plein de gens vont nous demander ce que c'est que ce bordel ! 
Zoé : On a failli signer sur un label black metal pur et dur à un moment, je pense qu'ils auraient eu une crise cardiaque si je leur avais envoyé ! Tu vois, je faisais un peu attention à ce que j'envoyais, je ne filais que quelques morceaux à chaque fois et je pense que celui-là aurait annulé tout contrat. "Au fait, tiens, voilà notre dernier morceau, surprise !".
Max : C'est bien que tu aies mentionné ce titre parce que c'est exactement l'effet de petit twist qu'on voulait faire à la fin. 
Zoé : D'ailleurs, c'est bien précisé dans les paroles dès le début : "and now, for something completely different"...

L'album est beaucoup plus théâtral et peut-être ésotérique et mystique que par le passé, que ce soit avec ses thèmes et son visuel...
Max : Ah tiens, maintenant que tu le dis, je crois que ça faisait justement partie de nos quatre directives dans notre charte : il faut qu'il y ait une nouvelle idée, il faut que ça soit dansant... Et il faut que ça soit ésotérique !
Zoé : Ah bon ? Non, ce n'était pas dedans ! Il faut que je retrouve ça dans le studio, c'était écrit sur un post-it de merde... Il y avait quatre points, mais pas ce côté ésotérique.
Max : Par contre, dans ma tête il y était ! Cet album, je le voulais ésotérique. Le théâtral est venu avec la manière dont HERRSCHAFT avait envie de s'exprimer depuis son changement de line-up. C'est devenu clair qu'on n'était plus un groupe qui doit venir parler de l'apocalypse avec des masques à gaz, au revoir ces trucs là ! 
Zoé : On ne renie pas ce qu'on a fait avant mais c'est vrai qu'on a grandi par rapport à ces idées et on n'a plus envie d'être ça.
Max : Voilà, à un moment donné, il faut qu'on soit nous-même. Très vite, on s'est demandés "bon, la prochaine, on se pointe tout en noir avec des masques à gaz ou bien ? Non, tu viens en costard et tu incarnes ce personnage un peu mégalo mais surtout très ridicule"...
Zoé : Ce qu'on est dans la vie, en fait ! Sur scène on ressemble vachement plus à ce qu'on est dans la vie aujourd'hui, sans le maquillage et tout ça.
Max : Il a fallu qu'on trouve notre show, qu'on montre notre plaisir d'être là avec le public. Si on veut montrer la décadence, alors on la montre via des personnages qui représentent le pouvoir. C'est très cynique et en même très grandiloquent et grotesque. D'où le costume de prêtre, les faux billets...
Zoé : Un des réals du clip nous avait dit un truc très juste : pour lui HERRSCHAFT représente les arcanes du pouvoir. C'est pas si mal trouvé, avec la religion, l'argent, les traders, le sexe... 
Max : L'imagerie du Festin du Lion avec ces deux diables et les corps en adoration devant, c'est un nouvel avatar du pouvoir. Et je compte bien me servir de ce nouveau personnage sur scène. 

Vous avez évoqué le clip de How Real Men Do et comme il a été déterminant... Mais il date de quatre ans environ...
Max : Il n'est pas si vieux ce clip, il a quoi, trois ans ? 
Zoé : Je crois qu'il est sorti en décembre 2015.
Max : Oh, allez, on est presque à 2016 ! 2016, c'était la bataille juridique avec Julien Doré. On a failli gagner, tu sais, c'était un truc é-nor-me, il y avait au moins quatorze millions investis là-dedans ! C'était une bataille de l'ombre épique. On a perdu beaucoup.
Zoé : Haha, n'importe quoi !

Et lui, il a gagné beaucoup ?
Max : Non. Lui, c'est une honte.
Zoé : Lui, il n'a rien gagné et nous on a perdu beaucoup. C'est vraiment pourri.
Max : On a perdu foi en l'humanité à ce moment-là !

Vous voulez-dire qu'avec le plagiat, personne n'est gagnant ?
Max : Si, c'est toujours le démon blond qui gagne.
Zoé : Hein ? Tu parles de moi ?

Mais du coup, avez-vous prévu un nouveau clip qui collerait à l'univers visuel de l'album ?
Max : Oui... mais comme tout dans HERRSCHAFT, ça prend du temps. 
Zoé : Il faut qu'on le laisse maturer un peu et qu'on en soit vraiment contents avant de s'y mettre. C'est pour ça qu'on a aussi mis autant de temps pour le précédent. Ce n'était pas forcément une question de moyens : il fallait avoir la bonne idée. Et la suite du clip devra être au moins aussi bonne.
Max : Tu vois, on ne peut pas faire un clip à l'arrache en prenant juste nos téléphones et en disant "viens, on se film bourrés en boite"...
Zoé : Tu parles de JE T'AIME, là ?
Max : Non. Absolument pas. Non. Pas du tout. Je ne bâche pas les copains, moi !
Zoé : C'est là qu'on voit qu'on peut avoir plusieurs projets et des approches différentes !
Max : Non, mais cherche pas, si ça vaut pas au moins 5000 euros la caméra, chez HERRSCHAFT on ne peut décemment pas accepter de tourner, attends, tu nous as pris pour qui ? Plus sérieusement, ça va avec notre concept : on n'a pas envie de faire ça. Et comme on a la possibilité de faire ce qu'on veut, on peut parfois dire "tant pis pour HERRSCHAFT, ça attendra". On est conscients que ça nous dessert peut-être un peu mais on garde notre ligne directrice.

