Chronique | Tapage - One, Two, Three & Four

U+06e9 09 mai 2019

TAPAGE, ce nom rappellera probablement des souvenirs aux amateurs d’IDM du début des années 2010, notamment les labels Tympanik Audio et Ad Noiseam, aujourd’hui tous les deux inactifs. Après les remarqués Institute Of Random Events (2008) et Fallen Clouds (2009), il s’était illustré à un public plus large avec Etched In Salt (2010), en collaboration avec MEANDER (plus connu sous le pseudonyme d’OPHIDIAN) et Overgrown (2011). En parallèle, TAPAGE commençait une série d’albums numéraux comportant un nombre de piste égale au titre et de même durée. Ainsi naitront Seven (2011), Eight (2014) et Five & Six (2015). On notera sur cette période un netlabel, Tapeface (2012-2013) plus que prolifique, et suite à cela, peu de sorties si ce n’est deux album très expérimentaux (Chrome Fragments en 2017 et Poetic Informercial Experimentalism (avec ESPOIR) en 2015)) et un album du tout aussi expérimental groupe THE VOID POINTERS (2016). Après ces 4 ans dédiés à l’expérimentation sonore, un retour à un travail plus conventionnel était inespéré, et pourtant, ce One, Two, Three & Four vient clôturer (pour le moment) cette série numérale entamée il y a 8 ans.

Simple mais évocateur, One of One (donc 1 minute), ouvre l’album, avec une ambiance et des sons carillonnants et électroniques happant l’auditoire dans ce nouvel opus, on n’en demandera pas plus sur une durée si courte. Le véritable premier morceau de l’album, One of Four, d’une durée plus conséquente, commence sur une rythmique naturelle (qui ressemble à des bruits de goutte retravaillés) et des plages synthétiques reposantes, qui font entrer directement le spectateur dans le vif du sujet. Un break plus électronique usant de sonorités minérales donne au morceau un ton plus grave.

Entrés dans l’album, One of Three va se charger de nous y faire rester. Un peu plus agressif et métallique, le morceau évolue vers un étrange orchestre d’instruments méconnaissables qui se répondent de manière lancinante au gré des ambiances, vrillant de plus en plus vers une apogée. Cette apogée, c’est Two of Three, qui marque un vrai retour aux rythmiques plus marquées que l’on connait à l’artiste. Le morceau évolue sur un environnement plus tribal avant d’être rappelé aux synthétiseurs plus bruitistes.

Les morceaux entre eux semblent se répondre, cela est probablement dû à l’enchevêtrement des "parties" (là où Eight, ou Seven, étaient continus). C’est ainsi que, changeant d’univers tout en y conservant l’harmonie sonore, Two of Four se veut plus calme dans sa rythmique (comme le One de cette série), pour un morceau qui sert presque d’interlude ambient sur lequel viennent se fracasser des synthés massifs et une rythmique simple, rappelant les premières expérimentations électroniques des années 70.

Changement d’univers à nouveau, avec One of Two, qui du long de ses 2 petites minutes nous apporte une pause ambient des plus reposantes, éthérée qui vient contraster avec la brutalité qui s’était peu à peu installée.

Three of Four s’avère plus présent rythmiquement que ses prédécesseurs, tout en demeurant très aérien au niveau de ses sonorités, proposant des mélanges et des sons plus qu’inhabituel, et l’un de morceaux les plus structurés et réussis de l’album. Ces quatre minutes singulières laissent ensuite place à Two of Two qui vient poursuivre cet arc, avec un morceau proche du premier, plus dissonant cependant.

Vient donc finalement le temps de clôturer les arcs. Three of Three se révèle plus dramatique, avec ses harmoniques saccadées, ses « pulsating rythms » (tels que décrits par l’artiste) et sa mélodie entêtante qui nous fait dire que l’on aurait aimé que ce morceau dure dix ou quinze minutes. Le grand final, Four of Four, s’avère terminer cet album avec beaucoup plus de solennité une introduction magistrale, laissant un gout inachevé, à moins que nous, auditeurs, soyons insatiables, au bout de ces quatre minutes.

Le temps demeure, le long de cet album, la variable majeure. Il se peut que cet album soit parfois déroutant, tant ces morceaux auraient un potentiel contemplatif pour durer le double ou le triple de ce qu’ils durent ici. C’est semble-t-il la règle qu’il faut accepter ici pour apprécier la cohérence de cet opus malgré son challenge, une frustration qui nous fait apprécier chaque écoute, comme une perle rare, et nous fait espérer une suite moins confidentielle à la carrière de Tijs Ham.