MUCC - 2015-05-19

Interview | MUCC - 2015-05-19

Mandah 12 juin 2015

Durant des années, les fans européens ont attendu le retour de MUCC avec grande impatience. Cette longue attente prit finalement fin les 19 et 20 Mai derniers ? pour les Français ? et eut un effet boomerang puissants. Le public et leurs icônes japonaises ont enflammé le Divan du Monde de manière crescendo sur ces deux dates ! Avant le premier concert, nous avons rencontré le chanteur Tatsuro et le batteur du groupe, Satochi pour discuter de ce retour, de la situation du Japon post-Fukushima et de leurs plans à venir.

Vous jouez ce soir le troisième concert de la tournée Européenne. Comment se passe t-elle depuis son lancement et qu'attendez-vous principalement d'elle ?
Tatsuro : Les deux premiers concerts de cette tournée européenne ont eu lieu à Moscou et Londres. Les performances en elles-mêmes se sont bien passées mais on a rencontré beaucoup de problèmes : au niveau de l'installation de la scène, des soundcheck, des répèt'. Il y a eu d'énormes soucis techniques. Mais bon... Je pense que c'est assez normal de rencontrer ce genre de choses au début d'une tournée. J'espère que nous n'en aurons plus maintenant. Il va le falloir ! Les choses s'améliorent toujours avec le temps et l'expérience. J'attends beaucoup du concert de ce soir, j'aimerais qu'il soit parfait. Les Français ont la réputation d'être bon public. Je pense que ça va être génial !

Avez-vous des anecdotes sympa ou histoires peu communes à partager ?
Tatsuro : Hier, on a eu les répétitions les plus courtes de toute l'histoire de MUCC (rires) ! Je peux t'assurer, qu'importe le nombre d'années que tu as passées dans la musique, pour donner un bon concert, tu ne peux pas échapper aux répèt, des répèt'en bonne et due forme j'entends. On a eu tant de problèmes que je ne peux te les lister. Il y en a eu beaucoup trop (rires).

Demain, vous allez jouer de nouveau au Divan du Monde (Paris). Quand vous devez vous produire dans la même salle de la même ville, deux soirs consécutifs ? ou plus, que faites-vous pour en faire une expérience différente pour les fans qui assistent à ces concerts ?
Tatsuro : Nous ne pensons jamais à offrir des expériences différentes aux fans qui assistent aux concerts d'une même tournée. Ce que nous faisons proviennent du c?ur. Cela émane de notre moi-intérieur. Nos concerts ne sont jamais calculés à l'avance, ils ne sont pas contrôlés. Ils sont authentiques. Ils ne peuvent être forcés ni prédits. Chaque concert est toujours différent du précédent. Peu importe où et quand nous jouons, c'est toujours différent. Enfin, en ce qui me concerne, je me sens toujours différent face à eux. J'espère que les fans ressentent la même chose. On se focalise uniquement sur le fait de faire de ce moment, un bon moment, une expérience de partage. On a jamais ressenti la même chose sur scène. En fait, c'est ce qui rend la chose si intéressante. On ne sait jamais ce qu'il va se passer.

Qu'aimez-vous le plus et le moins des tournées hors du Japon ?
Satochi : Ce que j'aime le plus est me produire sur scène et partager un moment spécial avec nos fans. Ce que je déteste le plus est la fragilité de mon mental. Je ne ne suis pas fort mentalement. Si je dois me produire sur scène trois soirs consécutifs, je deviens nerveux et doute de mes capacités. En tournée, je stresse facilement et me torture l'esprit avec des questions du type « Vais-je réussir à gérer ce soir ? ». Je deviens confus très rapidement et me laisse submergé par des émotions négatives. Mais la bière étrangère est toujours excellente, c'est la raison pour laquelle j'en bois une à chaque fin de concert, surtout quand je dois jouer la nuit suivante (rires). Tatsuro : Je suis bien d'accord.

Les fans Européens vous attendent de pieds fermes depuis des années. La dernière fois que vous nous avez rendu visite, c'était en 2011, juste avant le désastre nucléaire de Mars. Était-ce l'une des raisons de votre absence ?
Tatsuro : Pas vraiment. Ça n'a pas été la raison de notre absence. Nous n'avions simplement pas pu organiser un retour à l'étranger à l'époque. Même si nous le voulions, le timing ne nous le permettait pas. Le Japon nous gardait bien occupés. J'aurais aimé que cela se fasse plus tôt, mais le moment ne s'y prêtait pas encore. On est heureux d'être là aujourd'hui. J'espère que nos fans ne nous en tiendront pas rigueur. En ce qui concerne les événements de Fukishima, ils furent particuliers pour tous les Japonais, dans le mauvais sens du terme. On n'avait jamais vécu une chose pareille avant ça. Notre génération, et celles qui suivent, pensait que ce genre d'événements tragiques n'arrivaient que dans les médias. Pour ma part, c'était entrer dans l'inconnu. Mais à travers tout ce négatif, on a vu du positif. Les gens ont fait ressortir leur visage le plus beau. Ils étaient là, les uns pour les autres, ils aidaient leurs amis, leurs familles, leurs voisins et dans certains cas, des étrangers. La manière dont les Japonais ont fait face au désastre de Fukushima fut vraiment incroyable. La nature humaine peut être belle !

