AMBASSADOR21 @ Atomic Cat - Paris (75) - 25 septembre 2026

Live Report | AMBASSADOR21 @ Atomic Cat - Paris (75) - 25 septembre 2026

Pierre Sopor 28 septembre 2026

Alors que le Pape captait toute l'attention lors de sa visite à Paris, il existait bien peu d'endroits où s'abriter pour échapper aux dégoulinades de sainteté... mais comme d'habitude, comme d'ailleurs lors de cet infernal été qui n'en finit pas, l'Atomic Cat restait le meilleur bunker anti-radiations en tout genre, qu'elles soient météorologiques ou religieuses. Les touristes pas trop au courant en descendrait alors les escaliers en se posant la question : "alors, en bas, ça dort ?". Et les touristes seraient bien dans la merde, parce que non, en bas ça dort pas, AMBASSADOR-putain-de-21, comme l'heure à laquelle le concert commençait.

AMBASSADOR21, c'est quelque chose. On n'avait plus vu Natasha et Alexey sur une scène parisienne depuis 2019, mais c'est le genre de déflagration dont on garde des séquelles. Ce soir, cet Objet Bruyant Non Identifié se produisait en trio, avec Zoé (Je t'aime, Herrschaft), fidèle collaborateur, qui les rejoignait à la guitare. 

Ce concentré corrosif de bruit et de fureur échappe aux classifications : digital hardcore, metal industriel, power noise, peu importe : il y a une rage punk, des assauts techno / rave qui cognent comme un marteau-piqueur et surtout un parfum permanent de kérosène. AMBASSADOR21, c'est de la musique pour faire la révolution et tout cramer. Pour eux, pas question de postures artificielles et prétentieuses : la contestation par l'art est une affaire sérieuse qui a mené les deux Biélorusses à quitter leur pays pour vivre à Prague.

Ces dernières années, leur musique s'est recentrée, le chaos est plus dompté, plus maîtrisé, plus proche de ce qui était autrefois le terrain de leur side-project Suicide Inside avant de se réinventer en projet post-punk / cold wave. Musicalement, AMBASSADOR21 n'a jamais semblé aussi bien maîtriser son propos, libérant sa tempête d'énergie à des moments clés mais également capables d'imposer des ambiances immersives et une lourdeur de fin du monde grâce aux riffs de guitare. 

AMBASSADOR21 commence avec Black Dots et retient encore un peu l'orage, menaçant sous la surface. La tension s'accumule, le son est lourd, pré-apocalyptique. Nos neurones portent encore les cicatrices d'anciens concerts, par exemple cette date à Glazart en 2011 avec Chrysalide, Sonic Area et Republik of Screens, traumatisme sonore que In Love ou New Doctrine About Trinity viennent raviver. Néanmoins, tout en préservant sa radicalité et son intégrité, le duo vise désormais plus juste, préservant ses éruptions de folie pour en décupler l'impact. L'apport de mélodies, comme les notes hantées de We Are the Seeds ou les samples d'Amnesia de Skinny Puppy dans Revelation, ajoutent des émotions, des touches sinistres, des respirations et des contrastes puissants aux slogans crachés comme des mantras par le duo. Natasha porte un tee-shirt qui affiche les paroles de Revelation, "your god is dead" : AMBASSADOR21 a conscience de la rivalité de Léon le même soir !

Sur scène, malgré la charge politique et sociale, c'est l'éclate. Les hymnes Fuck All Systems ou We Are Legion cassent tout. Natasha et Alexey sont toujours aussi complices, aussi bien entre eux qu'avec leur public. La chanteuse est un spectacle à elle seule, théâtrale, grimaçante, souriante. On adore leur façon de mélanger le russe et l'anglais, de rouler les rrr à fond. Elle s'amuse que l'on comprenne mieux le français que l'anglais avant de nous envoyer un "c'est parrrrti mon kikiii" fédérateur. Avec élégance, elle fait applaudir ses deux collègues : "the guy, Alexey", tout le monde applaudit, puis "the guy Zoé", tout le monde applaudit. Elle coupe court et enchaîne, insistante : "the guy, the guy, ok, and now me, me, me, Natasha !", comme pour piquer toute la lumière. Puis c'est l'avalanche de "thank you". Natasha dit thank you, Alexey dit thank you, Zoé, qui oublie pendant un instant qu'il est français devant un public français, dit aussi thank you. N'importe quoi, t'es l'bienvenue !

Tempête culte et indomptable, AMBASSADOR21 transpire la sincérité mais aussi le plaisir de foutre le bordel, de réinventer certaines parties des morceaux sur scène, d'échanger tout en jouant avec la matière sonore, la torturer pour mieux la libérer. C'était fun, c'était trop bien, et on a désormais archi-hâte d'entendre leurs prochaines expériences !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe