E-Tropolis Festival 2017 - Turbinenhalle @ Oberhausen (18 mars 2017)

Live Report | E-Tropolis Festival 2017 - Turbinenhalle @ Oberhausen (18 mars 2017)

Cécile Hautefeuille 21 mars 2017 Cécile Hautefeuille Cécile Hautefeuille

Amnistia - Main Stage

L’E-Tropolis 2017 commence doucement, à 14h, avec AMNISTIA. Malgré les défections des quelques fêtards présents la veille pour la pre-party et qui cuvent encore leurs bières et divers cocktails, le public est déjà bien présent à la Turbinenhalle. On sent l’ambiance encore froide mais l’electro puissant d’AMNISTIA réveille les quelques sceptiques. Le groupe a déjà 14ans et 4 albums studio derrière lui, mais fait encore preuve de timidité. Moins de 40 minutes lui sont offertes, pendant lesquelles AMNISTIA tente de conquérir le public. Un pari presque réussi.

Wulfband - Second Stage

« Oh, une serpillière, c'est formidable Thérèse, je suis ravi, écoutez.
- Non Pierre c'est un gilet...
- Ah oui, ah bah bien sûr, ah ben alors bien sûr c'est un gilet : y'a des trous plus grands pour les bras, alors... ! Si vous saviez ce que ça tombe bien, je me disais encore hier soir qu'il manquait quelque chose pour descendre les poubelles. Je suis ravi Thérèse ! »

C’est à peu près la réaction de tout un chacun devant le costume de poulpe du chanteur de WULFBAND, qui dissimule son visage par des biais un peu moins bling bling que les DAFT PUNK. C’est d’ailleurs un EBM bien sale que nous propose le duo suédois, incroyablement dynamique et performant. Les premiers groupes ne sont pas les plus mauvais, avec les années vous devriez le savoir. Tant pis donc pour ceux qui ont raté ce spectacle ! Les autres ont eu plus de place pour pogoter brutalement. Le groupe est rarement invité en Allemagne et c’est bien dommage. Ce fut l’un de nos coups de cœur de la journée.

Centhron - Main Stage

On ne peut pas tout apprécier. Désolée donc pour les fans, mais je ne comprends toujours pas l’engouement pour ce groupe. Il en déplace pourtant, des foules. Ce fut également le seul groupe de la journée muni d’un guitariste. Ça a donc beaucoup headbangé, virevolté, fait sécher ses cheveux. Année après année, CENTHRON se sculpte une véritable image de professionnels d’un electro metal assez original, mais aussi très brutal. Et il faut le dire, assez répétitif. Mais le public a toujours raison, et il fut nombreux ce jour-là à les applaudir.

Cryo - Second Stage

Avec CRYO débute le bal de la malédiction sur la « petite » scène. À partir de ce moment, aucun groupe sur cette scène ne s’en sortira sans problème de son. Pourtant, CRYO faisait partie de nos petits chouchous, nos poulains suédois que l’on voulait encourager. Et ils étaient bien « chaud patate » pour donner à ce set la résonance internationale qu’il mérite. Et puis patatra, dès le deuxième titre, la sortie audio fait des misères. Le groupe s’arrête, s’excuse et part discuter avec l’ingé son. Il recommence le morceau… sans succès. Énervé, le duo passe au troisième titre sans discuter, et les sourires se transforment en déception. On lit sur leurs visages l’inquiétude. Martin Rudefelt, habitué à faire des têtes de psychopathes, perd soudain son masque et sa fougue et Torny Gottberg n’a plus envie de sautiller çà et là. Mais après quelques minutes, CRYO se reprend et offre tout de même un set à la hauteur de sa musique. Le groupe reste cependant très déçu de sa performance et ne cesse de s’excuser.