Cet épisode est loin d'être terminé. Comment le Japon fait-il face ? Quelle est sa situation post-Fukushima ?
Tatsuro : Nous ne savons pas si les dégâts de ce désastre seront réparés un jour. Les médias disent que la situation s'améliore doucement. Mais peut-on avoir confiance en eux ? Peut-on croire les journaux ? Doit-on croire ce qui se dit dans l'actualité ? Peut-on faire confiance à la TV et aux politiciens ? Personne ne sait ce qu'il se passe réellement. Personne ne connaît l'ampleur exacte des dégâts. La seule chose dont on peut être sûrs, c'est qu'ils sont bien plus grands que ce qu'il en est dit. Mais les gens continuent de vivre comme ils le faisaient avant ça, ce sujet n'est plus le centre de leur intérêt. Les cicatrices sont ancrées mais les gens ont leurs propres problèmes vis-à-vis de leurs vies quotidiennes. Ça fait 4 ans maintenant, il n'y a pas beaucoup de changement à observer par rapport à la manière dont nous vivions avant ça.

L'année dernière, vous avez sorti votre 12ème album-studio, The End of the World. Son concept est basé sur l'idée de vivre dans l'ici et le maintenant, apprécier la vive comme elle se présente, tant que nous le pouvons. Fukushima a t-il été une source d'influence ? Cette idée a été reprise, me semble t-il, sous le nom de cette tournée Européenne « Fuck The Past, Fuck The Future », non ?
Tatsuro : Oui, exactement ! Ton analyse est correcte. C'est tout à fait ce que nous voulions transmettre avec le titre de cette tournée. Quand le désastre a eu lieu, bon nombre d'artistes japonais ont voulu donner leurs points de vue et s'impliquer à travers leur art. Ce qu'il se passe dans la vie d'un artiste n'est pas détaché de ce qu'il vit dans le privé, dans sa vie quotidienne. L'idée que seul le présent existe est née de cet événement tragique. Vivre dans le moment, le présent, est la leçon que nous avons apprise de Fukushima. Nous ne pouvons pas changé ce qu'il s'est déjà produit, et s'apitoyer dessus est une perte de temps et d'énergie. Nous ne pouvons prédire l'avenir, alors s'en inquiéter n'en sera pas non plus bénéfique. Il faut se focaliser sur le présent, et le vivre.

Vous avez eu l'opportunité de jouer cet album depuis un petit moment sur scène. Avec du recul, qu'aimez-vous le plus de lui et quelles sont vos chansons préférées à jouer ?
Tatsuro : Hum... J'aime le disque dans son entier.

Satochi : J'aime jouer « The End of the World ».

Êtes-vous satisfaits des retours qu'il a eu ? Lisez-vous les réactions des fans sur la toile ?
Tatsuro : On s'en informe. Leurs opinions sont importantes. Mais étant donné que nous ne parlons pas bien anglais, on ne peut lire les réactions des fans étrangers autant qu'on le voudrait.

Quelle est la plus grande force et la pus grande faiblesse du groupe en tant qu'entité ?
Tatsuro : L'amitié ! Les liens que nous avons développés au fil des années. Le temps et la distance ne l'ont en rien diminuée, c'est même plutôt le contraire. En cas d'urgence, on fini toujours par renouer, on s'entraide les un les autres. Mais d'un autre côté, lorsqu'il n'y a pas d'urgence, nous nous éloignons (rires). On a besoin de vivre dans l'urgence pour rester ensemble. C'est ce qui entretient le groupe et le faire perdurer. MUCC a presque 20 ans et c'est ainsi qu'on s'est maintenu ensemble pendant si longtemps.

Qu'aimez vous le plus chez l'un et l'autre ?
Tatsuro : Satochi est très appliqué dans son travail. Il donne tout le temps 100% de sa personne. C'est peut-être le plus émotif de nous. Il donne systématiquement le meilleur de lui-même, ce que j'adore. Il est investi et passionné dans ce qu'il fait, ce qui est un atout essentiel pour le groupe.
Satochi : Ce que j'aime le plus chez Tatsuro est son esprit créatif C'est un visionnaire. Il ne manque jamais d'idées. Il a un tel relationnel avec des individus totalement différents. Je pense que ces relations ont un impact sur lui et par conséquent sur le groupe.

Vous avez annoncé la sorti de votre mini-album intitulé T.R.E.N.D.Y. -Paradise from 1997- 
Satochi : (rires) C'est vrai que le titre est complexe.

Tatsuro : 1997 renvoie à l'année à laquelle MUCC s'est formé. A cette époque nous étions des adolescents tentant de percer dans l'industrie musicale. Nous analysions ce que le public recherchait, quel genre de musique se vendait, les rouages de ce business, comment la société s'articulait. Nous essayions de copier ce que nous écoutions d'une certaine manière. Mais depuis ces temps, nous n'avons cessé de développer notre propre son. Nous avons commencé avec aucune véritable marque de fabrique. Nous avons rapidement appris de cet héritage musical pour construire notre propre identité. Avec le recul, en tant qu'adultes, nous avons bien compris que nous sommes passés par de nombreuses tendances. Fondamentalement, le titre est un mélange de ce qu'on ressentait au fond de nous, notre volonté de percer avec ces tendances qui nous entouraient à cette époque. Ça donne ce titre un peu décalé et ringard, ce qui n'est pas pour nous déplaire. J'aime le fossé existant entre ce titre kitsch et le contenu du disque. Nous voulions également un mini-album et pas un LP car ils ne durent généralement que 30 à 40 minutes, ce qui est calibré pour un set de festivals. Nous voulons jouer ce mini-album sur divers festivals cet été.

Merci à tous les deux.
Tatsuro : Merci à toi.
Satochi : Merci

Interview réalisée le 19 mai 2015 par