Wave Gotik Treffen 2016 - Jour 1 @ Leipzig (13 mai 2016)

Live Report | Wave Gotik Treffen 2016 - Jour 1 @ Leipzig (13 mai 2016)

Cécile Hautefeuille 22 mai 2016 Cécile Hautefeuille

L'édition 2016 du WGT a proposé un programme toujours aussi riche, à tel point qu’il a fallu, de nouveau, faire de nombreux sacrifices. Mais en jouant la montre, il fut possible d’assister à huit groupes lors de cette première journée.

Patenbrigade : Wolff | Kohlrabizirkus

Quelle entrée en matière ! À 16h30 le vendredi 13 mai (cela ne s’invente pas) débutait les compères de PATENBRIGADE : WOLFF. La première place d’un festival est habituellement difficile à occuper. Il n’en est rien pour PB : WOLFF, qui attire déjà un public très conséquent – et de nouveau la queue pour entrer dans la salle. Le son, malgré la disposition des lieux (coupole ronde), est parfaitement calibré pour l’événement. Des basses lourdes et répétitives, qui n’étouffent ni les mélodies enjouées, ni les voix. Le spectacle est toujours aussi divertissant, le groupe feignant une scène de travaux (un symbole véritable de la vie en Allemagne) et buvant des coups pour amuser la galerie. L’autodérision est la marque de fabrique de PB : WOLFF et elle fonctionne sans problème. Le public se déguise à son tour en chef de chantier et mène une ambiance bon enfant. Aucun tube n’échappe à la playlist, et les mains se lèvent pour en redemander. Si si. Pour le premier groupe du festival, il y eut un rappel. Le Kohlrabizirkus était déjà bien rempli et le clappement des mains dans cette salle qui résonne donnait vraiment une impression de vertige. Les poils se sont déjà hérissés pour ce rappel inattendu. Le groupe termine, comble de l’autodérision, sur le titre Volksarmee, laissant son public sur une note positive et légère.

Triarii | Volkspalast Kuppelhalle

Autre lieu, autre ambiance. Le Volkpalast n’est qu’à 5 minutes à pied du Kohlrabizirkus, permettant souvent de voir plus de groupes dans la même journée que lorsqu’on est bloqué à l’Agra, complètement au sud de la ville. Mais là encore, TRIARII est le premier groupe à jouer. La salle n’est donc pas encore ouverte, et la file d’attente s’étend, sous un soleil de plomb, le seul que l’on apercevra tout au long de ce WGT. La Kuppelhalle est toujours à couper le souffle, mêlant des influences antique et baroque, et reste une des salles privilégiées du festival. La salle n’est cependant pas faite pour accueillir des concerts. Il faut donc arpenter escaliers et recoins sinueux pour espérer avoir une bonne vue. ET accéder au photopit devient cette année vertigineux. En effet, de nouveaux équipements barrent l’entrée des deux côtés de la scène. Le seul moyen d’entrer dans le photopit, c’est de passer… sur la scène. Je vous laisse imaginer la situation lorsqu’un photographe en retard arrive en milieu de chanson ou souhaite sortir en avance. TRIARII n’est pas le genre de groupe à faire danser les foules et crier les groupies. L’ambiance est grave, pesante. Le silence et l’attention règne. Christian Erdmann et son acolyte entrent en scène pour ne plus bouger. Les clichés du genre neofolk sont toujours présents, mais TRIARII les maîtrise à la perfection et les transforme en véritable geste artistique. Le rythme et le jeu de scène sont parfois monotone, mais le décor et l’admiration du public transforment cette performance en moment d’émotion.

The Sexorcist | Kohlrabizirkus

Retour au chou-rave (Kohlrabi en Allemand) pour de l’EBM dans sa version la plus minimale. Il faut l’avouer, la salle s’est vidée entre PB : WOLFF et THE SEXORCIST et le mouvement va se confirmer au fil du concert. Le projet est celui de Chris L. (AGONOIZE) et Gunnar Kreuz, et avait donné son premier concert au NCN 2015 auquel nous avions assisté. Depuis, le live s’est enrichi d’un nouveau collaborateur à la batterie électronique, formant donc un trio sur scène, tout de blanc vêtu. Le groupe propose, tout comme son prédécesseur, un concept tout en autodérision, avec cependant un style plus rigide et moins souriant. Mais la mayonnaise ne prend pas. Il y a bien quelques fans dans les premiers rangs, qui connaissent déjà tous les titres par cœur, mais le show semble se répéter. La salle, il faut dire, est gigantesque pour un groupe qui sort de l’œuf et le groupe aurait peut-être gagné à se produire en premier. Néanmoins, le plaisir des musiciens sur scène est visible et réussit à emporter une partie du public.