In Strict Confidence - Main Stage

Depuis une paire d’années, IN STRICT CONFIDENCE prend plaisir à changer de décor et propose un set vintage. Il faut dire que le groupe existe depuis 21 ans et a énormément évolué depuis sa création. On pourra trouver la démarche misogyne, puisque ce set vintage exclut d’office toutes les femmes de cette performance, mais il n’en est rien. Dennis Ostermann et Jörg Schelte interprète ce jour-là le répertoire du groupe de 1996 à 2004, pour le plus grand plaisir des fans. Qu’ajouter ? Le set fut parfaitement exécuté, dans la voix, le son, les jeux de lumière. Ce fut un concert féérique, inspiré, possédé.

The Invincible Spirit - Second Stage

Certains ont réagi après concert. Selon eux, ce fut le grand moment de ce festival. Comment cela est-il possible ? Avons-nous assisté au même concert ? La nostalgie des anciens titres y est toujours pour quelque chose. Steve Strange avait beau chanter faux sur la fin, on aimait toujours aller voir VISAGE en concert. Je ne vois que cette possibilité car le concert de THE INVINCIBLE SPIRIT fut extraordinairement mou. Malgré l’entrain de Thomas Lüdke pour sauver le bateau, le groupe ressemble à n’importe quel groupe de rock des années 1980 : vieux, fatigué, blasé du spectacle. Bien sûr, ils sont toujours là pour la musique, le son. Mais la performance, elle, est tout aussi importante en concert, et il n’y en eut malheureusement aucune. A cela s’ajoute des crachotements dans les enceintes qui ne furent pas les bienvenus. Dommage.

Solitary Experiments - Main Stage

Un peu de changement mais pas trop, c’est ce que nous a proposé SOLITARY EXPERIMENTS. Depuis quelques temps, un nouveau membre a pris place au sein du groupe : il s’agit du clavériste Markus Schmidt. À cela s’ajoute le double combo de batteurs qui sont un réel plus pour la performance, car Dennis Schober, aussi talentueux et sympathique qu’il soit, fait toujours son timide sur scène, même après tant d’années. Que dire de plus, ce fut un set classique pour un groupe toujours fiable.

Tyske Ludder - Second Stage

Bienvenu au pays de la provocation et de la perversion. TYSKE LUDDER fait toujours son petit effet. Le set n’a pas beaucoup bougé depuis quelques années, hormis quelques effets visuels. On remplace le masque de Bush par celui de Trump, on met en place un rétroprojecteur avec des réflecteurs photo (une sacrée bonne idée que beaucoup vont leur piquer) et on invite toujours un emmerdeur sur scène pour jouer du tambour. Jay Taylor ne fut cependant pas de la partie, à danser et se contorsionner autour de sa batterie. Mais le concert reste une très belle performance du groupe.

Solar Fake - Main Stage

Attention, le groupe à minettes est de sortie. Mais si, ne niez pas. Lorsque Sven Friedrich et Andre Feller arrivent sur scène, c’est l’extase pour bon nombre de jeunes filles. La scène dark n’est plus si dark, on entend des cris orgasmiques provenant du public. Et nous ne parlerons pas de ce moment torride ou Sven enlève son manteau. Non, vraiment. Bon, allez, ils sont quand même sympas SOLAR FAKE, mais chacun ses goûts. Ce fut pour moi le parfait moment pour m’éclipser et aller dévorer le meilleur burger vegan de festival qu’il m’ait été donné de manger. Chacun son orgasme.

[X]-RX - Second Stage

On continue avec les problèmes techniques. Ça se remet à cracher sévère durant les premiers morceaux de [X]-RX, si bien que le duo ne peut se concentrer et enflammer le public avec son traditionnel opener Escalate. Malgré les bras en l’air et la grimace qui va avec, le groupe repart régulièrement derrière la scène pour régler les problèmes de son. Les regards se croisent, inquiets, crispés. Après plusieurs minutes d’ajustement, [X]-RX parvient finalement à s’installer dans son set et se concentrer sur la performance. Le duo a la chance de monter dans le running order et en profite pour s’octroyer presque une heure de set dark electro.

Agonoize - Main Stage

Non, vous ne rêvez pas, le hasard du line-up fait passer AGONOIZE juste après [X]-RX. Dommage pour ceux qui, souvent, apprécient les deux groupes, mais surtout amusant, étant donné la différence d’envergure entre les deux actes. Il a fallu une bonne heure aux techniciens pour recouvrir la scène et les enceintes de la traditionnelle bâche de protection anti-projection de jus de fraise. Les premiers rangs le savent et sont venus pour ça : ils vont se faire éclabousser. Et attraper un coup de chaud par la même occasion, puisqu’on voit sur scène quatre machines à flamme réelle. Un pupitre est également installé au milieu de la scène. Les lumières s’éteignent, l’intro démarre, le show commence, et LE moment de la soirée va bientôt arriver. En fait, on s’en doutait un peu. Entre la scène et les énormes speakers aux mêmes dimensions, il y avait un espace d’un peu moins d’un mètre. Cet espace, pour les besoins du concert, ont été recouverts de la bâche de protection. Oliver Senger arrive, clope à la bouche, lunettes de soleil sur le nez et s’avance pour saluer son public. S’avance, s’avance… et ne voit pas le trou sous la bâche. Le pauvre tombe de deux fois sa hauteur. À cet instant, on ne sait pas encore si l’on doit rire ou pleurer. Une fois remonté par ses collègues, Oli nous tend son plus beau pouce pour signifier que tout va bien, et rejoint son perchoir clopin-clopant. C’est mal de se moquer… mais on n’y résiste pas.

Le concert reste du pur AGONOIZE, avec un bon bain de sang, et des tubes à n’en plus finir. Le son, lui, est étouffé sous les bâches, ce qui encore une fois pollue largement la prestation. La distorsion de la voix, elle, a quelque peu changé. Les fans s’en sont plaint après coup, car on ne comprenait pratiquement plus aucune parole. Néanmoins, le groupe est là pour faire le show, et c’est ce qu’il a fait. Mention spéciale, comme tout au long du festival, à l’ingé lumière qui a réussi à faire de ce parcours ensanglanté… un beau spectacle.

Faderhead - Second Stage

Retour sur la « petite » scène et sa malédiction. Tout était si bien mis en place. FADERHEAD a su moderniser et optimiser l’espace scénique avec de simples artifices (barres LED, bustes lumineux), le tout joliment symétrique. Et ce n’est pas rien, dans un festival où l’on voit défiler une bonne trentaine de claviers très moches sur des pieds tout aussi moches. On y croyait, tout était bien parti. Sami avait même retiré ses lunettes. Mais voilà, très vite, il se tient l’oreille, enlève et remet don oreillette, jette un œil inquiet vers Joel Meyer et Jörg Lütkemeier avant de baisser les bras et s’avouer vaincu. Il ne s’entend pas, et nous… ben on l’entend. Pour ceux qui ont une expérience de la scène, tout est si fort et vibre tellement que l’on ne s’entend absolument pas lorsque l’on chante ou joue. On a donc tendance, si l’on a aucun retour, à chanter plus fort, et un peu n’importe comment. Les deux premiers morceaux de FADERHEAD étaient donc faux, mais ce fut un bel effort de tenir sans arrêter en plein milieu et piquer une crise. Patiemment, Sami attend les intermèdes pour régler les problèmes d’oreillette en coulisses. Le reste du set se passe paisiblement, le groupe ayant viré d’une electro boom boom à quelque chose de plus calme et expérimental.

Covenant - Main Stage

COVENANT, LE groupe de synthpop mythique, les rois de l’electro, les dieux de la musique… Et pourtant, il y a ce feeling qui ne passe plus. COVENANT est égal à lui-même. Élégant, juste, féérique, pro, parfait. Peut-être trop parfait ? Le show est tellement bien rodé, il n’y a plus vraiment de magie. C’est un avis très personnel ceci dit, mais COVENANT ne me fait plus d’effet. Le groupe alterne majestueusement entre tubes d’antan et nouveaux titres de The Blinding Dark. Toujours aussi parfait. Mais pas touchant.

