Chronique | ESA - That Beast

Spoon 19 mars 2018

Si Jamie Blacker ne vous dit rien, alors peut-être que IVARDENSPHERE, ISZOLOSCOPE ou encore CEDIGEST vous serons plus familier, à moins d'avoir croisé le nom d'ELECTRONIC SUBSTANCE ABUSE autour d'un Maschinenfest. Pour être concis, on peut résumer sa musique à quelque chose qui tabasse, entre powernoise et rhythmic noise. Vous l'aurez compris : de la grosse basse qui dégouline des enceintes. L'artiste n'en est pas à son premier coup d'essai et a tout de même un solide passif dans la production musicale. Ce nouvel opus sous le nom de That Beast est un excellent exemple de cette maîtrise.


Jamie Blacker a longtemps été un habitué de la scène metal, ce qui se ressent dès les premières vocalises du titre d'ouverture, I Have Clarity, qui tisonne la bête de quelques coups de bâtons. On s'énerve, on trépigne, on veut briser la chaîne qui nous retient et sauter sur ce rythme qui ne tardera pas à venir mais qui ne sera rien comparé à ce qui arrive derrière. Parce qu'avec Look Down Below, c'est de la grosse powernoise bien grasse qui est servi dans la gamelle. Il y a aussi cette petite mélodie discrète, toquant à notre oreille et demandant la permission de nous retourner la tête mais qui vient tout de même s'y immiscer sans que l'on s'en rende compte pour qu'au final, le kick powernoise et cette mélodie parasite nos muscles et brise les chaînes qui nous retiennent du dancefloor craquelant déjà sous les basses.


À la frontière entre un STAHLSCHLAG minimaliste, brut et machiniste et un WIELORYB aux effets très saturés et qui explosent de partout, ESA nuance le tout avec justesse et précision où chaque pas de danse est comme un séisme sur le dancefloor. La production est maîtrisée avec That Beast qui est comme son nom l'indique, le mastodonte de l'album qui lui doit son nom. Après une longue intro en guise de préparation psychologique, c'est un déferlement de gros rythmes electro-indus puissants qui explose des enceintes et s'articulent autour de grognements canins, suffisamment remixés pour un résultat industriel qui, couplés aux autres sons, nous plongent dans une usine organique où notre sang pulse mécaniquement sous l'effet de la rythmique.


Couplée à des sonorités de la scène hardcore techno, Like Meat (Spoiled) est intéressante où le kick a l'impression d'être inversé, id est au lieu d'avoir un son qui file decrescendo, ce dernier semble sauter hors de l'enceinte pour un fondu au contraire crescendo. L'effet est immédiat : on a envie de sauter en même temps que ce rythme oscillant entre gabber et dark electro. Par ailleurs, Then Follow Me sonne plus archaïque sur ces relents de dark electro mais conserve cette rythmique propre à la BLACKER, si lourde et profonde sans rentrer dans une saturation que trop nombreux projets de powernoise tombent dans le piège.


Bref, avec That Beast, l'album nous offre un panel hétérogène d'influences multiples. L'effort mérite d'être salué mais un album tout aussi efficace soit-il divise les opinions quand il propose une diversité tout aussi marquée.


Carry The Noose (feat MASSENHYSTERIE) s'inscrit dans la continuité de Look Down Below avec cette powernoise mais couplée d'un chant orienté plus rock industriel que metal. Résultat, le ressenti est moins puissant et se veut un peu longuet quand les deux pistes s'enchaînent. Il y a également Bad Blood Will Out qui, malgré une TBM de très haut niveau, fera partie de cette catégorie un peu à part où le titre sera soit adoré, soit détesté. Le chant est déroutant et ne sonne pas lyrique du tout mais le style en lui-même a l'audace d'être assumé.


Toutefois, la fin de l'album s'avère décevante mais pas mauvaise pour autant. I Know est une piste rhythmic noise portée sur l'ambiance plutôt que le dancefloor pouvant rappeler XENOFOBULUS par moments et même si I Want It Now relève le tout avec un tempo beaucoup plus rapide, ce dernier ne décollera jamais et l'on reste un peu frustré jusqu'à la fin où Like Meat est le véritable dernier acte de violence. C'est juste que clôturer un colosse de powernoise sur trois titres (quatre avec l'interlude) plus aériens et relativement calmes, cela donne une impression d'inachèvement. On s'attend à un ultime titre écrasant digne d'un bourreau et finalement… on attend toujours notre dernière heure arriver. Ce serait le seul talon d'Achille qui aurait pu faire de That Beast le Béhémoth incontestable de la powernoise, même si ce jugement doit être largement altéré par les monstrueuses griffes des précédentes bêtes, sans doute nullifié si l'ordre avait été différent.


Pris individuellement, aucun titre n'est à botter en touche tellement le niveau de production est élevé. Le rythme est là, mastoc et martelant et c'est tout ce dont a besoin une powernoise pour fonctionner. That Beast nous fait trembler avec ses basses tout le long de ces pistes riches en percussions explosives. ESA va encore plus loin qu'auparavent et transcende une maestria déjà brillante et habile avec des éléments supplémentaires pour une euphonie sans précédent.



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