VerdamMnis Magazine - Music Promotion
Concours | Gagnez votre place pour le concert de MOTIONLESS IN WHITE à Paris à Petit-Bain le 30 janvier 2018

Interview : Kamera Obscura

Pierre Sopor 19 septembre 2017

La formation parisienne KAMERA OBSCURA, dont le travail s'inspire de films cultes du cinéma bis, revient cet automne avec du nouveau ! Il était donc grand temps de les faire parler : Cécile (chant), Jean-Philippe (guitare), Franck (basse) et Thibaut (batterie & caution mignonne et innocente du groupe) répondent donc à nos questions. On y parle forcément cinéma d'horreur (de Lucio Fulci à Monstres & Cie, c'est dire), mais aussi de l'été que le groupe vient de passer en studio pour sortir leur deuxième album pour lequel ils ont lancé une campagne indiegogo à laquelle vous pouvez participer en [cliquant ici].

Pour commencer, il me semble que vous étiez en studio cet été. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ? Un nouvel album est-il prévu pour bientôt ?
Cécile : On travaille dessus depuis un moment. Avec l'évolution du groupe c'était une étape évidente. Les morceaux ont reçu un super accueil live : il fallait qu'on capture cette énergie. Personnellement j'en crevais, j'avais un besoin viscéral de sortir toute cette matière noire.
Il y a un truc qui a lâché en moi au moment de l'écriture et la configuration actuelle du groupe m'a permis d'explorer d'avantage mes propres abysses et de faire jaillir ainsi pas mal de trucs... ça se ressent sur l'enregistrement, c'est plus intense. Il y a toujours un parallèle super fort entre les films dont on s'inspire et nos propres angoisses, fantasmes, obsessions...
Le simple fait de penser à cet album m'électrise. Il y a des morceaux où la voix est quasi brute, les instrus sont puissantes, plus mélodiques et comme à notre habitude, on ne s'est pas posé la question du "Radio Edit"... L'ambiance sur l'album est lourde, on est à vif mais en communion tous les quatre : on n'a jamais obtenu un son pareil. On est clairement dans une nouvelle phase pour le groupe... pour moi, c'est la meilleure !
On a commencé par faire les pré-prods tous les quatre au printemps puis on est entrés en studio avec Florent cet été.
On ne va pas te mentir, c'est dur comme process : on a un repoussé nos limites, expérimenté, on n'a pas dormi des masses parce que du moment où on a mis un orteil en studio on n'a plus pensé qu'à ça... Par contre on a réussi à profiter pleinement de l'expérience en la vivant en groupe et ça, c'est juste surpuissant.
On a mis beaucoup de nous même dans ce disque, mais le résultat dépasse nos attentes... C’est pourquoi on a envie que d'autres s'impliquent dans sa sortie et se l'approprient : la pré-commande nous est vitale pour donner à cet album sa forme physique ! On dit tout ça sur notre page indiegogo et on compte sur vous ! (https://www.indiegogo.com/projects/make-kamera-obscura-s-lp-come-alive-movie-music)
Franck : Cet album est le résultat de presque trois ans de travail collectif, et il correspond parfaitement à ce qu’est KAMERA OBSCURA aujourd’hui. Une part de chacun de nous est réellement très présente dans chacun des dix titres de cet album, et ça c’est extrêmement important.


Vous avez récemment repris Cannabis de SERGE GAINSBOURG, ce qui vous éloigne de vos habituelles références horrifiques. Etait-ce exceptionnel ou est-ce le genre d'expérience que vous avez prévu de renouveler à court terme ?
Cécile : C'était exceptionnel à plusieurs niveaux : quand Rurik Sallé (ancien journaliste de Mad Movies et co-créateur du magazine Metaluna et de Distortion, NDLR) nous a invités sur la compil, on savait que le pré-requis pour y figurer était qu'il faudrait reprendre un morceau tiré de la BO d'un film français. On écoute au global très peu de musique francophone, je ne chante jamais dans cette langue, c'était donc une nouvelle expérimentation et ça nous a amusé. C'est Franck qui a eu l'idée du morceau, il est fan de Gainsbourg, on en a discuté tous les quatre et on est tombés d'accord... C'est bien écrit, bien composé, on respecte l'artiste et on ne nous attendait pas sur ce terrain là. C'était chouette de le faire et de faire partie de ce projet.
Jean-Philippe : C’était amusant de prendre un slow et d’en faire un morceau heavy. De transformer la suavité en lourdeur. Et vu le thème du morceau, ça nous semblait logique d’aller vers des arrangements qui tirent sur le doom.
Franck : Je voulais vraiment voir ce que pouvait donner du chant en français avec KAMERA OBSCURA. Au final je trouve le résultat très convaincant. En revanche ça va être difficile de convaincre Cécile de chanter en français sur une composition originale !


