VIZA, l'héritier de SYSTEM OF A DOWN ?

Julien 30 mars 2020

Il y a des groupes dont on doit faire le deuil même si ce n'est pas chose aisée. Je ne parle pas des formations dans lesquelles l'un ou l'autre membre viendrait à décéder tragiquement, on ne peut malheureusement rien y faire. Non, je parle de groupes dont les membres sont bien vivants et toujours en pleine possessions de leurs moyen (ou presque), mais qui ont, à un moment donné, décidé de passer à autre chose : séparation, projet solo à privilégier, perte de motivation... les raisons sont multiples.

Parfois, un groupe se reforme des années après, pour offrir un ultime album d'adieu ou le temps d'une tournée. C'est le cas de SYSTEM OF A DOWN qui ne s'est réuni que pour une série de concerts depuis la sortie de leur double album Hyptonize/Mezmerize en 2005, au grand désespoir de son batteur John Dolmayan qui aimerait remettre le couvert. Il y a bien eu le projet solo de chanteur Serj Tankian et son premier opus Elect the Dead dans lequel on retrouvait encore un peu d'âme de SOAD. De son côté, le guitariste Daron Malakian, avec SCARS ON BROADWAY (projet rebaptisé DARON MALAKIAN AND THE SCARS OF BROADWAY), a déjà sorti deux albums dont le très bon Dictator. Mais malgré les qualités de ces sorties, rien ne nous pouvait me consoler de l'abandon de leur projet phare.

Alors quand je suis tombé, totalement par hasard (et je remercie les algorithmes de Spotify pour ses découvertes souvent pertinentes), sur VIZA, mon attention a tout de suite été captée par l'étrange ressemble avec le groupe d'origine arménienne. Le chant, les mélodies, les instruments, ça suaintait le System à plein nez. Et si c'était un petit groupe qui avait inspiré le grand SOAD ? Non, une simple recherche Wikipédia m'apprenait que VIZA avait été créé en 2005 et était d'origine californienne (d'abord sous le nom de VISA). On sait maintenant qui était là le premier.

Ni une ni deux, je lance la discographie complète en commençant par Maktub, premier album sorti en 2006, et Eros, sorti en 2008. L'influence de SOAD transpire par tous les orifices, mais c'est diablement efficace. Je me dis que ça ressemble vachement à ce qu'aurait été System si Daron Malakian n'en avait pas fait partie. En effet, le chant de K'noup Tomopoulos ressemble parfois à s'y méprendre à celui de Serj Tankian, les morceaux ont une structure assez barrée, et mélodiquement on en prend plein les oreilles. "C'est du System sans le côté metal", me dis-je.

Et bim, au lancement de leur troisième album Made in Chernobyl sorti en 2010, voilà que tout devient franchement metal. Le rythme s'accélère, les guitares sont branchées sur amplis et le chant se veut plus nerveux. Le morceau s'éloigne un peu des compositions de SOAD et je me dis que le groupe a peut-être décidé de prendre sa propre voie. Mais voilà qu'arrive My Mona Lisa et ses 1min46 déjantées qui rappelle de nouveau la folie de System. Sur le troisième morceau Viktor, Serj Tankian vient carrément pousser la chansonnette ; la boucle est bouclée. Cette apparition de Tankian sur l’album n’est pas par hasard : le groupe se trouve sous le management de Serjical Strike Records qui appartient au chanteur.

Si l'écoute de ces trois premiers albums vous donnent envie de ré-écouter la discographie de SYSTEM OF A DOWN, c'est normal. VIZA a également sorti Carnivalia en 2011 et enfin Aria en 2014 : deux opus qui mélangent une fois hard rock, funk metal et folk rock avec des influences grecques, arméniennes, arabes, russes et de l’Europe orientale. Depuis, le groupe a sorti quelques EP et singles, dont Loyal Tea un mois à peine avant l'écriture de cet article.

En tout cas, même si la ressemblance avec SYSTEM OF A DOWN peut parfois être trop flagrante (et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose), le plaisir d'avoir découvert ce groupe sympathique a égayé ma journée. Si, par cet article, j'ai pu le faire découvrir et apprécier à une poignée de personne, alors je n'aurais pas perdu mon temps.