MOTOCULTOR 2026 : nos recommandations

Pierre Sopor 6 août 2026

Le Motocultor Festival commence dans une petite semaine et se tiendra du 13 au 16 août à Carhaix-Plouguer. Vous y allez et avez quelques trous de planning ? Vous n'y allez pas mais vous vous demandez ce qu'il y a cette année à découvrir ? Nous vous avons concocté une petite sélection maison de seize groupes, soit quatre par jour, mélange de gros noms incontournables et de choses plus petites à côté desquelles vous ne devriez surtout pas passer. Vous nous connaissez (ou pas) : ici, on a tendance à aller vers les choses sombres, étranges, industrielles, torturées (mais pas que !). Bref, si vous êtes plutôt team power metal, vous risquez de ne rencontrer ici que des déceptions... ou au contraire, faire quelques découvertes hors de vos sentiers habituels !

JEUDI 13 AOÛT

FAUXX

Il ne faudra pas arriver en retard : Fauxx lance les festivités jeudi à 15h15 (non, vous n'allez pas gueuler "Marignaaaaan" sans savoir trop ce que ça veut dire). "Festivités" est cependant un grand mot : le duo electro / indus, entre darksynth et metal indus sans guitares, sera là pour vous ratatiner sous le poids de son rituel synthétique ultra-lourd. Jok incante et rumine derrière ses synthés, Job cogne comme un possédé sur sa batterie, cette musique n'est pas amicale, cette musique ne va pas vous caresser dans le sens du poil, mais après ça, vous serez d'humeur adéquate pour le reste de la journée.

BRIEG GUERVENO

Parce qu'on sait que vous ne saurez résister aux costumes débiles et aux chansons sur Satan et le vomi de Battlesnake, on vous propose de quoi vous rincer les oreilles et l'âme : une pluie (c'est la région) de tristesse feutrée et intimiste. Vous l'aurez deviné au nom : comme souvent, le Motocultor met en avant des artistes locaux. Cette fois-ci, les drapeaux bretons incontournables en festival ne flotteront pas dans tous les sens. Brieg Guerveno proposera une parenthèse mélancolique : ambient, trip-hop, piano... Une pause contemplative pleine d'élégance loin des clichés folkloriques.

PILORI

17H55. Vous aurez déjà probablement entendu 127 personnes gueuler "aperoooo" ou "Philiiiiiiiippe". Le fest viendra à peine de commencer que vous en aurez déjà ras-le-bol. Ras-le-bol du soleil. Ras-le-bol des hordes pleines de good vibes. Pilori sera l'exutoire idéale : du metal extrême à la fois écrasant et rapide, une tempête de noirceur radicale, incisive où le chaos n'empêche pas quelques atmosphères abyssales. 

AMENRA

Vous noterez comme les choses proposées jusqu'ici piochent dans un champs lexical qui semble mener à ce moment : "rituel", "ratatiner", "chaos", "introspection", etc. Tout cela culminera avec Amenra, déjà le sommet émotionnel de cette édition. Les concerts d'Amenra sont codifiés comme un rituel mystique en noir et blanc, un grand exorcisme de la souffrance sublimée. Le Motoc sera en noir et blanc, plongé dans la fumée, pendant qu'un mec torturé écorche son âme en direct, dos au public, prostré. Comment vous écraser, vous enterrer, mais aussi vous élever en un concert... On prend cependant les paris : Amenra, en fest, c'est toujours l'occasion pour des relous de se distinguer en gueulant des trucs cons ou en essayant de slamer et twerker (si, si, on l'a vu).

VENDREDI 14 AOÛT

SKAPHOS

Vous faire essorer par le mélange black / death de Skaphos en début d'après-midi, c'est tout le mal qu'on vous souhaite. Leur musique vient des profondeurs sous-marines, avec ce que cela implique de courants violents, de pression écrasante, de créatures tentaculaires cyclopéennes, de cauchemars fiévreux... et, bien sûr, de cultistes fiévreux psalmodiant leurs incantations hallucinées.

PARADISE LOST

Vous ne pensiez pas vous en tirer sans une halte obligatoire chez les patrons de la mélancolie et du metal gothique ? Nick Holmes fera la gueule mais lâchera quand même quelques blagues, l'air de rien. Gregor Mackintosh fera la blague et ne lâchera aucune blague. Les mélodies vous feront chavirer, la pesanteur vous noiera. Si leur dernier album était très metal, attendez-vous néanmoins à une setlist qui rend hommage aux différentes facettes du groupe, du doom abyssal aux hymnes Depeche Modesque. Vous allez être très tristes, très sombres, mais il est possible que vous tapiez un peu dans les mains quand même.

DARKENED NOCTURN SLAUGHTERCULT

Un culte du massacre assombri et nocturne ! La Mort ! Satan ! L'occultisme ! Le black metal dans toute sa splendeur, sans fioriture, avec des morceaux qui vont droit au but, pas de chichis atmosphériques, pas de chichis progressifs, pas de chichis synthétiques. Si la promesse d'une grande messe occulte de minuit en compagnie de Darkened Nocturn Slaughtercult ne vous suffit pas, allez-y pour vous faire glacer le sang par leur impressionnante chanteuse, Yvonne « Onielar » Wilczynska !