Cette reprise se trouvait sur une compilation pour Distortion. Vous aviez aussi participé à la Metalunight, un événement avec films et concerts. Pouvez-vous nous parler de ce lien que vous avez avec ce milieu de cinéphiles "déviants" ?
Cécile : Haha ! On en fait partie de ces cinéphiles "déviants" ! Quand on a joué à la Metalunight on a eu l'impression d'être à la maison, en famille. On a reçu un super accueil, les gens étaient incroyables et jouer dans un cinéma, c'était l'apothéose pour nous ! C'était super sympa d'être accueillis et présentés par des anciens de Mad Movies (Jean-Pierre Putters et Rurik Sallé). C'est d'ailleurs là qu'on a rencontré Fred des SLEAZYS avec qui on a partagé plusieurs concerts par la suite. Une soirée dont on parle encore.
Metaluna, c'était un putain de magazine et les bisseux... on les surkiffe !
Jean-Philippe : Ce milieu de cinéphiles déviants, je suis dedans depuis mon adolescence. Je fais partie de la génération VHS qui hantait les rayons horreur des video-clubs et qui a construit sa cinéphilie avec Mad Movies, l’Écran Fantastique et Starfix. Cette déviance, c’est ma culture. C’est vrai pour le cinéma, la littérature et tout ce qui touche à cette imagerie.


Cette passion pour le cinéma d'horreur / SF / bis en général d'où vient l'essence de KAMERA OBSCURA est-elle partagée par tout le groupe ?
Cécile : Thibaut on parle de ta phobie du sang ?
Jean-Philippe : Oui, à part Thibault qui a un peu de mal avec le gore, on est plutôt raccords.
Franck : Mes premiers vrais souvenirs de cinéma sont des films d’horreurs et des séries B des années 70/80. Je passais tous mes samedis soir sur canal pour les voir (on a oublié aujourd’hui que sur les quatre ou cinq samedis du mois à la fin des années 80, il n’y en avait qu’un réservé au X, tous les autres c’était de l’horreur). C’est à peu près à la même époque que j’ai découvert, côté littérature, Philip K. Dick. Encore aujourd’hui mes deux références principales restent K. Dick et Romero (et un petit peu Lovecraft aussi !).
Thibaut : J’aime les ambiances sombres, mais de toute façon cette question me met la honte donc soyons honnête : je suis bien content d'être dos à l'écran sur scène !


Les films dont vous vous inspirez sont essentiellement issus des années 70 /80. Pourquoi ces périodes ? Est-ce un choix esthétique ? Ou peut-être est-ce lié aux BO composées à l'époque ?
Jean-Philippe : Pour moi il y a un âge d’or du cinéma de genre qui démarre à la fin des années 50 avec les premiers films de la Hammer puis le fantastique gothique et les premiers giallos italien. Ça continue dans les années 70 avec un cinéma américain traumatisé par les horreurs de la guerre du Vietnam. Et enfin les années 80 avec l’explosion de la VHS qui a provoqué une surenchère dans le gore et le dérangeant. Il y a des choses très bien qui se font aujourd’hui, mais ça n’a pas la force esthétique que donne la patine du temps. Que ce soit la photo, les effets spéciaux ou bien sûr la musique, il y a une puissance visuelle et thématique incomparable. Ce n’est pas un hasard si Stranger Things ou le mouvement synthwave ont autant de succès aujourd’hui. Il y a une grosse part de nostalgie bien sûr, mais elle est est liée aussi à une époque où le cinéma en général à cassé les codes et où tout était permis, avec une génération de réalisateurs revenus de la période hippie, prêts à envoyer du steak (saignant). Donc, oui c’est un choix de notre part d’aller vers ce cinéma.
Franck : C’est vrai que les BO de l’époque sont hallucinantes. La version européenne de Zombie composée par GOBLIN est à tomber.


