[Cinéma] Evil Dead Burn, de Sebastien Vaniček

[Cinéma] Evil Dead Burn, de Sebastien Vaniček

Pierre Sopor 19 juillet 2026

Titre : Evil Dead Burn
Genre : Horreur
Réalisateur : Sebastien Vaniček
Scénario : Sebastien Vaniček et Florent Bernard
Année de sortie : 2026
Pays de production : USA, Nouvelle-Zélande, Canada
Avec : Souheila Yacoub, Tandi Wright, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shand, Maude Davey, George Pullar
Synopsis : Après la mort de son mari, une femme cherche du réconfort auprès de sa belle-famille. Mais lorsque ses proches se transforment un à un en créatures démoniaques, elle réalise que ses vœux de mariage la lient au-delà de la mort.

En 2023, Sebastien Vaniček sortait son premier film, Vermines, une histoire d'araignées géantes qui envahissaient un immeuble de Noisy-le-Grand. Généreux, fun et faisant preuve d'un sens du rythme et de la tension aussi bien que d'une pate esthétique forte, le film rencontrait un succès mérité. Peut-être imparfait, il prouvait en tout cas une chose : ce Vaniček sait y faire pour proposer de l'horreur pop-corn qui fait bondir et rire en même temps tout en y insufflant des thématiques personnelles au-delà du simple divertissement. Le voir enchaîner avec une production américaine était alors un sacré ascenseur émotionnel : sa créativité allait-elle être broyée par un cahier des charges hollywoodien comme tant d'autres cinéastes européens, sud-américains ou asiatiques avant lui ? Oui mais quand même, n'a-t-il pas le profil idéal pour signer un Evil Dead ? Certes, mais bon, le dernier Evil Dead Rise manquait justement sacrément d'audace...

Et puis Evil Dead, ce n'est pas rien. Les trois films de Sam Raimi sont légendaires, chacun ayant un ton différent. La série contient quelques scènes à la hauteur du mythe (l'épisode dans la morgue, hallucinant !). Le remake / reboot de 2013 était d'une méchanceté viscérale particulièrement intense... Bref, Vaniček ne se frotte pas à n'importe quoi. Un Evil Dead ne demande pas seulement du gore, ça demande aussi de la créativité, de la folie, un talent pour insuffler une dimension cauchemardesque mais néanmoins ludique... Bref, on en attend le train-fantôme parfait. Coupons court aux débats entourant le film : non, Evil Dead Burn ne met pas spécialement l'accent sur l'humour (il n'en est cependant pas dépourvu) ni les gros gags. Avant de brandir vos fourches, revoyez donc le premier Evil Dead : c'est certes fun mais aussi très méchant et malsain !

Très vite, Evil Dead Burn nous rassure sur absolument tous les points. Premièrement, l'horreur : ça y va fort et très vite, en mélangeant fantastique et supplices, les effets gores sont réussis et inventifs et, dans l'esprit de la saga, le moindre ustensile de cuisine, outil de jardinage ou de bricolage devient mortel ! Dès la scène d'introduction, on sent un soin esthétique inédit dans un Evil Dead. Vaniček n'a peut-être pas la virtuosité dingue de Sam Raimi mais plutôt que de bêtement chercher à l'imiter, il impose sa patte avec des plans composés qui arrêtent le temps, des contrastes chaud / froid réussis, des visions cauchemardesques dont la poésie macabre rappelle autant Lucio Fulci que Guillermo Del Toro et quelques séquences plus clipées élégantes (sur du Jaques Brel !), rappelant une scène similaire de Vermines où, en musique, il mettait en pause la narration en nous offrant une respiration cruelle et mélancolique qui nous laissait le temps d'admirer des tableaux aussi beaux que repoussants.

Et c'est peut-être là qu'arrive la plus grande satisfaction de cet Evil Dead Burn : on y voit indubitablement l'affirmation d'un nouvel auteur du cinéma d'horreur qui non seulement a pu poser sa façon de faire sur un univers aimé et codifié mais y développe déjà des motifs reconnaissables. On s'amuse des autocitations (les TN portées par l'héroïne, l'araignée filmée en gros plan), de cette envie de donner au film une touche franco-française (le personnage principal, incarné par l'impeccable actrice suisse Souheila Yacoub, est une française dont le papa est joué par Alain Chabat le temps d'un caméo vocal)... Plus important, on constate que chez Vaniček, les familles sont toujours aussi dysfonctionnelles (les beaux-parents, c'est l'enfer !) et que l'absence de communication mène au désastre. Dans une démarche moderne, le démon sert ici à parler d'autres problèmes (violences conjugales, non-dits, etc). Cette évolution dans les Evil Dead, présente depuis 2013, est en rupture avec le premier degré simple et sans métaphore des films de Raimi et apporte une pesanteur nouvelle : si certains le regrettent, refaire ce qui a déjà été fait n'aurait aucun sens.

