[Cinéma] Malignant

Culture | [Cinéma] Malignant

Pierre Sopor 07 septembre 2021

Titre : Malignant
Réalisateur : James Wan
Année : 2021
Avec : Annabelle Wallis, Maddie Hasson, George Young
Synopsis : Madison commence à avoir des visions, dans lesquelles elle assiste à d'horribles meurtres, commis par une entité vicieuse. Il se pourrait que ce lien avec le meurtrier puisse s'expliquer avec son passé…

James Wan est peut-être aujourd'hui le réalisateur le plus influent du genre horrifique. En 2004, le succès de son Saw lançait la mode du torture-porn alors que les cartons d'Insidious (2010) et plus tard Conjuring (2013) ont défini tout un pan d'une décennie de cinéma d'épouvante (le pan lucratif) reposant sur les mêmes bases : du surnaturel, des esprits, des possessions, la peur du diable et des jumpscares. Artisan surdoué, Wan transforme en or ce qu'il touche grâce à une mise en scène irréprochable et réussit à faire de films fauchés (dans le cas de Saw et Insidious) d'énormes cartons commerciaux avec leurs concepts simples mais redoutables. Depuis, Wan a évidemment été récupéré par de plus grosses machines et s'est acoquiné avec des blockbusters d'action un peu crétin sur lesquels il s'est sûrement beaucoup amusé. Malignant marque donc non seulement son retour à l'horreur mais aussi à un budget plus serré (tout est relatif) : il y a de quoi espérer un heureux événement.

Dès ses premières minutes, Malignant souffle le chaud et le froid. Difficile d'être entièrement porté par cette entrée en matière, pourtant d'une violence qui nous saute à la gorge et d'un noirceur agréable. Mais quelque chose coince. Il y a ce grande hôpital en images de synthèse, pas du meilleur effet, mais surtout la musique bien trop présente de Joseph Bishara (déjà auteur des BO des Insidious, Conjuring et leurs dérivés...), dont la partition souvent maladroite, parfois grossière, tend à tout surligner avec une lourdeur pachydermique (pitié, les travelings large avec la musique qui s'intensifie façon fin d'épisode de série pour essayer d'apporter de la tension à une scène banale, plus jamais). Le coup de grâce arrive avec un générique de début tape à l’œil et qui essaye beaucoup trop d'avoir l'air intense pour être honnête : on déchante, Malignant ne sera pas folichon.

Pourtant un des pires défauts de Malignant est aussi, au final, une de ses grandes qualités. Le film est kitch, atrocement kitch. Dans sa musique, insupportable de bout en bout quand elle n'est pas carrément surréaliste, dans ses personnages (c'est quoi ce flic bellâtre sorti d'une pub pour du déodorant ?), dans son esthétique, et jusqu'à ce boogeyman qui fait penser à Chelsea Wolfe dans un clip de BEHEMOTH : James Wan ne se refuse rien et va au bout de ses envies, comme un gamin qui a enfin droit de tout manger dans un magasin de bonbons. Des chœurs mystérieux usés jusqu'à la corde ? Je veux, je veux ! Des bastons à la Matrix (ou à la rigueur Upgrade, de son collaborateur récurrent Leigh Whanell) avec des grosses guitares ? Je veux, je veux ! Des références à tout va ? Oui, ça aussi je veux ! Un final décomplexé à fond les ballons ? Miam miam !

Le problème, c'est que le film est boiteux. Des éclats viennent embellir un ensemble médiocre. Quand James Wan nous recycle pour la énième fois ses sursauts et ses présences fantomatiques, on baille. Le cinéma d'horreur des dernières années a vu l'émergence d'auteurs passionnants et aujourd'hui on a le droit de douter : avec ses effets éculés et ses références classiques, Wan est-il devenu ringard ? Pourtant, les meurtres et les coups sont d'une brutalité rare et viscérale. James Wan ne cache pas son inspiration giallesque (une jeune femme liée à un mystérieux tueur ganté essaye de surmonter un traumatisme) et convoque Argento et Bava le temps de jeux de cadre et de couleur élégants, irréels et poétiques. Impossible aussi de ne pas penser à la dualité omniprésente chez Brian de Palma, notamment son excellent Sœurs de Sang, ou à son petit cousin plus déviant, le Basket Case de Frank Henenlotter. Pour le pire et le meilleur.

Car après presque 1h30 d'errements, Malignant s'enflamme dans sa dernière partie avec un "twist" plutôt jouissif qui permet au metteur en scène d'enfin lâcher totalement les chevaux alors que le film part dans le grand n'importe quoi, assumant une ADN bis qui nous ferait presque pardonner sa navrante première partie. On flirte avec le nanar mais au moins on se marre et on se dit que finalement, c'est ça Malignant : un nanar friqué, ou une série Z version prestige. Dommage que bien trop de séquences tiennent plus de la mauvaise série policière.

Malignant n'est pas un bon film. Pourtant, dire qu'il est totalement raté serait une erreur : on a le droit de croire que James Wan, désormais tout puissant grâce à ses succès précédents, fait absolument ce qu'il veut. Dans ce cas, ça veut dire mélanger tout et n'importe quoi et multiplier les références. Il n'y a pas de subtilité ou de demi mesure dans Malignant, tout y est extrêmement caricatural. Faut-il y voir une forme de générosité, ou une stupidité profonde ? Allez savoir. Dommage que le film soit aussi chiant les trois quarts du temps et que l'on ait l'impression d'avoir déjà vu la plupart des séquences en mieux ailleurs, alors que son auteur essaye paradoxalement d'innover, parce qu'on tenait sinon là un réjouissant film d'horreur visuellement soigné, qui osait se salir les mains. Peut-être qu'avec une autre musique...