Envisageriez-vous d'emmener KAMERA OBSCURA vers d'autres époques du cinéma d'horreur ?
Jean-Philippe : Sur le nouvel album, on s’est volontairement focalisés sur le cinéma américain des années 70-80. Mais depuis nos débuts, on a ratissé assez large et on peut aller aussi vers d’autres territoires et d’autres genres que l’horreur. On ne s’interdit pas d’aller voir du côté du ciné d’arts martiaux, du polar badass, du western, des classiques des années 30 ou même du cinéma expérimental.
Franck : Oh oui, les westerns spaghetti, ça c’est inspirant !
Thibaut : On prévoit de jouer mon film d’horreur préféré : L’Étrange Noël de Monsieur Jack !
Cécile : Hahahaha !



Y a-t-il des films d'horreur / fantastique / de genre au sens large récents qui vous ont plu ou marqués ?
Cécile : J'ai bien aimé Babadook mais ça date un peu... Visuellement, A Cure for Life m'a séduite. Je dois avouer que je ne suis pas super à l’aise avec tout ce qui touche aux extra-terrestres mais Arrival, le SF autour du langage où des aliens débarquent à plusieurs endroits de la planète en simultané pour transmettre LE truc qui sauvera l'humanité a été une bonne surprise ! Hier soir j’ai regardé Train to Busan, un film de zombies Coréen… il est clairement à voir.
Depuis quelque temps, j'accroche plus sur des séries en fait : Stranger Things, Game Of Thrones… la dernière saison de Twin Peaks m'a retourné le cerveau.
Jean-Philippe : Cette année j’ai bien aimé Brimstone, un western/thriller hollandais très inspiré de la nuit du chasseur, mon film préféré. Hounds of Love, un film de serial-killer
australien. Et The Girl With All the Gifts, un post-apo / zombies anglais qui aurait pu être une autre suite à 28 Jours Plus Tard.
Sinon je suis d’accord que c’est dans les séries qu’il se passe le plus de choses intéressantes en ce moment : American Gods, Preacher, Penny Dreadful, Black Mirror… et Ash vs Evil Dead bien sûr !
Franck : Les 2 films qui me viennent à l’esprit, là tout de suite, même s’ils ne sont pas super récents, sont Morse et Bedevilled. C’est vrai que ces derniers temps on regarde plus de séries. J’ai bien accroché sur Narcos et Legion.
Thibaut : Monstre & Cie ça compte ?
Cécile : Tu ferais grimper le compteur de screams et alimenterais toute leur ville en électricité en one-shot


Vos shows sont très visuels. Les lumières rouges et bleues m'ont donné l'impression de regarder Suspiria, ou un Bava coloré ! Est-ce un aspect recherché ?
Cécile : Complètement. Bien vu !
Jean-Philippe : Oui l’aspect visuel de nos concerts à toujours été primordial pour nous. Ça passe par la vidéo bien sûr, mais aussi la lumière quand c’est possible. Choisir la dominante de couleur qui ira bien avec l’univers du film dont le titre s’inspire. On espère aller encore plus loin dans ce sens dans le futur. Après, ça dépend aussi du lieu où on joue. Le but c’est que nos concerts puissent fonctionner aussi sans ces artifices dans des lieux où ça n’est pas possible.


J'ai cru comprendre que vous tourniez également un clip. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Cécile : Ça faisait longtemps qu'on avait envie de tourner quelque chose et c'était le moment. Tout ce qu'on peut te dire c'est qu'il y aura un clip avec la sortie de notre premier single qui arrivera courant octobre et que le morceau fait référence à un film sorti en 1980.
Jean-Philippe : On a tourné et monté le clip nous-même pendant l’été. Les cinéphiles déviants devraient pouvoir reconnaître la référence assez facilement en le voyant.
Thibaut : Yes ! On s’est éclatés à le tourner et on est très contents du résultat, j’ai hâte de voir vos réactions.



