Est-ce que, comme l'indique le nom de ce nouvel album, Diavol Strâin continuera de revenir éternellement nous hanter ? On ne peut que le souhaiter. C'est en tout cas le cas depuis la dizaine d'années d'activité de la formation darkwave chilienne, actuellement composée du duo Ignacia Strâin, alias Ginger Blue, et Lau M. Eterno Retorno, mixé et masterisé par William Faith, sort seulement un an et demi après Vipera Mortis, un mini-album hanté par le décès récent de la membre fondatrice Daphne Charmaine. Des fantômes, on en croisera évidemment d'autres au long d'un album dont l'artwork, déjà, évoque un syncrétisme propre à l'Amérique Latine entre spiritualité et pop-culture et où le macabre arbore des couleurs vives.
Ulthar sert d'introduction à cette séance avec ses échos oniriques évocateurs des errances poétiques de Lovecraft. Le chant est grave, théâtral, incantatoire. Le rythme, lui, est relevé : les lamentations de Diavol Strâin n'empêchent pas une allure effrénée. Il y a de la froideur mais aussi une incandescence post-punk, un goût pour la lourdeur et une forme d'agressivité qu'Un Camino a la Muerte met en exergue avec sa flamboyance batcave.
Diavol Strâin a dans ses refrains une ardeur revendicative mais aussi des mystères propres à un sortilège obscur (l'instrumentale La Última Inocencia abrite ce qu'il faut de rituels occultes). L'intensité côtoie les répétitions hypnotiques alors que le dynamisme de la langue espagnole contraste avec la froideur des synthés. On aime la façon dont la basse mène la danse (l'excellente 11 Ecos en fin d'album, avec sa batterie électronique qui tape sèchement, est irrésistible), comment les guitares viennent grincer le long de morceaux que l'on parcourt comme des rêves fiévreux ou des crises de hantise, guidés par un chant expressif fait de récitations solennelles, de hululements spectraux aux échos d'outre-tombe et de complaintes baroques.
Diavol Strâin donne à la noirceur un éclat étincelant. La rage, la mélancolie, ces rythmiques percutantes et ce parfum de nuit remplie de fantômes tournoient avec vivacité (la cinématographie Terminal del Silencio, aux boucles aliénantes, impressionne par son pouvoir d'évocation mystique et gothique). Entre cérémonie funèbre, rituel ésotérique et course dans un labyrinthe de sépultures, Eterno Retorno convoque tout un tas d'âmes en peine pour rappeler aux vivants qu'ils le sont.