Neuroticfish - Second Stage

Pour comprendre ce qu’il s’est passé durant ce concert, il faut remonter quelques mois auparavant, et faire une digression personnelle. Cela va faire une bonne dizaine d’années que je n’ai pas assisté à un concert sans appareil photo. Comme pour beaucoup de photographes, l’appareil devient un prolongement du bras et on a du mal à s’en défaire. Cependant, fin 2016, une tendinite du poignet causée par l’utilisation quotidienne d’appareils photo m’a conduit à un arrêt de travail d’une durée de deux mois, avec le port jour et nuit d’une attelle. J’ai dû annuler de nombreux concerts et festivals en fin d’année et rester au calme. Mais en décembre dernier, NEUROTICFISH proposait un concert « à la maison » au Kulttempel d’Oberhausen, que je ne pouvais rater. Ce fut donc mon premier concert depuis une décennie les mains libres, sans responsabilité. Et ce fut une pure merveille. Le concert était complet, et pour danser il fallait rester derrière, au bar, entre deux tables. Malgré l’afflux massif, l’ambiance est restée bon enfant, et surtout magique. 2h du pur bonheur et de danse frénétique.

C’est donc dans l’optique de continuer sur cette lancée que je m’élance vers le devant de la scène pendant l’intro Rose. Et quel show ! NEUROTICFISH se fait souvent discret, sobre, en retrait. On ne pouvait s’attendre à un tel accueil du public. Pourtant, ce dernier se met à sautiller dans tous les sens et scande toutes les paroles de chaque titre. Le groupe propose un concert complet, 19 titres issus de toute la discographie. Ils ont le temps, puisqu’ils sont tête d’affiche de la seconde scène. Eux-mêmes n’en reviennent pas et Sascha doit le dire à haute voix pour réaliser l’ampleur de l’événement. Le groupe est visiblement très ému de l’accueil que lui réserve le public d’Oberhausen. Quant à moi, j’ai sautillé tout du long, comme toute bonne groupie qui se respecte.

Setlist :
01. Rose
02. Silence
03. Former Me
04. The Bomb
05. Behaviour
06. Wake me Up
07. Suffocating Right
08. Agony
09. Is it Dead
10. Civilized
11. A Greater Good
12. M.F.A.P.L
13. I don't Need the City
14. Somebody
15. Velocity
16. Can't Stop a Riot
17. Need

Rappel :
18. Illusion of Home
19. They're Coming to Take Me

Front 242 - Main Stage

Le festival touche déjà à sa fin. La journée est passé à une vitesse, comme toujours. Comme toujours, on a raté la moitié des groupes qu’on voulait voir, des amis avec qui on voulait se soûler, des CDs qu’on voulait acheter. C’est le lot des festivals. Mais ce soir-là, on ne pouvait pas rater FRONT 242. Le groupe est toujours incontournable, certes, mais il a eu quelques accrochages par le passé avec Protain, notamment lors de son passage à l’Amphi 2014. Mais depuis, il y eut l’Amphi 2015 à la Lanxess Arena et cette incroyable ferveur. Front 242 est un groupe de stade, de grandes salles humides et dense. La Turbinenhalle correspond parfaitement au groupe qui délivre ici une performance mémorable. Les éditions précédentes avaient connu des défections du public qui ne restait pas nécessairement pour la tête d’affiche. FRONT 242 met tout le monde d’accord. Tout le monde est là, la salle est remplie, unanime, robotique, EBMisée. On danse, chante, scande tous en rythme évidemment. Les amis Jean-Luc de Meyer et Richard23 sautillent dans tous les sens, suivent les faisceaux de lumière, nous en foutent plein les yeux et les oreilles. Le concert parfait. La meilleure tête d’affiche possible pour clôturer un festival.

Les plus téméraires sont restés tard faire la fête en after. Les autres sont rentrés sagement, des souvenirs plein la tête. Encore une très belle édition portée par Protain.