Dernière Volonté | Volkspalast Kuppelhalle

De retour au Volkspalast, nous retrouvons un groupe français des plus mythiques. Cela faisait longtemps qu’on attendait du nouveau du côté de DERNIÈRE VOLONTÉ, et 2016 est finalement l’année d’un nouvel opus,  Prie Pour Moi, qui mêle intelligemment des rythmes martiaux aux mélodies plus synthwave. Ce fut donc l’occasion pour le groupe de faire une apparition remarquée au WGT 2016. Et que rêver de mieux, sur ces airs mélancoliques, que la Kuppelhalle ? Sur scène, Geoffroy Delacroix s’accompagne d’un batteur, toujours debout, et toujours déchaîné. Ce genre de musique est pourtant difficile à rendre captivant en live, mais DERNIÈRE VOLONTÉ réussit là où les autres échouent. La performance est un sans faute : les morceaux sont subtils et raffinés, alternant habilement rythmes dynamiques et balades plus pesantes, la mise en scène offre un spectacle attrayant pour les yeux, et le décor donne la touche finale. Je dois malheureusement laisser un public conquis pour me rendre à la Stadtbad, applaudir un autre groupe français. Le concert de DERNIÈRE VOLONTÉ reste l’un des temps forts de ce WGT.

Hante. | Stadtbad

Mais voilà qu’il faut partir, de l’autre côté de la ville, là où se garer rappelle les parties de Tetris. Cela en valait néanmoins la peine, puisque c’est HANTE. qui se produit ce jour-là dans l’enceinte de la vieille piscine de Leipzig, là aussi un décor des plus originaux. Ce projet solo est celui d’Hélène de Thoury, qui s’était déjà produite l’an passé, dans la même salle, avec son autre groupe MINUIT MACHINE. Seule en scène, on sent l’excitation mais aussi l’appréhension dans le regard de la jeune musicienne. C’est qu’il faut en avoir, en tant que femme, pour se produire seule dans un festival d’un tel prestige, s’occupant à la fois de la musique et du chant. Cette audace lui vaut les faveurs du public, attentif et admiratif. Le charisme d’Hélène et sa performance habitée font presque oublier qu’une grande partie du concert se déroule sur le même rythme et que les chansons se ressemblent un peu trop. Ce n’est pourtant pas l’effet qu’elles produisent sur CD, bien inséré dans son canapé. Mais avec l’ambiance et l’acoustique saturée d’un concert, et les jambes qui commencent à tirer, on apprécie plus volontiers les cassures de rythme, ce qui fut fait en dernière partie de concert. HANTE. propose une balade là où on ne l’attend pas, avant de conclure par un morceau des plus rythmés, qui finit d’emporter le public. On en aurait bien repris.

Henric de la Cour | Stadtbad

Voilà le prince de Suède qui nous rend visite tandis qu’on avait renoncé à le voir au WGT cette année. C’est en effet une semaine avant le festival que le nom d’HENRIC DE LA COUR a été ébruité pour rejoindre l’affiche, chose confirmée quelques jours avant le début des festivités. Chose plus qu’étrange, le groupe qui attire depuis quelques temps des foules enflammées ne rassemble ce soir-là qu’une moitié de la salle Stadtbad, probablement victime de la concurrence. Henric joue en effet les challengers contre HAUJOBB et PROJECT PITCHFORK au Kolhrabizirkus. Soit, cela nous fait plus de place pour danser. La pop ténébreuse d’HENRIC DE LA COUR ne se laisse savourer sans le besoin de se défouler sur la piste et il devient de plus en plus difficile de prendre des photos sans se trémousser en rythme. En lieu et place d’un maquillage sombre et sanglant,  Henric arbore ce soir-là des paillettes sur le visage et un manteau large qui fait ressortir son anatomie si particulière. Le groupe joue pour une fois à quatre. Les deux musiciens aux synthétiseurs resteront malheureusement dans le noir (la Stadtbad et son éclairage…), laissant Henric et Camilla dans la lumière, ce qui a fortement agacé le chanteur qui n’a cessé de demander à éteindre les front lights, en vain. Un petit « fuck you light guy » avec le signe du doigt lui a même échappé. Un peu déçue de la setlist il faut le dire, qui ne change pas beaucoup des autres apparitions. D’autant plus que le groupe joue toujours « à la suédoise », c’est-à-dire sans les prolongations. Le show est toujours propre, entraînant, hypnotisant. Mais on attend maintenant un nouvel album pour faire évoluer la performance