EIHWAR

Jusqu'à présent, on a mis en avant des choses sombres, violentes, tristes. Des nuances de noir soit complexes, soit au contraire d'une noirceur bien noir foncé. Mais là, il sera 1h et demi du matin, vous aurez passé deux jours à voir des métalleux partout, dont un bon pourcentage de vikings virils très sérieux. Tout ce dont vous avez besoin, c'est de voir une madame habillée pile le minimum, avec un crâne de bestiole sur la tête, crier "bon allez les vikings, vous allez bouger votre cul maintenant !" avec du gros boum-boum en fond. Eihwar est un vrai affront blasphématoire fait aux paganeries habituelles mais c'est aussi la garantie d'un moment rigolo, fédérateur de lâcher-prise nocturne. Oui, le lendemain, vous vous sentirez légèrement dans l'embarras, du genre "heu, attendez, j'ai vraiment fait ça, moi ?", vous n'oserez pas croiser le regard de vos collègues respectables... mais vous pourrez toujours accuser le cidre.

SAMEDI 15 AOÛT

BRUIT ≤

Les bonnes raisons d'aller voir BRUIT ≤ ne manquent pas. Pour faire bref, nous nous en tiendrons juste à la musique : le post-rock méditatif des Toulousains s'empare du genre pour en sublimer les clichés un peu chiants et poseurs et proposer une vraie transe d'une classe folle, avec des touches noise, du violoncelle et des expériences bizarres. Ces gens-là ont un vrai sens de la construction, un talent pour faire monter l'intensité et vous emporter vers des univers intérieurs dont vous ne suspectiez pas l'existence. Vous êtes en train de les chercher sur Spotify ? Ce n'est pas la peine, il n'y a (presque) rien. On vous disait que les bonnes raisons de les voir en live ne manquent pas.

ANAAL NATHRAK

Commençons par une clarification nécessaire si vous ne connaissez pas encore Anaal Nathrak : leur nom signifie "le souffle du serpent" en vieil irlandais et vient du Excalibur de John Boorman. Non, parce que bon, on sait comment fonctionne le cerveau et ça peut jouer contre le projet de Mick Kenney et Dave Hunt. Anaal Nathrak, c'est fou, c'est méchant, c'est extrême, leur mélange black / death / grind / indus cogne avec une violence rare mais aussi un goût pour les chemins inattendus particulièrement satisfaisant.

SIERRA VEINS

Sierra Veins revient au Motocultor et enfin sur un créneau qui lui fait honneur, après son remplacement de dernière minute suite à l'annulation de Riverside en 2024. Depuis, le projet a bien grandi, notamment d'un point de vue scénique : vous allez en prendre plein les yeux et les oreilles avec son mélange darksynth / EBSM viscéral, glacial, agressif, poétique et puissant.

PERTURBATOR

C'est samedi soir, on se couche tard : Perturbator, un des patrons des synthés qui font danser tout en faisant l gueule comme si c'était les années 80 mais dans le futur viendra clôturer cette troisième soirée. Sa darksynth a muté vers un truc plus sombre, plus introspectif, aux influences cold wave marquées. Les tubes dansants seront de la partie, mais les morceaux plus tortueux et tourmentés également. On imagine mal ce qui peut battre un petit Future Club de deux heures du mat dans la fraicheur bretonne pour repartir dormir quelques heures avant la dernière ligne droite.

DIMANCHE 16 AOÛT

PAIN MAGAZINE

Vous ne connaissez peut-être pas encore Pain Magazine, ce projet né de la rencontre entre Maelstrom & Louisahhh et des bouts de Birds in Row. Les racines industrielles, techno et post-hardcore sont bien présentes : c'est mécanique mais habité, torturé, mordant, froid, 

JOHN CXNNOR

Un de nos gros coups de cœur de cette édition 2026 jouera à 16h55 dimanche. Le duo John Cxnnor réunit les frères Sejersen de LLNN, mais cette fois-ci pour un mélange techno / indus lourd, sauvage et intense. Vous avez peur d'un show statique avec deux nerds derrière des machines ? John Cxnnor aime avoir des guests. Ce n'est pas toujours facile sur scène, mais ils ont déjà annoncé que Sierra Veins les rejoindra pour un morceau, ainsi que Loïc Rossetti (ex-The Ocean)... et quand leur univers s'associe au black metal possédé de Witch Club Satan, le résultat atteint des sommets d'intensité. Et ça tombe bien parce que figurez-vous ce qui joue juste après...

WITCH CLUB SATAN

Alors là, ça va être quelque chose. Les Norvégiennes de Witch Club Satan se sont fait une solide réputation aussi bien pour leur black metal furieux que leurs performances live théâtrales et folles, où leur frénésie revendicatrice est entrecoupée de parenthèses poétiques mystérieuses et d'incantation récitées en spoken word. Avec leurs costumes, leur musique venue des tripes et leurs slogans féministes et anti-racistes, elles proposent quelque chose qui rend à la fois honneur aux classiques du genre tout en offrant une vision personnelle, intime, moderne et salvatrice.

SHAÂRGHOT

On espère que dimanche, après quatre jours de festival, il vous restera assez d'énergie pour vous faire breaker le body un bon coup. Shaârghot va ENFIN retourner le Motoc et il était grand temps que le festival les programme... Cela dit, vu le succès grandissant de la tempête metal indus mazoutée, l'ignorer devient impossible : ils sont ce qui est arrivé de mieux au genre ces dix dernières années avec leur mélange de formules catchy taillées pour fédérer un public large, de grand spectacle, mais aussi une vraie personnalité, un malin plaisir quand il est question de trouver quoi faire avec des machines pour mieux nous réduire en bouillie. Avez-vous vraiment besoin de nous pour penser à y aller ? Un show dément, une énergie de zinzin, de la violence jouissive... Si vous les avez déjà vus, ils sont évidemment une des raisons principales de votre présence cet week-end. Sinon, faites-nous confiance. 

à propos de l'auteur
Author Avatar

Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe