Chronique | Hollywood Burns - Invaders

Pierre Sopor 13 avril 2018

Traditionnellement, on associe forcément le mouvement synthwave et darksynth aux années 70/80. Il faut dire qu'entre les sons de vieux synthés analogiques remis au goût du jour et les univers référentiels, il y a à boire et à manger pour les nostalgiques, mais aussi pour les chanceux qui n'ont pas connu la guerre froide et les infamies qui vont avec (le minitel et le Hard FM) et s'imaginent que ce n'était pas si atroce que ça. Alors quand HOLLYWOOD BURNS débarque avec un premier album qui semble d'emblée puiser son inspiration dans la SF des années 50 (un choix pas déconnant : la première bande originale de film uniquement électronique, c'était Forbidden Planet en 56), forcément on tend l'oreille. 


Invaders commence d'ailleurs comme un space-opera avec son Opening Titles théâtral, orchestral, épique et menaçant qui lorgne carrément plus du côté de John Williams que de l'electro. Mais il faut attendre le son du thérémine pour vraiment se retrouver plonger dans l'univers de HOLLYWOOD BURNS : rarement un instrument de musique n'a autant été associé à quelque chose que cet étrange boitier ne l'est aux soucoupes-volantes depuis plus de 60 ans (vous avez vu Mars Attacks ? Alors vous savez). Il nous accompagne tout le long de l'album, incarnant la présence de visiteurs venus d'ailleurs planant au-dessus de nos têtes. Quand les choses sérieuses démarrent vraiment avec Black Saucers, nouvelle version d'un titre présent sur l'EP First Contact, on réalise à quel point cet album va être jouissif. Sur un rythme effréné se succèdent des passages légers et dansants et d'autres plus lourds et sombres dans une ambiance spatiale nerveuse. Avec Scherzo No. 5 in Death Minor, on a le plaisir de retrouver la dimension orchestrale présente dès l'intro qu'on ne trouvait pas sur l'EP : Emeric Levardon, le bonhomme derrière le projet, a été bien inspiré de laisser libre cours à ses délires cinématographiques car le résultat est jouissif. Au mystère du début, le morceau propose une rythmique guillerette qui renvoie au boulot de Jerry Goldsmith sur Gremlins en y associant une mélodie aux consonances hispaniques. C'est fou, pop, décomplexé et brillant.


C'est là qu'est tout le génie de cet album : HOLLYWOOD BURNS mélange avec enthousiasme un paquet d'influences. Certes, il y a le cinéma comme toile de fond, mais Invaders nous fait aussi voyager, les mélodies y sont épiques, les ambiances variées : bref, c'est plein d'énergie et de vie, le résultat provoque un enthousiasme viscéral, un truc irrésistible. On passe de la romantique Carnal Encounters of the Third Kind avec son solo de guitare et son final dramatique à la plus badass Girls With Guns puis aux énigmatiques ténèbres de L'Era delle Ceneri (forcément, un titre en italien et un petit coté GOBLIN, tout de suite, ça fait giallo) sans que jamais l'étincelle de folie ne s'affaiblisse. L'album démontre une créativité de tous les instants, et alors qu'on pensait avoir entendu ce qu'il y avait de plus fou arrive Bazaar of the Damned : synthés mystérieux, mélodies orientales, gros riffs à la THE ALGORITHM : ça tabasse grave et sort de l'ambiance 50's le temps d'un morceau présenté comme une référence aux Indiana Jones et James Bond. Came to Annihilate, avec son thérémine, ses basses menaçantes, ses choeurs métalliques de Daleks, et ses marches martiales sur fond d'hommage à la partition de Danny Elfman pour Men In Black est un nouveau délire dément. Quand un film marche à Hollywood, on aime bien produire une suite : Revenge of the Black Saucers répond donc au début de l'album avec un première partie de morceau optimiste, léger, et une conclusion plus sombre s'achevant brutalement : les extra-terrestres ont gagné. Visiblement, personne n'avait un disque de Slim Whitman pour leur faire éclater la tête. Il ne reste plus que la mélancolique Survivors (avec Florent Gerbault de NORD au chant) avant qu'Invaders ne s'achève. Et alors que le générique de fin défile à l'écran, Closing Titles propose un medley uniquement orchestral des différents morceaux de l'album, histoire d'honorer encore une fois la tradition hollywoodienne. 


Quel premier album ! HOLLYWOOD BURNS propose un disque totalement fou, parfois exotique, parfois violent, tout le temps jouissif et où les cinéphiles peuvent s'amuser à reconnaître les clins d'oeil à John Williams, Bernard Hermann, Jerry Goldsmith ou Danny Elfman. Dynamique et débordant d'énergie, Invaders est un puits d'idées, d'associations et de mélanges qui fonctionnent et une sacrée bouffée d'air frais. Vas-y 2018, essaye de proposer mieux dans le genre. Bon courage.



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