The Deadfly Ensemble | Schauspielhaus

Changement total d’ambiance pour l’avant dernier concert de la journée. THE DEADFLY ENSEMBLE est un projet mené depuis maintenant dix ans par, Lucas Lanthier (CINEMA STRANGE, DIRTY WEATHER PROJECT), Steven James et Marzia Rangel (FAITH AND THE MUSE, CHRIST VS WARHOL), James Powell et Dizhan Blu. La musique de THE DEADFLY ENSEMBLE marque par son originalité, l’impossibilité de la classer dans un style précis. L’influence la plus prégnante est sans conteste celle de CINEMA STRANGE, son univers post-punk, macabre, fantastique, au-delà de toute nomenclature. Mais les arrangements acoustiques tendent à plus de légèreté, de simplicité. Cela n’empêche pas les membres, et en particulier le chanteur, de faire le pitre sur scène, de danser avec une bouteille de vin à la main, d’apporter son monde merveilleux au public. Et quel décor plus approprié que la Schauspielhaus, salle de théâtre et d’opéra, aux fauteuils rouges et portes automatiques qui vous enserrent pour signifier le début du spectacle. Les balances se font dans la foulée, rideau fermé. On entend les musiciens parler entre eux et jouer, en devinant ce qui peut bien se passer de l’autre côté. La première envolée vocale de Lucas Lanthier fait rire le public en chœur, qui doit imaginer quel énergumène se cache derrière cette voix irremplaçable. Finalement, le rideau se lève au son des premières mesures du premier morceau, pour découvrir une mise en scène digne de l’imagination sans borne du groupe. Le thème du concert : photographier le groupe… sur scène. Une mise en abyme des plus déconcertantes mais très excitante. Ainsi, pour un petit nombre d’entre nous, pouvions nous errer sur scène, dans toutes les positions voulues, pour photographier chaque membre. Un travail périlleux (il y a parfois embouteillage sur scène) mais une expérience unique. Évidemment, ce qui est sérieux au départ devient vite une cour de récré où l’on se photographie de haut en bas entre nous. Il faut à la fois travailler et réaliser les clichés escomptés, mais aussi jouer de sa propre posture et divertir le public, sans gêner le déroulement du concert. Cela restera l’une des meilleures expériences de concert et pour le public, au complet dans la salle, les applaudissements n’ont cessé de pleuvoir. Le groupe était attendu en Europe depuis longtemps et n’a pas déçu.

Peter Murphy | Agra Halle

À minuit passé, le premier jour du WGT n’en a pas fini avec les concerts. C’est le légendaire Peter Murphy, issu du groupe mythique BAUHAUS, qui entre sur la grande scène de l’Agra à 00h15. Et quoi de plus irrésistible que de démarrer en acoustique sur le célèbre King Volcano ? Difficile de rester de marbre devant le légende qui se présente devant nous. Le spectacle montre un niveau de professionnalisme peu égalé dans cette scène. Le charisme de Peter Murphy met tout le monde à terre, et la grande scène paraît presque trop petite pour lui. Sur scène, il est chez lui, et c’est en patron qu’il mène ce concert. C’est d’ailleurs le petit bémol de cette performance. Peu de sourires partagés, ni avec le public, ni avec ses collègues sur scène. Aucune complicité. On est là pour voir du grand spectacle et en prendre plein la vue, mais le tout reste sérieux, monumental, élitaire. La qualité sonore et visuelle donne une grande claque à tous les autres groupes en lice et l’on assiste au meilleur de BAUHAUS. Musicalement, rien à dire. Mais cette grosse machinerie semble avoir dressé entre le public et la scène un mur infranchissable où aucune émotion ne filtre.   Galeries photos :   | Hante. | Henric de la Cour | The Deadfly Ensemble | Peter Murphy