Aimeriez-vous pousser le concept de KAMERA OBSCURA au point de réaliser un film, musical ou non, ou de réaliser des ciné-concerts un jour ?
Cécile : On nous pose souvent la question ! Un truc à la Help, Franck ? Hahaha !
Jean-Philippe : Un ciné concert, ça me plairait beaucoup. Il faudrait que je réfléchisse à un film … Sûrement un truc un peu sale des années 70.
Franck : Écrire un opéra-rock, en film, ça c’est un truc dont je rêve depuis très très longtemps !
Thibaut : Désolé Franck si tu composes un opéra-rock je passe mes deux bras sous une presse, t’es prévenu.


Depuis les sorties de Dark Reels et Copycat, le cinéma d'horreur a connu une hécatombe : on a perdu Christopher Lee, Angus Scrimm, Wes Craven, George Romero, ou tout dernièrement Tobe Hooper. Ce genre d'événements a-t-il une influence dans le choix de vos références, que ce soit en studio ou pour vos extraits projetés en live ?
Cécile : Leur disparition ? Non... Mais c'est dans l'ordre des choses : on aime ce cinéma donc fatalement les années passent et nos icônes s'éteignent. "Everything Dies" pour citer Peter Steele.
Jean-Philippe : Oui, c’est une génération d’acteurs et de cinéastes qui ont démarré leur carrière dans les années 50,60,70 qui atteint un âge avancé. Mais on leur rendait déjà hommage de leur vivant dans KAMERA OBSCURA, de la même manière qu’on rend hommage à des cinéastes disparus depuis longtemps comme Mario Bava ou Terence Fisher. D’ailleurs, il y a un titre inspiré d’un film de Tobe Hooper dans le nouvel album. Mais il était déjà enregistré au moment de son décès.
Franck : Non, pas Romero putain, pas lui...


Le lien entre musique industrielle et cinéma d'horreur est-il évident pour vous ? D'où provient-il ?
Cécile : L'utilisation de synthés, de nappes, d'arpegiators oui... la froideur et le côté incisif aussi peut être... Après on s'éloigne naturellement de l'indus pour explorer des sonorités différentes depuis quelques temps, donc non, pour nous il n'y a pas forcément de connexion.
Jean-Philippe : Oui on s’est progressivement éloignés des séquences electro-indus pour passer à des synthés qui évoquent plus directement les sons des B.O de l'époque. Du Mellotron à la Lucio Fulci / Fabio Frizzi, des Prophet V, ARP à la Carpenter etc… Cela dit, la base de nos compos reste assez classiquement les parties chant / guitare / basse / batterie. Les sons synthétiques sont là pour enrichir cette base.
Thibaut : Pas seulement, l’indus fonctionne bien mais on ne s’y limite pas, on a des tas d’autres idées.


Bien que vos références soient assez "old school", votre musique est résolument moderne. C'est important pour vous de ne pas vous ancrer dans une posture trop "retro" ?
Cécile : On ne se pose pas la question... tant mieux si c'est ton ressenti. On fait la musique qu'on aime jouer et qu'on aime entendre... Encore plus sur cet album. Pour moi y'a un truc de dingue qui s'y passe. On a hâte d'avoir les retours du public et de le rejouer en live à côté d'Interceptor, Flesh Eaters, Terror From Outer Space ou Profondo Rosso !
Jean-Philippe : Le retro, pour nous, il est dans les références visuelles et dans certains clins d’oeils sonores. Il est moins dans les compos. Il y a plein de groupes qui sont à fond dans le rétro et qui reproduisent un son d'époque et jusqu’à leur look. Des groupes comme KADAVAR, UNCLE ACID … Même si personnellement j'apprécie beaucoup cette scène, on n’est pas dans cette démarche là.
Thibaut : Avec KAMERA OBSCURA, on ne veut pas faire un revival 60’s ou 70’s, on cherche toujours à créer quelque chose de nouveau, et bien sur tout ça en travaillant autour de nos références visuelles, qui elles viennent de cette époque.


Très bien, merci à vous. Un petit mot pour la fin ?
Kamera Obscura : Il va se passer pas mal de choses dans les prochaines semaines sur Instagram, Facebook, et IndieGogo... Restez dans les parages ! Merci Pierre, merci Verdammnis, c'est toujours un plaisir et merci à vous qui avez pris le temps de lire cette interview !