Chronique | Ovoo - Obsidian

Pierre Sopor 3 octobre 2026

Ovoo aime bien s'entourer de mystère, comme pour mieux brouiller les pistes : ce duo apparu dans les montagnes du sud-est de la France entre 2023 et 2024 dit aimer le rétrofuturisme aux esthétiques antiques, les labyrinthes spatio-temporels, les choses cosmiques sans âge, les dieux anciens, les péplums et la SF... bref un tableau où les notions d'échelle volent en éclat et où l'humain semble bien rikiki. Et pourtant, c'est justement le facteur humain qui est au centre de leur premier album (presque) uniquement instrumental, Obsidian, aventureuse exploration post-noise-rock-industriel. 

On va faire bref sur les noms : Ovoo n'a rien à voir avec les alchimistes italiens fous d'OvO (bien que le fait que les deux aient sorti un disque le même jour n'aide pas à y voir clair !) et aucun verbe "maltiner" n'existe, nous privant de jeux de mots chocolatés. De plus, les titres de l'album sont numérotés de I à VII sans plus de cérémonie ("c'est qui, Yves ?" demanderait ainsi Obélix, à mi-parcours), les chiffres romains rappelant ce goût pour l'Antiquité... Des cuivres rôdent sous les nappes de synthés spatiales, les rythmique sont tantôt folles, tantôt écrasantes, les guitares finissent par rugir une mélodie entêtante et dépaysante, méditerranéenne, écho fragile de Nine Inch Nails période fin-90's. Au loin, des chœurs graves. Le son est massif, le tableau évocateur : Ovoo associe l'immensité et la froideur du cosmos aux mystères des temples antiques, les batailles épiques du passé à une solitude introspective dans le silence et le vide. Cette tension permanente se retrouve dans la musique, qui enfle, rampe, jaillit, reprend son souffle, surprend et emporte. Aux contrastes habituels du post-rock entre ombre et lumière s'ajoutent ici l'opposition des temporalités, des textures, des univers sonores, du vivant vibrant et d'un gigantisme glacé existant au-delà de notre perception.

On vous disait que l'humain était au cœur de la musique : Jean-Philippe, alias Astrocyte JFI, se sert de ce qu'il appelle l'instrumentarium : un ensemble d'instruments atypiques qu'il a créé lui-même. Le résultat est aussi déroutant qu'organique, accompagné par la batterie d'Alexandre, alias Sid Negativv, qui, loin de coller à l'autorité des rythmiques industrielles, s'affranchit pour vivre sa vie et invoquer un supplément de chaos. Résultat : la musique d'Ovoo est toujours incarnée et imprévisible, jamais chiante comme peuvent l'être les trucs post-machins-avant-gardistes un brin poseurs et cérébraux. Ovoo cogne fort, assez pour que les secousses atteignent les tripes, que quelques pointes de dissonance réparties avec parcimonie titillent notre attention régulièrement. C'est viscéral, ample et à l'ombre de la menace futuriste perpétuelle des synthés. 

L'auditeur se retrouve dans le rôle d'un voyageur un peu paumé, immergé dans un paysage en mouvement où le temps n'a plus cours. Les musiciens, eux, sont deux explorateurs un peu zinzins qui nous trimballent de rêveries obscures en mondes fantasmagoriques, des sortes de Doctor Who qui auraient écouté Aluk Todolo pendant leurs errances, ce qui se ressent dans les tonalités parfois mystiques, quand Obsidian devient un rituel incantatoire où l'état de transe n'est jamais loin. L'exploration du cosmos et les voyages temporels ne sont pas sans risque : on y croise des horreurs oubliées, des dangers innommables, on peut s'y perdre, notre conception même de la réalité peut s'y effondrer... mais on finit par tomber en admiration face à des contrées insolites, merveilleuses. La même chose peut se dire des explorations musicales d'Ovoo. On les imagine, dans leur studio-laboratoire, cherchant à percer les mystères du son avec leurs drôles d'engins mais, se faisant, déterrant d'autres mystères toujours plus énigmatiques.

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Pierre Sopor

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