Chronique | Reaktion - Learning to Die

Spoon 11 décembre 2019

Dans cette myriade de groupes, projets ou artistes qui se forment, vivent et se séparent pour la plupart dans l’indifférence, trouver écouteur à son oreille est devenu plus ardu, à moins de revoir ses exigences à la baisse. En contrepartie, dénicher un groupe au milieu de toute cette cohue est d’autant plus gratifiant ! Alors avec "Thrash fucking metal from Barcelona", une description à la fois sobre et brute, c’est quitte ou double. Au moins, on a le mérite de savoir à quoi s’attendre quand l’on tombe sur REAKTION, quintet espagnol qui n’en est pas à son premier coup d’essai puisque nous allons nous attarder sur Learning to Die, sophomore du groupe.

Les pistes s’écoutent facilement et filent à toute allure dans une constance de riffs, où les changements de rythmes sont fluides et totalement imperceptible. Tout s’enchaîne dans un flot continu de riffs et ce dès les intros qui sont relativement réussies et bien amenées, accrocheuses dès les premières secondes. La composition est axée sur une large domination des guitares, appuyée par une basse relativement présente et influente, ce qui constitue un point plutôt positif dans le milieu où cet instrument est souvent mis en retrait, voire totalement inexploité, malgré un lourd potentiel.

Quelques titres rappellent les racines du metalcore avec MERAUDER ou SWORN ENEMY, quand celui-ci était encore très ancré au thrash metal. De son côté, bien que REAKTION conserve une empreinte prédominante du thrash, ne serait-ce qu’à hauteur de la voix a contrario de ces mastodontes qui ont plutôt tendance à tirer vers le hardcore, le groupe se diversifie subtilement vers d’autres genres. Ainsi, Learning to Die a des airs de AND OCEANS, l’intro de The Great Citizen lorgne vers le death, C38 fait penser à Steve Vai... quand d’autres titres tels que A Piece of God Within, State of Hate ou encore Toxic Grandma se rapprochent des titans du groove metal américain et se veulent plus légères dans leur exécution, dans le sens où elles sont moins complexes et plus rentre-dedans.

De cette composition musicale de REAKTION ressort une sensation de jeu avec le public, relativement flagrante lors des moments qui précèdent les soli et l’on regretterait presque que ces riffs ne fassent pas partie du corps de la chanson. Ces derniers s’avèrent être les plus intéressants, les plus rythmés et se distinguent d’autant plus qu’ils font bien monter la tension ‒ Sweet Desperation est une ode au crescendo ‒ en grande partie amenée par cette fameuse rythmique à cordes, malgré une batterie qui a du mal à s’imposer et reste un timide mais efficace support.

Dommage donc que par rapport à toute cette diversité, la batterie peine à sortir de sa zone de confort. Globalement, le même jeu revient sur l’ensemble des pistes avec peu d’audace dans son exécution. Idem pour le chanteur où les refrains, bien qu’accrocheurs, sont tous bâtis plus ou moins sur la même structure. Quand on est capable de maîtriser un large spectre vocale ‒ de la voix éraillée comme référence allant du cri aigu pour la puissance, excellent sur C38, au grunt pour la brutalité ‒ tout en étant en mesure de le moduler et l’adapter selon la situation, prendre plus de risque aurait été appréciable.

Ce qui caractérise donc REAKTION en général, c’est la fluidité de son exécution musicale, combiner plusieurs influences et passer d’un style à un autre sans s’écarter du thrash. Au final, Learning to Die est un album direct, sans superflu, à écouter sans réfléchir juste pour le plaisir du thrash. Et tout ça… Eh bien ça fait du bien au milieu de toute cette tendance actuelle, où pullulent technical deathcore et post black metal qui préfèrent mettre en avant une soi-disant maîtrise mais dont la musicalité est insipide. De leur côté, les hispaniques jouent leur musique sans prise de tête, juste par partage de leur passion. Bref, ils s’éclatent et leur énergie communicative est un plaisir auditif qui se ressent en studio et, espérant pouvoir le confirmer un jour, en concert.