Tout ça ne nous dit pas si vous avez une idée du morceau pour lequel vous ferez le clip...
Max : Oui, on a des idées, plusieurs même. Elles sont en train d'être mises en place mais on en dira plus quand elles sortiront.
Zoé : C'est pas dit qu'elles aboutissent toutes non plus !
Max : On n'en dit pas plus ! Ça va être sombre ET dark ! 

Vous avez parlé à plusieurs reprises de l'artwork. Qui en est l'auteur ?
Zoé : C'est une artiste qui fait aussi partie de notre collectif et que j'aime beaucoup, on se connaît depuis longtemps et on a souvent travaillé ensemble. C'est Asphodel, chanteuse de öOoOoOoOoOo (CHENILLE). L'idée de l'artwork vient de nous mais on voulait travailler avec elle.
Max : Même si ça vient de nous, on a tellement été impressionnés par son travail qu'en le voyant, on a eu l'idée et dit "on veut ça". On est entrés dans une collaboration où elle a apporté sa touche et sa magie à partir de nos envies. Au bout d'un moment, elle nous a juste dit "ok les gars, maintenant on va faire les photo comme ça" et a remanié les choses à sa façon. Ça c'était passé un peu pareil avec les réalisateurs du clip, d'ailleurs. C'est un vrai plaisir d'être à la solde de grands créatifs comme ça.
Zoé : Ce shooting photo était dingue. C'était une expérience incroyable.
Max : La petite anecdote, c'est qu'il y avait des gens nus sur la photo. Des gens qui ne nous connaissaient pas, qui ne se connaissaient pas entre eux, qui ne savaient même pas vraiment ce qu'ils venaient faire. Ils connaissaient l'aura de la photographe et son sérieux et savaient quand même qu'ils seraient nus... et que ça n'était pas une arnaque où on se retrouve dans un studio à se faire défoncer la rondelle !
Zoé : Je n'ai jamais vu une séance photo aussi détendue malgré les gens à poil alors que ça peut être très compliqué.
Max : Merci et bravo à eux. Il y a eu un vrai climat de confiance, tout ça grâce à Asphodel. 
Zoé : En plus, cet artwork transmet exactement tout ce qu'on veut dire dans l'album, tout s'y résume.

Tu peux nous expliciter tout ça un chouïa ?
Zoé : Avant, on parlait beaucoup de l'humanité dans sa globalité. Maintenant, on parle beaucoup plus de l'individu. On essaye d'incarner Satan et son assistant qui regarde l'humanité en se disant "Putain, ils n'ont même plus besoin de nous pour faire de la merde !". Pour moi, c'est ce que transmet cette image, il y a même des gens qui rampent et nous supplient de les aider. On retrouve ce côté goguenard et cynique : "regarde, ils ont tous les outils pour faire n'importe quoi eux-mêmes, avec internet, les smartphones, etc". Bien sûr, on n'a pas besoin de ça pour faire des conneries, mais ce sont des éléments aujourd'hui qui permettent de faire tout et n'importe quoi. C'est ce dont parle TechnoSatan, dont le titre est ouvertement con. On voulait un truc bête et méchant avec Satan qui dit "Tout ce que j'aurais pu faire avec ces technologies, et regarde ce qu'ils en font sans même que je lève le petit doigt !"
Max : Le Festin du Lion a été écrit comme des petites tranches de vie décalées : c'est l'humain dans toute sa splendide nullité, à côté de la plaque, avec Satan au milieu de tout ça qui les regarde.
Zoé : On a ce dialogue entre Dieu et Satan dans TechnoSatan, chacun essaye de grappiller des âmes et Dieu n'y arrive pas malgré ses efforts, en plus il est tout vieux, alors que Satan en récolte plein sans rien faire et danse tout autour de lui en le narguant.
Max : Après, on parle d'un peu tout. Dans But I Know, ce sont les conspirationnistes par exemple, mais on a aussi les rednecks qui veulent buter des dreadlocks, etc. On avance dans tout ce qu'il y a de plus malsain et loupé dans l'humanité.
Zoé : Et ces deux personnages se sentent désœuvrés face à tout ça, alors qu'avant c'était eux qui provoquaient ce bordel.
Max : Cet artwork, c'est Le Radeau de la Méduse version HERRSCHAFT !

Au-delà de l'histoire que vous racontez, quelle part de vous-même mettez-vous dans votre musique ?
Max : Satan.
Zoé : Oui.

