King Woman + C✩CKSTAR: THE SEX MESSIAH @ Petit Bain - Paris (75) - 15 octobre 2026

Live Report | King Woman + C✩CKSTAR: THE SEX MESSIAH @ Petit Bain - Paris (75) - 15 octobre 2026

Pierre Sopor 16 octobre 2026

La dernière (et seule ?) fois que King Woman jouait à Paris, c'était en 2018, dans la cave de l'Espace B. Imaginez alors quel hasard cosmique il a fallu pour que son retour parisien, que l'on n'osait presque plus espérer, se fasse quelques jours après un passage de King Dude à la capitale, l'occasion parfaite de faire des blagues faciles ! Entre temps, l'Espace B n'est plus (on en regrette plus l'indispensable action culturelle que les conditions !) King Woman a sorti le merveilleux Celestial Blues, les années ont passé mais malgré ses multiples projets musicaux (notamment NGHTCRWLR, expérimentations breakcore / noise / indus), Kristina Esfandiari reste rare.

Le retour de King Woman sur une scène française se faisait à Petit Bain, dans le cadre d'une tournée fêtant les cinq ans de Celestial Blues. Il était temps. Depuis l'époque de l'Espace B, le projet a gagné en popularité comme le prouve ce changement de standing mais aussi un public d'adeptes, dont pas mal de jeunes, qui se massent déjà devant la scène… mais avant la grande messe, la soirée organisée par Sanit Mils commençait avec quelque chose d'encore plus rare que King Woman.

C✩CKSTAR: THE SEX MESSIAH

Globalement introuvable sur internet, à l'exception d'un profil Instagram contenant très peu de choses, C✩CKSTAR: THE SEX MESSIAH est un projet entouré d'un mystère devenu rarissime. Impossible d'écouter son travail nulle part (du moins pour l'instant), le live étant donc la seule occasion de découvrir cet univers. Derrière le projet se cache l'artiste d'origine française Lecxi Doumer, qui a notamment travaillé avec... NGHTCRWLR, tiens, tiens !

Seule sur scène, elle lance son set dans la pénombre de Petit Bain. On ne savait pas trop à quoi s'attendre, un tombe sur un metal industriel abrasif, méchant, lourd. Les boucles se répètent, hypnotiques. D'une pesanteur crasseuse, la musique n'est pas dépourvue d'une théâtralité gothique. On pourrait jouer à décrire le résultat comme une rencontre apocalyptique entre les Genitorturers, pour ce côté sale qui racle bien le fond des tripes, Godlfesh pour la radicalité frontale, Ministry pour l'impression d'avoir la tête dans un moteur qui déconne, mais hantés par le spectre de Rozz Williams et des ombres aristocrates à la London After Midnight. En résumé : c'est trop bien. 

La rareté ne venait donc pas uniquement du fait d'être face à une découverte totale d'un projet évoluant encore sous les radars mais aussi dans cette satisfaction d'avoir fait la connaissance d'un truc qui cogne, qui mord, qui nous attrape dès les premières secondes pour nous retourner dans tous les sens. Pour le moment, il faudra nous faire confiance car vous ne pourrez vérifier nulle part en ligne : ça tue. Si le parfum underground de ce secret est forcément très excitant, on espère quand même pouvoir réécouter C✩CKSTAR: THE SEX MESSIAH un jour, bientôt, parce que s'il faut attendre une prochaine tournée de King Woman et que celle-ci a encore lieu dans deux mille ans, ça va faire long !

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KING WOMAN

Est-ce la rareté des apparitions du groupe qui a généré une telle attente ? Petit Bain n'est pas tout à fait complet et pourtant on sent un véritable enthousiasme, une fébrilité même, alors que les corps s'entassent devant la scène. Entre son absence et ses multiples projets et apparitions ici ou là (dans un court-métrage de Boy Harsher, dans le film I Saw the TV Glow, etc), Kris Esfandiari est devenue une sorte d'icône. Si vous n'avez pas TOUT suivi ces dernières années, les visuels associés à Celestial Blues hantaient peut-être encore votre esprit : Esfandiari, cheveux corbeau plaqués en arrière, rôdant dans l'ombre, le regard noir et la moue boudeuse. Là, alors que la lumière de la salle s'éteint et que quelques spots bleus font le strict minimum, la chanteuse se pointe avec un sourire immense et une longue chevelure blond platine qui génère plus de lumière à elle seule que tout l'équipement de Petit Bain !

On fête les cinq ans de Celestial Blues, la setlist lui est (presque) intégralement consacrée et c'est avec la le spleen entêtant du morceau-titre que commence la cérémonie. Lourdeur cathartique, envolées mélodiques et ce chant grave si particulier : on y est, ça le fait à mort, même si la boss n'arrête pas de sourire. On l'imaginait rôder dans l'ombre, elle passe au contraire son concert à échanger avec son public, tendant le micro à une audience qui connaît par cœur les paroles. King Woman joue avec nos nerfs, retenant ses élans, les influences dreampop, grunge et shoegaze volant enfin en éclat lors des secousses sismiques et des éruptions viscérales de refrains libérateurs aux airs d'hymne alors que Kris nous rugit Ruse.

L'introspection mystique (les paroles de Golgotha répétées comme un mantra) gagne en intensité, une espèce de rage enfle dans la noirceur de la péniche, une tension libérée par un enchaînement Boghz / Coil possédé et hargneux où quelques ombres black metal s'incrustent, ou lors des cris glaçants du final de Psychic Wound aux proportions bibliques. Le temps passe et la setlist cède une petite place à la récente Bury, présente sur la bande-son d'I Saw the TV Glow, ainsi qu'à Utopia, un titre du premier album. Puis c'est Morningstar, le "tube" de King Woman s'il fallait en élire un. Les musiciens en ont bien conscients et jouent avec les silences pour faire monter un peu plus la sauce. Dans la fosse, ça transpire sec (enfin, on se comprend). Les proportions bibliques que l'on évoquait quelques mots plus haut, la théâtralité, l'hymne mystico-poétique parfait pour conclure une soirée en faisant des cœurs avec les doigts. Sauf qu'il restait la reprise des Stone Roses, I Wanna Be Adored et, à en croire le bouquet de fleurs qui est tendu à la chanteuse, ses prières ont été entendues.

Alors on n'est pas dupes. On sait que quand des artistes viennent de loin et nous disent qu'on est la plus belle ville du monde (c'est vrai !), le meilleur public du monde (c'est vrai aussi !), la meilleure date de la tournée et toutes ces choses, ça sent le discours répété poliment soir après soir pour ne vexer personne… Mais là, quand on voit l'accueil d'un public conquis et le sourire immense de Kristina Esfandiari, qui repart son bouquet à la main, on se dit qu'elle le pensait peut-être un peu, quand même ! Et du coup, peut-être qu'il ne faudra pas attendre de nouveau une quasi-décennie pour revoir King Woman ? Ca serait pas mal, parce que c'est le genre de moments magiques que l'on aimerait bien revivre avant la fin du monde.

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Pierre Sopor

Rédacteur / Photographe