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Dool + Harakiri for the Sky @ Backstage by the Mill - Paris (06 mars 2018)

Pierre Sopor 08 mars 2018 Pierre Sopor

Harakiri for the Sky

Avec un nouvel album tout frais, les Autrichiens de HARAKIRI FOR THE SKY étaient bien obligés de rendre une nouvelle visite en terre Parisienne, après leur date au Klub en octobre dernier... La scène du Backstage by the Mill est certes plus grande (et mieux éclairée) que celle du cultissime sous-sol de la capitale, s'y rendre n'était pas moins périlleux : ce soir-là, il y avait apparemment un événement télévisuel majeur impliquant des efforts physiques et des shorts ridicules qui massait les Parisiens dans les bars, et accéder à la salle nécessite de traverser un grand pub de Pigalle. Frissons.

Une fois à l'intérieur, la première bonne surprise est que le public répond présent : ce n'est pas complet, certes, mais la salle (assez similaire au Gibus dans sa configuration) est vaste. Deuxième surprise, moins bonne : le bar a un minimum de 15 euros pour les CB. La pinte étant à 6 euros, on se sent forcément obligés de les prendre par trois. Du coup, après on n'a pas assez de mains pour tenir l'appareil photo autrement qu'avec les pieds et ça fait des photos pourries. À moins de descendre les trois pintes dans les vingt minutes avant l'arrivée du groupe, ce qui n'aide pas non plus à faire des photos nettes. (Astuce : planquer son verre sous un siège pour plus tard, ça marche bien).

Quand HARAKIRI FOR THE SKY arrive, le lieu s'est bien rempli, les verres se sont bien vidées et tout le monde est prêt. Garmonbozia a eu l'excellente (et courageuse) idée de les programmer en compagnie de DOOL, groupe d'un style très différent, et même si HARAKIRI FOR THE SKY joue en premier il y a fort à parier que la majorité des gens présents sont venus principalement pour eux. Avec désormais quatre albums à leur actif, ils ont en effet eu une carrière plus longue que leurs camarades Néerlandais. Le groupe se présente sur scène dos au public pour commencer, cultivant une forme de mystère, mais aussi de pudeur. Leur chanteur dégage en effet une forme de discrétion, de timidité presque, qui vient aussi bien de sa gestuelle sur scène que de sa dégaine (il dépasse ses petits copains d'une bonne tête, sorte de personnage Burtonien coincé dans un monde trop petit). Parfois prostré, souvent à genou sur scène, on devine la dimension cathartique et introspective qui fait tout le sel de HARAKIRI FOR THE SKY lors des passages plus atmosphériques. Arson venant de sortir, l'album est forcément à l'honneur dès que le concert démarre sur le single Heroin Waltz. Avec Tomb Omnia et Still Born, ça fait donc trois titres issus de leur dernier bébé : presque la moitié du set. La musique, intense et intimiste à la fois prend une nouvelle ampleur en live : le son que les musiciens produisent est épais et puissant, aéré de passages ambiants qui permettent de respirer. 

Après plus d'une heure, les Autrichiens doivent quitter la scène. Pas de rappel, pas de traditionnel selfie avec le public : c'est avec la même pudeur et la même modestie qu'ils saluent leur auditoire pour laisser la place à DOOL, alors que dehors, de manière inquiétante, la foule s'amasse devant des écrans plats, hypnotisée par un spectacle bien moins vivant et sincère que celui auquel on vient d'avoir droit.

Setlist : 
01. Heroin Waltz
02. Funeral dreams
03. Tomb omnia
04. Lungs filled with water
05. Stillborn
06. Viaticum
07. Jhator

Dool

À en croire les différentes réactions lues ou entendues après le concert, le public était principalement venu pour HARAKIRI FOR THE SKY mais est aussi resté pour découvrir DOOL. Grand bien leur fasse : DOOL est une des plus grosses révélations des deux dernières années et un des meilleurs trucs jamais sortis des Pays-Bas (et on parle quand même du pays de Paul Verhoeven et du gouda !). Leur premier album, Here Now, There Then est une petite merveille de rock sombre, hypnotique et fascinant, mélangeant aussi bien des éléments pop que gothiques, voire grunge. Autant dire qu'à titre personnel, je redécouvrais le sens du mot "impatience" en allant chercher ma troisième bière astucieusement planquée sous un siège depuis le début de la soirée, suscitant la jalousie des types autour qui auraient bien aimé avoir eu vent de son existence plus tôt !

DOOL arrive sur scène. DOOL en impose déjà : ils ont l'air jeune, et pourtant les musiciens ont un solide bagage derrière eux (on y retrouve des musiciens des regrettés THE DEVIL'S BLOOD et de GOLD). Alors que les premières notes de The Alpha retentissent, Ryanne Van Dorst semble tracer au sol de mystérieux symboles avec sa guitare, l'air renfermé. Lourd et occulte, ce titre a récemment fait l'objet d'un superbe clip que vous pouvez zieuter en bas de page. En live, la musique de DOOL embrasse une nouvelle dimension, plus sale et viscérale encore qu'en studio alors que les titres gagnent en pesanteur. C'est flagrant sur la mélancolique Vantablack, une des meilleures chansons de leur album, qui se transforme presque en incantation rituelle une fois jouée sur scène. Avec un seul album à leur actif, on pouvait s'attendre à en voir l'essentiel interprété sur scène et en effet, seule Words On Paper n'a pas été jouée ce soir. À la place, on a eu droit à deux titres pour l'instant inédits, God Particle et Wells Run Dry, ainsi qu'à une très chouette reprise de Love Like Blood de KILLING JOKE, confirmant les inspirations gothiques du groupe (petite extrait vidéo fait à la va vite en bas aussi, si vous voulez). Au-delà de la musique, Ryanne Van Dorst a une présence impressionnante, avec son allure androgyne, ses regards noirs et sa voix irréprochable qui imposent un respect immédiat. Le temps file à toute allure, et c'est avec leur tout premier single Oweynagat que le groupe conclue la soirée.

C'est "dooloureux" de les voir partir, mais DOOL, c'était cool. Merci à Garmonbozia d'avoir osé cette affiche, avec deux groupes qu'on peut juger très différents à première vue, mais qui proposent chacun un univers à la fois tumultueux et touchant, jetant leurs tripes sur scène sans tricher. Cerise sur le gâteau : la horde de zombies massée devant l'écran de télé du bar qu'il faut traverser en sortant de la salle semble dépitée. Pour un spectacle vivant, fort et digne d'intérêt, c'était sur la scène que ça se passait. Alors vivons la musique en live, bordel !

Setlist :
01. The Alpha
02. Golden Serpents
03. God Particle
04. In Her Darkest Hour
05. Vantablack
06. Death of Love
07. Wells Run Dry
08. She Goat
09. Love Like Blood
10. Oweynagat