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Chronique | Rabia Sorda - The World Ends Today

Pierre Sopor 26 mai 2018

On ne peut pas vraiment dire que RABIA SORDA a eu le temps de nous manquer : le side-project de Erk Aicrag a bien pris soin de toujours rester à portée d'oreilles avec deux EPs sortis depuis l'album Hotel Suicide (2013), mais aussi en rendant régulièrement visite aux scènes françaises. The World Ends Today annonce la pochette, et on espère bien que le groupe tiendra ses promesses apocalyptiques.

RABIA SORDA nous a habitués à un son agressif et rageur mais malgré ça, Perfect Black réussit à nous surprendre par sa puissance et sa hargne. Une fois passée la courte introduction, ce premier morceau particulièrement violent commence avec des percussions martiales inquiétantes et les chuchotements menaçants de Erk avant que de se déchaîner : ça braille sur le refrain et la guitare a rarement été aussi mordante dans RABIA SORDA : l'époque des beats de Metodos Del Caos semble bien loin face à ce metal industriel sauvage et frénétique. Si le monde doit réellement expirer aujourd'hui, cet assaut du chanteur mexicain et ses copains pourrait bien lui porter le coup de grâce. Le rythme a beau ralentir, l'énergie reste intacte avec So Slow It Hurts, morceau bien crade qui rappelle les mélanges nu-metal / indus à la STATIC-X de la fin des années 90 / début des années 2000. C'est pas bien finôt, mais le morceau dévoile tout son potentiel régressif et jouissif à partir du moment où on ne peut plus monter le son plus fort. C'est bête et méchant, mais ça marche à mort. Le single Violent Love Song est un gros hit furieux, criard, vicieux : à nouveau l'efficacité est indéniable. Les riffs bien gras de RABIA SORDA, l'attitude punk, les refrains simples : tout cela marche particulièrement bien et le début de The World Ends Today est probablement ce que le groupe a fait de plus viscéralement cool.

Seulement voilà, il fallait forcément qu'à un moment ça coince un peu. On ne saurait pas vraiment dire à partir de quel moment, mais le moteur finit par toussoter. Pointer du doigt un titre précis serait injuste : individuellement, ils continuent d'envoyer mais cette déflagration d'énergie, de noirceur et d'agressivité ne peut pas tenir la longueur. The World Ends Today semble trop long, et pourtant il ne contient qu'une douzaine de morceaux (une fois qu'on retire les transitions) : il faut dire qu'à trop vouloir y aller à fond, on s'essouffle. Et même si ça ne s'essouffle pas forcément, on finit par s'habituer à cet ouragan colérique et on se surprend à baisser le son, après l'avoir augmenté de manière exponentielle lors des premières minutes. Pourtant, Shut Up and Dance donnerait la bougeotte à un parpaing, la petite guitare latino sur Nobody et Møther donne un background ethnique sympa et le morceau-titre est un chouette hymne punk-indus pour pogoter dans le Wasteland.

The World Ends Today est un double-album : le deuxième disque propose quelques inédits et remixes. On note surtout une reprise assez fun de Demolición du groupe punk-rock péruvien des années 60 LOS SAICOS, un excellent remix bien énervé de Violent Love Song par CHEMICAL SWEET KID et une reprise de We're Not Machines par PRISMATIC SHAPES à la sauce post-punk, très 80's. On dirait presque du JOY DIVISION, et il n'est pas interdit de préférer cette version à l'originale. Ce deuxième disque est donc le bienvenue : il apporte un peu d'air, et une forme de légèreté bienvenue après le tabassage en règle qu'était l'essentiel du disque. 

On a très envie de dire que The World Ends Today est un excellent album. Il est composé de titres accrocheurs, rempli à ras bord d'une rage et d'une énergie communicative.  Se passer un ou deux titres par-ci par-là est toujours aussi jouissif après plusieurs fois, seulement voilà : à écouter d'une traite, c'est un poil indigeste tout de même et ça finit par taper sur le système. Ou bien, c'est qu'on est trop vieux ?