Chronique | Visage - Orchestral

Cécile Hautefeuille 08 décembre 2014

Il était une fois une ville magique, plongée dans la pénombre de l’hiver, illuminée par la seule tempête de neige qui s’abat sur elle. Nous sommes fin mars 2014, à Prague, en clôture des Championnats du monde de saut à ski de Harrachov. Ce soir-là, de nombreux artistes sont conviés à jouer. Steve Strange confiera qu’il n’y avait pas plus féerique que de jouer avec l’orchestre de Prague sous une pluie de neige et de feux d’artifice dans cette Prague gelée. La tempête engloutit le monde ce soir-là et enferma les musiciens la nuit durant. La magie qui avait opéré lors de cette performance fut perçue comme un signe du destin par les deux parties, qui décidèrent de pousser le projet plus loin. Pourquoi ne pas réenregistrer les plus grands tubes du groupe en version philharmonique ? Ne nous le cachons pas, au-delà de la magie, l’aspect marketing était du côté de l’artiste. Rien ne marche mieux en ce moment que les versions orchestrales, d’autant plus dans une scène qui embrasse neofolk, medieval et toutes sortes d’actes acoustiques. Pour preuve les récentes tournées « Gothic meets Klassik » avec BLUTENGEL, COMBICHRIST, VNV NATION, SUICIDE COMMANDO, SOLITARY EXPERIMENTS, LORD OF THE LOST et bientôt COVENANT. Le projet de VISAGE avec l’orchestre philharmonique de Prague n’est donc pas si dénué de sens. Faut-il encore qu’il soit bien amené. Le parti pris de l’opus Orchestral marque une certaine réticence à emmener l’oeuvre au bout du projet : un orchestre certes, mais le tout doit resté dansant. Il ne fallait pas créer de la musique de chambre, mais offrir un objet propre à la promotion, aux stations radio et aux pistes de danse. Ainsi, si des groupes comme IAMX font des remix 100% organiques, VISAGE a décidé de garder la rythmique électronique, voire certains effets de synthétiseurs. La magie opère-t-elle ? Pas nécessairement sur les titres attendus. L’intro de Fade to Grey est incroyable, on se laisse porter dans une autre dimension, jusqu’à ce que retentissent les « tips tips » électroniques qui battent la mesure. Les sons se superposent sans devenir homogènes, et forment un brouhaha finalement assez désagréable. Même verdict pour Mind of a Toy et Dreamer I Know. Des titres comme The Damned don’t Cry, The Anvil, Visage et surtout Hidden Sign et Love Glove sont beaucoup plus convaincants. L’équilibre des sources musicales est mieux respecté et les deux derniers titres cités ont parfois même des accents de Disney. Le contrat est donc rempli.
[Update/2015] : L’album est une belle tentative que nous aurions aimé voir dans un prochain « Gothic meets Klassik ». Un hommage hologrammique serait le bienvenu. À Steven John Harrington (1959 – 2015).