Max, tu n'en as pas marre que Zoé passe son temps à aller voir ailleurs avec ses autres projets ? Parce qu'entre JE T'AIME et SUICIDE INSIDE, t'as quand même tous tes musiciens qui se barrent dans d'autres groupes...
Max : Ils reviendront toujours à moi. C'est un plaisir : ça s'appelle le repos du guerrier.
Zoé : Ouais, enfin, lui il se repose pendant que moi je vais bosser ! Le lion se repose ! A chaque fois que je rentre du studio, il me fait "alors, c'était bien ? Allez, viens voir papa... On va faire un album d'HERRSCHAFT, on va faire de belles choses !". Max est un de mes premiers supports dans tout ça. On en revient à cette notion d'avoir un collectif et ces nouvelles personnes qu'on intègre à HERRSCHAFT. Par exemple Alexey Protasov (SUICIDE INSIDE, AMBASSADOR21) est actuellement en train de faire un remix pour nous.
Max : Oui, ce n'est pas parce qu'on met six ans à sortir un album qu'on se repose sur nos lauriers, il se passe toujours des choses.
Zoé : On le voit avec notre album de remixes : il y a tous les gens qu'on aime dessus, ça représente vraiment les dix premières années du groupe et les liens qui se sont tissés. Avec TAMTRUM, ARSCH DOLLS... Que des groupes morts aujourd'hui ! C'est un peu un album posthume... C'était avant de rencontrer SHAÂRGHOT et tous ces artistes plus récents.
Max : On est toujours là et on continue à porter leur amour. 

Vous serez présents au Hellfest pour assurer la promo de l'album. Voulez-vous en parler ?
Zoé : On sort l'album le 21 juin. On fera donc notre release-party au stand Season of Mist à 16h le vendredi. On sera là, en costume, pour une session de dédicaces, et après on passera du temps au stand VIP pour assurer la promo. On va beaucoup travailler mais je ne sais pas si on verra beaucoup de concerts.

Même pas TOOL ?
Zoé : Mouais, TOOL, ça va cinq minutes, mais c'est pas trop mon truc...
Max : Hein ? Quoi ? TOOL, c'est pas ton truc ? Mais, non, putain, c'est pas possible !
Zoé : Je sais, je sais...
Max : Mais pourquoi on travaille ensemble, sans déconner ? Voilà ! C'est ça, HERRSCHAFT : quinze ans de travail pour entendre dire que TOOL c'est de la merde !
Zoé : Je n'ai jamais dit ça !
Max : QUINZE ANS POUR CA ! Sans déconner... TOOL, il faut les aimer tout le temps, en live, en studio, peu importe !
Zoé : Bon, ça dépend à quelle heure ils jouent, parce qu'à partir d'une certaine heure, je ne suis plus disponible moi !

Vers minuit.
Zoé : Minuit ? C'est mort, je serai très clairement en train de vomir toutes mes tripes dans un fossé ou un champs. Il me semble peu probable que je puisse apprécier à sa juste valeur ce groupe qui, apparemment, est phénoménal mais qui, moi, pour l'instant, me laisse froid.

Merci. Voulez-vous ajouter quelque-chose ?
Zoé : Oui, en plus de la release-party au Hellfest, on en organise une autre au Black Dog à Paris le 6 juillet donc tout le monde y est convié. Et on a une grosse date à Nantes le 1er novembre avec OST FRONT et beaucoup d'autres jolis noms probablement. On ne peut pas vous en dire plus mais ça s'annonce bien !
Max : Merci à toi. Il te reste des questions auxquelles on n'a pas déjà répondu 50 fois ?

Oui : bon, alors, vous êtes des nazis ?
Zoé : Ça c'est une question à poser au C.N.K. !
Max : Franchement, faut arrêter ! Ok, au moment où on a sorti notre premier site web, avec les tons blancs et tout, des gens ont trouvé ça totalitaire... Mais à part ça ? Il y a encore des gens pour se poser la question ? C'est fou comment certains peuvent parfois réagir. J'étais atterré par le harcèlement contre PORN sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines, avec Philippe qui s'est fait pourrir par des extrémistes qui l'accusaient d'être dégueulasse. Il a été exemplaire dans ses réponses et a attendu que l'orage passe, tout simplement. Peut-être qu'un jour on aura des gens qui viendront en beuglant qu'on est un groupe nazi parce qu'on a un nom Allemand.
Zoé : On nous a posé la question, quand même, mais gentiment, au Wacken par exemple. C'était rigolo.
Max : Oui, quand les gens apprenaient qu'on était français, ils disaient "mais vous êtes totalement cons ! Pourquoi vous vous appelez HERRSCHAFT ? C'est débile ! ". Oui, mais sans ça, on n'aurait pas été au Wacken, héhé, ils pensaient peut-être programmer un jeune groupe local ! On ne s'inquiète pas trop là-dessus, pour n'importe qui avec un QI dépassant 45 ça devrait être assez clair.

Interview réalisée le 11 juin 2019 par Pierre Sopor