Résultat, on s'attache au récit. En nous plaçant d'emblée dans une atmosphère sinistre et déprimante de deuil renforcée par un climat hivernal aussi bizarrement féérique que glaçant, Vaniček nous place aux côtés de ses personnages, jamais unidimensionnels, de leurs chagrins et leurs défauts et est bien aidé par un casting irréprochable (l'implication de Yacoub, la gueule impressionnant d'Erroll Shand...). Ainsi, le festival de mutilations et autres joyeusetés n'en est que plus douloureux, plus viscéral.

Oui, mais est-ce qu'on se marre ? Eh bien, oui et non. Certaines touches d'humour tombent bizarrement. Notons néanmoins qu'un des ressorts comiques principaux du film, la grand-mère qui perd la tête, fait que beaucoup de "gags" sont aussi tristes qu'amusants, un peu comme cet assistant branquignole au crematorium. Jusque dans l'humour, Vaniček fait preuve d'une mélancolie qui hantait déjà Vermines et ses nombreux moments doux-amers, quand il ne s'amuse pas à adresser quelques clins d'œil pas toujours discrets (la double référence à la même célèbre scène de Shining peut néanmoins se justifier : là aussi, il est question de famille qui s'effondre et de violences domestique).

En revanche, ça charcute méchamment. Alors que beaucoup de films mettent en avant leur surenchère de gore comme argument de vente pour finalement tomber à plat, Evil Dead Burn réussit à aller loin dans le grand-guignol sans sombrer dans le ridicule, à faire mal tout en nous arrachant ce sourire satisfait et sadique typique de la saga alors que les deadites prennent un plaisir communicatif à faire souffrir leurs enveloppes humaines : OUAIS UNE GUEULE EXPLOSÉE AVEC UNE PORTE DE LAVE VAISSELLE, YES DES OUTILS DE JARDINAGE, OUAIS LE CHIEN BRAVO GENTIL LE CHIEN, BON TOUTOU, FICHTRE LE DENTIER, BIM LA PROTHESE DE JAMBE ! On se frotte les mains, on serre les dents, on a même droit à la scène de bisou la plus iconique de l'histoire du cinéma depuis au moins Spider-Man (d'un certain Sam Raimi, tiens !) mais en vachement moins chiant ! 

Mais est-ce que c'est un Evil Dead ? Le film s'ouvre sur un magnétophone qui diffuse la voix d'un vieil homme détenteur d'un savoir occulte, qui parle de démons, de mots familiers à ne pas prononcer pour ne surtout pas les réveiller, la caméra vole parmi les arbres, nous fait traverser le chaos le temps d'un plan-séquence avant de détruire nos repères en inversant le haut et le bas, il y a une maison isolée en forêt, un certain bouquin écrit avec du sang, une tronçonneuse anecdotique mais qui ne passe pas inaperçu et plusieurs connexions plus ou moins discrètes avec les précédents films. Qu'est ce qu'il vous faut de plus ?

Curieusement, Evil Dead Burn est parti pour faire un petit bide au box-office, contrairement à ses prédécesseurs. Peut-être trop extrême pour les curieux (qui préféreront découvrir les succès du moment Obsession et Backrooms), peut-être que les trois ans le séparant d'Evil Dead Rise ne suffisent pas à attirer l'attention du public... C'est bien dommage. Evil Dead Burn est une réussite jouissive, mordante, faite non seulement avec un réel talent technique (s'il n'a pas l'originalité de Raimi, c'est néanmoins le plus beau film de la série) mais aussi avec intelligence et beaucoup de cœur.

Les producteurs Sam Raimi et Rob Tapert (également crédité, Bruce Campbell précise avoir très vite botté en touche et ne plus avoir l'âge pour débattre par mail du moindre point de l'intrigue avec un jeune premier venu de France !) ont été bien inspirés de laisser les coudées franches à Vaniček, qui a su s'approprier et respecter Evil Dead tout en signant un film personnel. On en ressort avec le plaisir d'avoir vu un excellent film d'horreur, avec le solide sentiment de voir un vrai auteur du genre prendre son envol... mais aussi une confiance renouvelée pour l'avenir du Necronomicon et ses possédés grimaçants. Le prochain, Evil Dead Wrath, est déjà prévu pour 2028. En continuant à confier les prochains films à des personnes avec une vision forte et un ton bien à eux tout en leur laissant suffisamment de liberté, Raimi et Tapert semblent avoir placé leur Livre des Morts sur de bons rails !

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe